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Théologie du corps


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Carole
Bienheureux
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MessagePosté le: Dim 8 Fév 2015 - 18:13    Sujet du message: Théologie du corps

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Chasteté – Continence – Virginité

Distinctions des concepts – Théologie du corps

Il est plus que fréquent dans de multiples ouvrages spirituels que les concepts de chasteté, de continence et de virginité soient utilisés pour amener une précision ou un enseignement sur l’un ou l’autre aspect de la morale sexuelle ou affective dans le comportement de la vie chrétienne. Trop souvent, et même, plus souvent qu’autrement, ces concepts, dans leur utilisation, sont employés, non pas de façon erronée, mais de façon imprécise, ce qui amène de la confusion chez le lecteur. Est-ce que la chasteté est une forme de continence, et plus est, est-elle considérée comme virginité ou non ? Plusieurs questions se posent afin de bien saisir l’enjeu de notre état de vie, pour une communion toujours plus intime avec l’Époux, le Christ Jésus. Les quelques lignes suivantes se veulent une tentative d’éclaircissement sur ces réalités spirituelles bien distinctes les unes des autres, mais, non moins, complémentaires : la chasteté n’est pas nécessairement la continence et encore moins la virginité; et pourtant, elles sont toutes en pleine communion d’action et de relation les unes par rapport aux autres.

Mais d’abord, afin d’établir des fondements solides sur ces trois concepts, il importe d’exposer les bases d’un autre concept, assez mal connu bien que connu, qui est celui de la concupiscence. Ce terme, en morale chrétienne, très rapidement, a pris une connotation péjorative, à savoir, qu’il désigne un appétit de la chair, dans l’ordre de la sexualité, entre autres, qui est exagéré et désordonné; i.e. un appétit qui n’est plus sous le contrôle de la liberté en mon humanité, une liberté guidée par la grâce.

La concupiscence, cependant, tel qu’on la pensait durant une grande période de l’Église : de saint Augustin jusqu’à la suite du Concile de Trente, ne serait pas à identifier avec le péché originel; car, à sa source, selon l’enseignement de l’Église, elle était un potentiel, un désir naturel en l’homme, lequel était bon à son origine, mais qui fut corrompu à cause du péché. Donc, la concupiscence ne serait pas née avec le péché, elle en est une conséquence telle qu’on la connaît en ces temps. Saint Jean, en sa première épître, parle de trois concupiscences : « Car tout ce qui est dans le monde – la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la richesse – vient non pas du Père, mais du monde. » (1 Jn 2, 16). Cependant, avec les siècles, le terme concupiscence fut associé de façon directe avec l’appétit sexuel.

Somme toute, à sa source, la concupiscence fut une force vive, bonne en soit : l’homme, possède un appétit qui lui est naturel, tend vers un bien qui lui est constructif, notamment, celui de la sexualité; cependant, le péché, en lui-même, est venu corrompre cette force de la nature et la faire dévier dans des convoitises désaxées du plan d’origine, qui ne sont plus sous la gouverne de la liberté d’une humanité en communion avec le Créateur. C’est pourquoi, il nous faut dorénavant lutter contre la concupiscence par la vertu de chasteté, afin de retrouver la liberté des enfants de Dieu; afin de retrouver une sexualité et une affectivité selon le désir du Père au moment de la création : des fils et des filles qui peuvent s’aimer chastement, soit dans le mariage ou dans le célibat consacré ou non.

Qu’est-ce que la notion de chasteté? Au sens strict du terme, la chasteté est la maîtrise de sa sexualité; elle est une vertu surnaturelle qui m’engage jour après jour dans un meilleur contrôle de mes pulsions sexuelles et de mes besoins affectifs. La chasteté vient donc toucher tous les états de vie. Que je sois engagé dans la vie maritale, consacré pour une vie religieuse, sacerdotale ou un laïcat chrétien, je suis engagé, en première instance, de par la consécration de mon baptême à orienter ma vie morale avec la force de la vertu de chasteté.

De plus, cette dernière, est pleinement enracinée dans le don de l’Esprit, que nous appelons ‘Crainte du Seigneur’. Et, comme nous le savons, ce don ne conduit pas à la peur de Dieu, mais à la crainte filiale, sainte et pure, d’un enfant tant aimé qui craint d’offenser son Père des Cieux, qui le renouvelle à chaque instant de tout son Amour. Ainsi, ce don de l’Esprit, par la vie de la grâce en nous, de par notre cheminement spirituel, vient nous soutenir par une force spéciale qui n’est offerte que par l’Esprit Saint : seul nous n’arriverons jamais à reprendre la maîtrise de notre affectivité, tant cet espace en notre humanité fut affecté par le péché. Il faut beaucoup de patience et de persévérance, voir même quelques décennies, avant de retrouver une harmonie en ses appétits affectifs.

La chasteté, donc, fait partie intégrante de la vie quotidienne du couple dans le mariage. Tous les jours, le couple doit apprendre à grandir dans la chasteté. La chasteté du regard, d’abord, envers son conjoint, i.e. ne pas le ou la désirer pour combler son propre appétit, mais apprendre à le ou la contempler pour ce qu’il, ce qu’elle est, comme homme ou comme femme; et ce, dans le désir intérieur de grandir dans une communion des êtres, et non dans une possession de l’autre comme un bien qui serait le mien, que j’utilise comme une chose lorsque ma pulsion m’y pousse. La chasteté du regard aussi envers les autres, comme nous dit l’expression : ‘Ne pas regarder par-dessus de la clôture’, afin de nourrir la fidélité, un élément essentiel du sacrement de mariage. La chasteté me convie à la modestie du regard en tout temps. Et, il faut se le redire, c’est un travail, avec la grâce, de longue haleine où il ne faut jamais se décourager, tant les racines du péché sont longues à extirper, du vrai ‘chiendent’, vous connaissez ?

Bien sûr, la chasteté du couple, du couple qui se prépare au mariage, appelle la continence volontaire, l’abstention de relation sexuelle, volontaire, mais non permanente, dans leur vie. C’est là un exercice très difficile et délicat à gérer, mais non pas impossible : la vie de la grâce est plus forte que celle de la faiblesse de la chair. Cependant, la concupiscence à fait un tel ravage dans notre façon de concevoir la sexualité qu’il est devenu difficile, et voir même impossible, à des chrétiens engagés d’envisager la vie de chasteté avant leur promesse dans le sacrement de mariage.

La concupiscence, au sens où nous l’utilisons aujourd’hui, est venue complètement aveugler la réalité « sponsale »1 de notre humanité à ses origines. Dieu notre Père nous a créé à son image, i.e. avec une capacité personnelle de se donner, de se livrer à l’autre pour une pleine communion. Indubitablement, le couple marié devient, dans l’expression de sa sexualité, une icône parfaite en ce monde de notre ‘être sponsal’ et, plus est, à l’image même du Dieu trinitaire dans ses relations de communion. Il est engendré en la Trinité Sainte une réalité de fécondité telle, que la relation conjugale du couple, dans l’expression de sa sponsalité, ne peut être envisagée sans la fécondité à l’enfant.

Le Père et le Fils, ‘l’Inengendré’ et ‘l’Engendré’, dans leur passionnelle communion de tendresse, ne peuvent ‘être’, ne peuvent ‘exister’ comme personne ‘Aimante’ et ‘Aimée’, sans la procession, sans le jaillissement du ‘Don’, en leur Amour, de la personne de l’Esprit. L’amour plénier et sponsal se réalise donc à trois, le don conjugal du couple ouvre essentiellement à la vie, sinon, il perd tout son sens. Comment ne pas comprendre par-là, l’appel fondamental à la chasteté en préparation au mariage chrétien. Il faut absolument entrer en cette intelligence, sans quoi, notre esprit et notre cœur demeurent ceux de l’esprit du monde et non ceux du Royaume. En d’autres termes, nous ne comprenons rien à l’essence du mariage chrétien.

Ainsi, l’exercice de la chasteté, de la continence volontaire non permanente, dans les préparatifs de la réception du sacrement, se veut plus qu’une obligation légale, mais un passage essentiel, fondateur, pour tout chrétien qui veut nourrir et grandir dans la communion avec son Dieu et progresser dans les voies spirituelles. L’effort de ce temps de continence me permet de me réapproprier un état originel perdu pour cause du péché : j’apprends à voir l’autre, l’être aimé, non pas comme un bien à posséder, mais comme une ‘personne’ à respecter; je me réapproprie la dynamique « sponsale » de mon humanité qui m’ouvrira à redécouvrir la communion et non la possession; qui m’ouvrira à découvrir l’amour vrai, un amour qui se donne et non un amour qui instrumentalise l’autre pour combler mon désir égoïste.

La chasteté greffera, par grâce, en mes yeux, un regard de contemplation sur l’humanité que je recevrai entre mes bras, je saurai alors la recevoir comme ‘personne’ et non la prendre comme objet. Il y aura alors pleine concomitance avec le sacrement de mariage, pleine concomitance avec le Christ en croix lequel s’est livré pour aimer, pour aimer l’Église son Épouse, qui Lui fut confié par le Père. Le sacrement confère au couple, jour après jour, la grâce qui nous vient de Jésus, – livré en Croix, je le répète – à savoir, la force de l’exercice de chasteté. Cette vertu me restitue, en quelque sorte, la capacité de me donner et donc de récupérer mon être « sponsal » : entrer en relation avec l’autre par un don de soi. Si la chasteté n’est pas vécue, la sexualité entrera inévitablement dans la jungle du sexe : la possession du corps de l’autre pour mon plaisir dès qu’une pulsion dominera ma liberté. C’est là que la concupiscence nous a conduit, nous ne contemplons plus l’être à aimer, nous le convoitons comme un bien à consommer.

Par suite, grandir ainsi dans la « sponsalité », en ce qui concerne l’exercice de la chasteté, pour une continence volontaire temporaire, n’est pas réservée seulement pour les fiancés ou pour les célibataires en quête de l’âme sœur, mais aussi pour tout couple qui doit apprendre à rythmer sa vie affective selon des événements purement matrimoniaux ou accidentels, comme par exemple, la régulation des naissances selon la méthode naturelle, ou un moment de maladie. Le couple se doit d’accueillir ces événements comme une grâce providentielle lui permettant de grandir dans la reconstruction de son être « sponsal », brisé par les effets du péché. Ce n’est parce que je suis marié que j’ai retrouvé la liberté de mon être affectif, que je ne suis plus accablé par la concupiscence qui dénature au quotidien mes pulsions biologiques et mes désirs. Toujours et en tout temps, que je sois marié ou en voie de l’être, consacré ou chrétien célibataire, la vie vertueuse doit me conduire à récupérer les pleines forces sponsales de mon être : je fus créé « personne », i.e. un être de relation, à l’image de Dieu, qui aime en se donnant, en se livrant à l’autre.

Somme toutes, nous venons d’exposer une distinction entre les concepts de chasteté et de continence, tout particulièrement la continence volontaire et momentanée. Sans être opposées, et loin de là, la continence est une composante de la vertu de chasteté sans pour autant lui être pleinement identifié. La continence est, nous pourrions dire, de l’ordre de la chasteté : je m’exerce à avoir la maîtrise sur ma sexualité, dans la perspective de m’abstenir de tout rapport sexuel. Quant à la chasteté, redisons-le, elle s’exerce par le contrôle sur l’ensemble de ma vie affective et elle dépasse de loin la notion de rapport sexuel. Parler de chasteté, c’est avoir un regard global sur l’harmonisation de mon être affectif.

Conséquemment, la continence permanente et volontaire, et non pas simplement momentanée ou temporaire, touche de plus près, il va s’en dire, toutes les personnes engagées dans la vie religieuse, tous les prêtres non religieux engagés dans le sacrement de l’Ordre, et tous les chrétiens ayant fait des vœux privés de virginité. Cette forme de continence engage la personne à renoncer, volontairement et de façon permanente, à tout rapport sexuel. Mais alors, une question se pose : Qu’en est-il de la dimension sponsale de son être, qu’en est-il de cette nature spirituelle et humaine de « se donner pour aimer » ? N’y a-t-il pas là contradiction pour une personne sexuée et désireuse d’aimer et d’être aimée ?

Le Christ Jésus propose, par toute sa vie, la résultante de cet exercice. Nous pouvons pleinement aimer, nous livrer pour ceux qu’on aime, sans pour autant plonger dans la vie sexuelle, bonne en soi et créée par Dieu dès les commencements : la vie sexuelle pour l’humanité, dans l’enseignement de la Théologie du corps, fut voulue par le Père dès les origines. De plus, comme mentionné précédemment, elle exprime, avec l’onction d’une icône, la vie de communion intra-trinitaire : les trois Personnes, de la Sainte Trinité, s’aiment en se livrant l’une à l’autre dans un don de soi absolu et pur, sans aucune ombre de possession de la personne aimée.

Or, dans l’éternité, nous dit Jean-Paul II, suite à l’enseignement de Jésus (cf, Mt 22, 30; Mc 12, 24-25; Lc 20, 34-35), l’exercice de la communion conjugale ne sera plus nécessaire, tant tout notre être sera comblé de la Personne de Dieu en Jésus. Notre communion avec les Personnes trinitaires sera parfaite, notre contemplation sera parfaite, bien qu’évolutive dans la Lumière divine. C’est pourquoi, dès ici-bas, certaines personnes peuvent être appelées à être expression, témoin, de cette « réalité sponsale » du Royaume qui nous attend et qui nous appelle. La consécration par le vœu de chasteté dans la continence permanente et volontaire est loin de déprécier la sexualité en ce monde; bien au contraire, elle exalte l’acte sponsal du rapport sexuel par la recherche du don de soi dans le Christ : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). Me livrer, pour aimer, à la manière de Jésus met en lumière le don de l’amour conjugal.

J’apprends à me donner d’une façon différente de celle exprimée dans l’amour humain, j’apprends à aimer d’une façon différente, j’apprends à me livrer et à progresser sur le chemin de la réalité sponsale des origines, brisée par la désobéissance. Être chaste de manière permanente et volontaire, dans la continence, propose une lumière divine sur le sacrement de mariage. Cet état de vie nous aide à approfondir la valeur sponsale de l’union conjugale. Et, à l’inverse, la communion conjugale de nos frères et sœurs en vie maritale, donne crédit à la consécration qui appelle la continence; si non, cette dernière perd tout son sens : Pourquoi m’exercer au témoignage de l’état de continence, si celui-ci n’est pas empreinte de l’espérance eschatologique d’acquérir un jour, une vie de communion avec l’Époux divin, i.e. celle de reconquérir la pleine liberté de mon être, de mon être « sponsal » en vie éternelle.

Dans toutes ces distinctions, il ne faut pas oublier une catégorie bien particulière, mais non moins importante, que nous pouvons appeler continence permanente « involontaire ». Je pense, entre autres, à toutes les personnes qui naissent infirmes ou avec un handicap qui ne leur permettra jamais d’accéder à la vie conjugale. Je pense également, à toutes ces personnes accidentées qui devront renoncer brutalement à la communion charnelle dans leur couple. Sont-elles cependant exemptes de la profonde dynamique sponsale qui les constitue comme personne créée à l’image de Dieu ? Certes que non ! La grâce du Royaume est présente pour elles aussi, dans une réalité qui leur est spécifique, mais non ignorée du Créateur et de sa miséricorde. Dès ici-bas, elles peuvent jouir, comme toutes les personnes consacrées, d’un état de chasteté tout-à-fait particulier et continuer à croître en toute leur existence. Elles sont toutes prophètes, d’une certaine façon, en témoignant que la vie sponsale de notre être est appelée à aller au-delà de l’union sexuelle. Non pas, encore une fois, parce que la sexualité est une zone sponsale de basse gamme pour ce monde, mais parce qu’elle ne sera pas nécessaire en vie éternelle pour atteindre la plénitude communionnelle de notre être.

Avant de conclure sur la notion de chasteté, notons également que cette dernière n’est pas seulement confinée au regard que l’on porte sur la personne aimée ou sur les autres, elle est de tous les sens de notre humanité. Nous devons au quotidien nous exercer à la vertu de chasteté dans le regard, dans le toucher, en parole et en acte, en toutes choses qui peuvent nous faire manquer au respect de la personne qui entre en communion avec nous, afin de conserver un espace relationnel digne des enfants de Dieu. Dans la vie chrétienne, la chasteté possède un spectre très vaste où il nous faut, grâce à la vertu, nous exercer à en découvrir tous les tenants; c’est le travail de toute une vie de sanctification.

Mais, qu’advient-il maintenant de notre troisième concept, celui de virginité ? Bien que la chasteté ait un champ d’action des plus vastes dans notre vie spirituelle, c’est peu de chose en comparaison à celui de la virginité. En son sens premier et commun, la virginité nous propose la définition, sommaire, d’une personne qui n’a pas eu de relation charnelle. C’est là, cependant une définition bien rudimentaire de la virginité, pour ne pas dire étroite, d’un espace spirituel qui nous élève jusqu’au cœur de la Vie trinitaire.

Certes, nous ne pouvons pas omettre cette première définition sommaire de la virginité, dite matérielle ou physique; elle est une réalité non négligeable, car elle nous donne les prémices de la définition globale recherchée. Le fait qu’une femme ou un homme se soit gardé de tout rapport sexuel expose, d’emblée, une vérité physiologique et spirituelle de l’être humain, comme « personne » : un être créé à l’image de Dieu et appelé à la communion de par une dynamique « sponsale » : me livrer à l’autre pour aimer. C’est là la dynamique du Christ qui épouse son Église : c’est là la dynamique de tout baptisé qui cherche à aimer en vérité. Donc, un premier aspect de la virginité physique qui nous ouvre à notre réalité sponsale et à celle de la Sainte Trinité : la relation charnelle est créée pour la communion des personnes dans le couple.

Malheureusement, très tôt dans l’Église, dans l’ensemble de la littérature ascétique et mystique, on s’en est tenu à une définition beaucoup trop matérielle de la vertu exceptionnelle qu’est la virginité. Renoncer à toute relation sexuelle était exalté comme la consécration suprême, supérieure à tous les autres états de vie. Particulièrement chez les femmes, devenir une ‘vierge consacrée’ devenait le don absolu de sa vie qui puisse être. La sexualité était considérée de concomitance avec le péché de concupiscence et elle se voyait réservée, jusqu’aux dernières décennies, pour les faibles en vertu, pour ceux qui ne pouvaient avoir la générosité de s’exercer à une vie chaste à la manière de Notre Seigneur Jésus Christ et de Marie. Nous reconnaissons aujourd’hui que cette orientation spirituelle fut bien incomplète. Dieu Notre Père a voulu la sexualité, saine, bonne en soit et sainte! Le fait que Jésus et Sa mère n’eurent pas de relations sexuelles ne vient en aucun cas abimer la beauté de l’acte sexuel : l’ensemble de leur être sponsal avec l’humanité était déjà de l’ordre du Royaume : une plénitude de communion avec la Trinité se vivait déjà en vérité pour l’accomplissement de l’œuvre de rédemption.

En fait, on ne s’en remettait qu’à la dimension matérielle de la virginité et, encore là, on en comprenait que la dimension de concupiscence charnelle. Selon l’histoire, on peut comprendre le pourquoi de cette recherche de consécration : la sexualité, à cette époque et à cette civilisation, était par moment à tel point dépravée de sa dignité, que même les Pères de l’Église ont optés pour encourager ce genre de mysticisme. Il fallait à tout prix redonner aux baptisés un saine morale en matière sexuelle et contrer la concupiscence et le paganisme. Ceci a eu cependant pour effet d’endurcir une morale sexuelle dans tout le christianisme au détriment d’un équilibre affectif sain et sans péché : toute affection tactile ou émotionnelle devenait suspecte de péché.

Il y a donc une ouverture à « l’être virginal », laquelle nous propose une perspective spirituelle qui va bien au-delà de l’état matériel de cette vertu. La virginité en tant que telle consiste en la capacité d’assumer et d’élever l’ensemble de notre vie de sanctification. La définition de l’état de virginité, au sens strict, est une totale ouverture à la sainteté de l’Amour trinitaire; c’est comme si toute notre personne était tournée, les bras levés au Ciel, vers la Divinité; c’est comme si à chaque instant, à l’exemple de Marie, nous disions un total oui à l’agir de la vie divine en nous. La virginité de l’être est cette œuvre de sainteté que l’Esprit Saint opère en nos vies. Toutes les vertus, petites et grandes, sont assumées en cette dernière, tout ce que nous faisons pour grandir dans la foi devient de plus en plus virginal; le péché a de moins en moins d’emprise; toute ma personne devient virginale, à l’image de Jésus et de Marie, parce que je suis tourné vers le Père.

C’est ainsi que la chasteté devient une composante essentielle de la virginité. Tout ce que les époux actualisent en leur vie comme œuvre de sainteté, de par la vertu de chasteté, vient fortifier la virginité de leur être; et ce, en tant qu’individu et en tant que couple. Conséquemment, l’acte sponsal de leur union sexuelle se transfigure au quotidien, par tous leurs efforts de chasteté, en une œuvre virginale et, ainsi, tourné vers le Dieu trois fois Saint. Toute activité humaine, quelle qu’elle soit, si elle est bonne, prend sa source en la Trinité et retourne à la Trinité. Pour Jésus, faire œuvre de virginité, c’est être tourné vers le Père les bras en Croix et épouser l’Église selon la volonté du Père pour le salut du Peuple saint. Pour Marie, faire œuvre de virginité, c’est accueillir humblement, par son Fiat, ‘la salutation angélique’ dans l’activité de rédemption toujours à l’œuvre en sa Maternité, et ce, jusqu’à la fin du monde : toutes les fibres de son être sont tournés vers la volonté du Père, vers la mission de rédemption : Marie, Mère de Dieu et Marie, Mère de l’Église.

Pour nous tous enfin, et quel que soit notre état de vie, entrer dans l’état virginal, c’est dire « oui » à l’œuvre de sanctification que l’Esprit veut opérer en notre vie, c’est dire oui au rêve que Dieu le Père porte sur nous son enfant bien aimé! Pour les époux, la sexualité est appelée en ce monde à être la plus belle expression de la virginité, à laquelle ils sont convoqués de par leur sacrement de mariage : rendre à Dieu, de par leur union sponsale, le culte de louange qui lui est agréable. Leur union est en définitive la plus sublime prière qu’il puisse offrir.

Somme toute, la virginité, en son sens plénier, est d’un autre ordre que celui de la vertu physique de n’avoir pas eu de relation sexuelle; bien que, comme mentionné, la virginité matérielle nous donne les prémices de sa pleine définition : grandir dans l’espace virginal, c’est se garder, se réserver tout entier pour la « communion sponsale » envers la Personne aimée : tout mon être est ouvert comme un grand « V » – V comme Vierge, V comme Virginité – à la Lumière du Verbe.

À la suite de cette démonstration, que pouvons-nous conclure, que pouvons-nous concevoir comme distinctions et/ou complémentarités entre nos trois concepts de départ. Nous avons convenu que la chasteté est cette vertu qui, sous l’influence de la grâce et, tout particulièrement, du Don de crainte, nous donne la capacité de mieux gérer, jour après jour, nos pulsions sexuelles et tout notre être affectif ébranlés par le joug de la concupiscence. C’est là le devoir de tout baptisé, s’il veut progresser dans sa vie de foi et dans sa communion avec le Christ, l’Époux de son âme.

Il fut convenu également que le concept de continence : continence volontaire ou involontaire, permanente ou momentanée, se greffe sur la vertu de chasteté; cependant, cette dernière ne s’identifie pas à la continence parce que son champ d’action est beaucoup plus large. Demeurer chaste n’est pas simplement une question de ne pas avoir de relation sexuelle, ou même de ne pas s’adonner à l’auto-jouissance en la masturbation. La chasteté invite, au quotidien, à l’effort de tous ses sens à entrer avec respect en relation avec toute personne que nous côtoyons. Finalement, « l’espace virginal » de notre être fut démystifié, à savoir, que la virginité est beaucoup plus que l’état physiologique de ne pas avoir eu de rapport sexuel. La virginité est cette « espace spirituel » de tout mon être, physique, psychique et spirituel, qui me garde « tourné vers », disposé à communier à la grâce divine, et ce, selon l’état de vie qui me fut confié en propre.

Cependant, afin que nos trois concepts de départ atteignent leur sens plénier, lesquels apparaissent comme véritables dynamiques spirituelles, il faut qu’un quatrième élément, comme un quatrième ‘vivant’, entre en scène; c’est lui, dans les faits, qui propose la résultante de tout le labeur de sanctification. Seules, la chasteté, la continence et la virginité ne signifient rien pour elles-mêmes, car sans but céleste, elles demeurent tournées vers la terre : être chaste pour être chaste ou être vierge pour être vierge, apporte bien peu à l’humanité brisée, en quête d’une totale communion, selon l’appel de l’être qui est une « personne ».

C’est la réalité mystique de la « sponsalité » qui appelle le Créateur et la créature à la Noce. C’est lui qui, tout au long de notre parcours, est venu comme tisser une toile de fond, une ligne directrice, un axe mystique à la vertu de chasteté, à l’état physiologique de continence et à l’espace spirituel de virginité. Ce terme, développé par Jean Paul II, vient du latin ‘sponsalis’, il signifie la nuptialité du mariage, être épousé, ne faire qu’UN dans l’élan du don de soi : se livrer pour aimer.

Élan mystique, nous ne le répéterons jamais assez, qui origine de la Trinité et qui nous appelle à la Trinité. Au fond de mon être, il y a un besoin, comme une requête bien secrète, qui s’éveille au jour le jour dans le combat de la foi : celle que mon âme devienne « l’Épousée » du Cantique des cantiques, celle que tout mon être, corps et esprit, retrouve la communion sponsale des origines avec le Dieu trois fois Saint. Il y a là un grand mystère, nous dit saint Paul : « Je veux dire qu’il s’applique au Christ et à l’Église ». (Ép 5, 32)

fr Marcel Dumont, op

Couvent de Québec

Janvier 2015

1 Du latin, sponsalis, signifie ‘être épousé’.

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Seigneur, qu'est-ce que l'homme pour que tu en fasses si grand cas? Qu'est-il pour que ton coeur lui soit ouvert?
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Marie
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MessagePosté le: Mer 8 Juil 2015 - 06:00    Sujet du message: Théologie du corps

Merci Caro ! pour ton texte qui nous expliqué la théologie du corps
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Si tu veux te tenir debout devant le monde, apprend à te mettre à genoux devant Dieu. - Mère de Joseph Guiho
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 06:23    Sujet du message: Théologie du corps

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