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St-Jean selon St-Augustin


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Carole
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MessagePosté le: Lun 18 Juin 2012 - 10:35    Sujet du message: St-Jean selon St-Augustin

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St Augustin lit et commente St Jean


Les œuvres qui nous retiendront tout spécialement cette année sont :
  • Les Homélies sur l'Evangile de Jean, Bibliothèque augustinienne, Traduction, introduction et notes par M.F. Berrouard : les premières ont été en principe prêchées en 406-407 (bien que certains les pensent beaucoup plus tardives : 413-415) ; les dernières ont été écrites vers 419 ; il y a au total 124 homélies.
  • Le Commentaire de la première Epitre de St Jean, Sources chrétiennes n° 75, Les éditions du Cerf, 1984, Introduction, traduction et notes de Paul Agaësse, s.j. : les 6 premiers tractatus ont été semble-t-il prêchés pendant l'octave de Pâques 415 ; 7 et 8 prêchés après, pendant le temps pascal ; le 9 et le 10 : le samedi et le dimanche dans l'octave de l'Ascension). Ils trouvent place, chronologiquement, au milieu des Homélies sur l'Evangile de Jean(cf. allusions dans le texte).
2) St Jean
St Jean, dès la première page de son Evangile, nous entraîne à la contemplation de Dieu dans son mystère éternel : évangéliste de la quête mystique.
Quelques citations de Pères de l'Eglise :
  • Clément d'Alexandrie (cité dans Eusèbe : Hist. Ecclésiastique, VI, 14, 7) :

"Jean, le dernier, voyant que les choses corporelles avaient été exposées dans les Evangiles, poussé par ses disciples et divinement inspiré par l'Esprit, fit un Evangile spirituel"[*]Origène (Commentaire sur St Jean, I, 23) :
"Il faut oser dire que, de toutes les Ecritures, les Evangiles sont les prémices et que, parmi les évangiles, les prémices sont celui de Jean, dont nul ne peut saisir le sens s'il ne s'est renversé sur la poitrine de Jésus et n'a reçu de Jésus Marie pour mère."
Différences importantes de l'Evangile de Jean avec les Synoptiques :
  • L'Evangile de Jean comporte de vastes ensembles bien structurés : il se laisse plus difficilement morceler que les autres évangiles
  • Souci visible d'un plan, d'une sens, d'une direction et d'une structure orientée vers de sens
  • Seul Evangile qui permette d'évaluer la véritable durée du ministère de Jésus (cf. importance des fêtes qui scandent le déroulement de l'Evangile) ; D. Mollat, L'Evangile de St Jean, Paris, 1953 : On peut établir un plan sur la base "d'un septénaire de fêtes, sinon de semaines. Il n'est pas impossible que saint Jean, jouant sur le symbolisme du nombre sept, ait voulu signifier par là que dans la vie et le ministère de Jésus se réalisaient la perfection et la plénitude messianiques. Une intention symbolique de ce genre paraît conforme à son génie". (p. 36)
  • Intérêt des notations concernant le vocabulaire : vocabulaire de la vie (chap. 1-6), de la mort (chap. 7-12), de l'amour (agapè) (chap. 13-21).
On ne peut ignorer la signification symbolique de l'agencement proposé par Jean. Des éléments se répondent entre le début et la fin. Edouard Cothenet propose le plan (simple) suivant ("Présentation littéraire du IVe Evangile", in Les écrits de saint Jean et l'Epitre aux Hébreux, Desclée, Petite bibliothèque des Sciences bibliques, 1984), p. 23 :
  • Prologue (1, 1-18)


[*]Le livre des Signes (1, 19-12)[*]L'annonce de la vie (1, 19-6)[*]Refus de la vie et menaces croissantes de mort (7-12)

[*]Le livre de l'Heure (12-20)[*]Le testament de Jésus : ultime repas et discours d'adieux (13-17)[*]L'heure de la glorification en croix (18-19)[*]Le Jour du Seigneur (20)

[*]Epilogue (21) : directives du Ressuscité à son EgliseToujours pour situer St Jean : une petite étude lexicale avec les "mots-clefs" chez St Jean :
  • aimer : 36 fois
  • vérité : 25 fois
  • connaître : 56 fois
  • vie : 36 fois
  • monde : 78 fois
  • témoigner : 33 fois
  • témoignage : 14 fois
  • demeurer : 40 fois
  • croire en 39 fois
  • croire : 98 fois
3) St Augustin et "le disciple que Jésus aimait".
Dans le Tract. 61, 4, Augustin souligne que pour les auteurs des Saintes Ecritures parler de soi à la 3e personne est normal :
"C'était en effet la coutume de ceux qui nous ont donné les saintes Ecritures : quand l'histoire divine était racontée par l'un d'entre eux, lorsqu'il en arrivait à lui-même, il en parlait comme d'un autre et il se situait dans le déroulement de son récit comme rapportant ce qui s'était passé, non comme se prêchant lui-même. Car c'est aussi ce qu'a fait saint Matthieu qui, en arrivant à lui-même dans la suite de son récit, écrit : Il vit assis au bureau de la douane un publicain, du nom de Matthieu, et il lui dit : Suis-moi [Mt 9,9] ; il n'écrit pas : Il m'a vu et il m'a dit. C'est encore ce qu'a fait le bienheureux Moïse ; il a tout raconté de lui-même comme s'il s'agissait d'un autre et il a dit : Le Seigneur dit à Moïse [Ex 6, 1]. D'une manière plus inhabituelle, l'apôtre Paul a fait de même, non pas dans une histoire où le récit a pour but d'expliquer ce qui s'est passé, mais dans une épître, car c'est de lui-même qu'il dit : Je connais un homme dans le Christ qui, il y a quatorze ans, - était-ce dans son corps ou hors de son corps, je ne sais, Dieu le sait, - a été ravi de cette manière jusqu'au troisième ciel [II Co, 12, 2].
C'est pourquoi ici encore, si le bienheureux Evangéliste ne dit pas : Je reposais sur le sein de Jésus, mais dit : L'un des disciples reposait [Jn 13, 23], nous avons à reconnaître l'habitude de nos écrivains plus qu'à nous étonner."

St Augustin dit d'abord de Jean l'Evangéliste qu'il est un "mont" (Tr. 1, 2 ; 4 ; 6…) :
"Car ce Jean, mes très chers frères, était l'un de ces monts dont il est écrit : Que les monts reçoivent la paix pour ton peuple et les collines la justice. [Ps 71, 3] Les monts, ce sont les âmes élevées ; les collines, ce sont les âmes ordinaires. Mais les monts reçoivent la paix pour que les collines puissent recevoir la justice. Et quelle est cette justice que reçoivent les collines ? La foi, car le juste vit de la foi [Habac, 2, 4 ; Rm 1, 17]. Or les âmes du commun ne recevraient pas la foi si les âmes d'élite, qui sont appelées des monts, n'étaient éclairées par la Sagesse en personne pour qu'elles puissent transmettre aux petits ce que les petits sont capables de comprendre et que les collines puissent vivre de la foi parce que les monts reçoivent la paix. C'est par ces mêmes monts qu'il a été dit à l'Eglise : la paix soit avec vous, et, en annonçant la paix à l'Eglise, ces monts ne se sont pas séparés en prenant parti contre celui dont ils avaient reçu la paix afin d'annoncer la paix en vérité, et non avec hypocrisie. […]
Ceux qui ont reçu la paix pour l'annoncer au peuple ont contemplé la Sagesse elle-même, autant qu'il a été possible à des cœurs humains d'atteindre ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme [I Co, 2, 9]. Mais, si la Sagesse n'est pas montée au cœur de l'homme, comment est-elle montée au cœur de Jean ? Jean n'était-il pas un homme ? Ou bien peut-être, n'est-elle pas montée non plus au cœur de Jean, mais c'est le cœur de Jean qui est monté jusqu'à elle ? […]
Voyez donc, mes frères, si Jean ne fait pas partie de ces monts, dont nous avons chanté peu auparavant : J'ai levé mes yeux vers les monts, d'où me viendra le secours [Ps 120, 1]. Par conséquent, mes frères, si vous voulez comprendre, levez vos yeux vers ce mont, je veux dire : élevez-vous jusqu'à l'Evangéliste, élevez-vous à la hauteur de sa pensée. Mais parce que ces monts reçoivent la paix et qu'ils ne peut pas être dans la paix, celui qui place son espérance dans l'homme [Jér, 17, 5], n'élevez pas vos yeux vers le mont en croyant qu'il faille placer votre espérance en l'homme ; dites : J'ai levé mes yeux vers les monts, d'où me viendra le secours, mais pour ajouter aussitôt : Mon secours vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre [Ps, 120, 2]. Levons donc les yeux vers les monts d'où nous viendra le secours, et cependant ce n'est pas dans les monts eux-mêmes qu'il faut placer notre espérance, car les monts reçoivent ce qu'ils ont à nous transmettre ; aussi faut-il placer notre espérance en celui dont les monts eux-mêmes reçoivent."

Mais surtout, Jean est "celui que Jésus aimait" :
"Mais que signifie : celui que Jésus aimait ? comme s'il n'aimait pas les autres, dont le même Jean a dit plus haut : Il les aima jusqu'à la fin [Jn 13, 1] et dont le Seigneur lui-même a dit : Personne n'a de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis [Jn 15, 13] ? Et qui pourrait énumérer tous les témoignages des pages divines dans lesquelles il est montré que le Seigneur Jésus aime, non seulement celui-ci ou ceux qui étaient alors ses membres, mais encore ceux qui le seront plus tard, et toute son Eglise ? Mais assurément il y a ici quelque chose de caché et qui se rapporte au sein sur lequel reposait celui qui racontait ce fait, car par le sein qu'est-il signifié d'autre que le secret ?" (Tr. 61, 5, p. 149)
"Il reposait à la Cène sur la poitrine du Seigneur pour indiquer par là en signe qu'il buvait les plus profonds secrets à l'intime de son cœur" (Tr 18, 1)
"L'évangéliste Jean ne reposait pas sans cause sur la poitrine du Seigneur, mais pour y boire les secrets de sa plus haute sagesse et reprêcher dans son Evangile ce qu'il avait bu dans son amour." (Tr 20, 1)

Augustin remarque enfin que le geste de Jean répondait à une initiative du Seigneur et il y découvre une indication nouvelle :
"En le faisant reposer sur sa poitrine, je crois que le Seigneur recommandait plus fortement de cette manière l'excellence divine de cet Evangile qui serait prêché par lui." (Tr 119, 2)

Dès 400, (De consensu Evangelistarum, 1, 4, 7-6), Augustin expliquait :
"Les trois premiers Evangélistes se sont arrêtés avant tout aux choses que le Christ a opérées temporellement par sa chair d'homme ; quant à Jean, il a regardé avant tout la divinité même du Seigneur par laquelle il est égal au Père et c'est elle qu'il a pris soin de mettre en relief dans son Evangile… Les premiers marchent pour ainsi dire sur la terre avec le Christ homme ; Jean a dépassé la nuée qui couvre toute la terre et, du ciel limpide où il est parvenu, il a vu, de la pointe pénétrante et ferme de son esprit, le Verbe Dieu auprès de Dieu dès le principe, par lequel tout a été fait, et il a reconnu que c'est ce même Verbe qui s'est fait chair afin d'habiter parmi nous (cf. Io., 1, 1, 3 et 14), ayant pris la chair sans pour autant se transformer en chair… Aussi ne trouve-t-on que chez lui les affirmations du Seigneur sur son unité d'être et d'opération avec le Père et il est presque le seul à rapporter dans son Evangile les témoignages qui font reconnaître la divinité du Christ : c'est qu'il était celui qui avait bu à la poitrine même du Seigneur (cf. Io., 13, 23-25) le secret de sa divinité avec plus d'abondance et, pour ainsi dire, plus de profonde intimité que les autres."

Augustin parle, en reprenant les mêmes arguments, de la "sublimité" de l'Evangile de Jean (Tr 36, 1) :
"Dans les quatre Evangiles, ou plutôt dans les quatre livres de l'unique Evangile, le saint apôtre Jean, qui a été à juste titre comparé à l'aigle au sens spirituel, a élevé sa prédication à une hauteur et à une sublimité plus grandes que les trois autres et il a voulu que nos cœurs, à nous aussi, s'élèvent dans le sillage de son élévation. Les trois autres Evangélistes, en effet, marchaient pour ainsi dire sur la terre avec le Seigneur considéré en tant qu'homme, ils ont dit peu de choses de sa divinité ; lui au contraire, comme s'il lui en coûtait de marcher sur la terre, faisant retentir sa voix dès le début de sa prédication, s'est élevé non seulement au-dessus de la terre et de tous les espaces de l'air et du ciel, mais au-dessus même de toute l'armée des anges, au-dessus de toute la hiérarchie des puissances invisibles, il est parvenu à celui par qui tout a été fait et il a dit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu ; il était dès le commencement auprès de Dieu. Tout par lui a été fait, et sans lui rien n'a été fait (Io., 1, 1-3). Bien plus, tout ce qu'il a prêché par la suite se tient en harmonie avec la sublimité d'un pareil début et il a parlé de la divinité du Seigneur comme aucun autre ne l'avait fait. Il proclamait ce qu'il avait bu, car ce n'est pas sans raison qu'il est raconté de lui, dans ce même Evangile, qu'à la dernière Cène il reposait sur la poitrine du Seigneur. A cette poitrine il puisait donc un secret breuvage. Mais ce qu'il a bu en secret, il l'a proclamé au grand jour, afin que soient enseignés à toutes les nations non seulement l'incarnation du Fils de Dieu, sa passion et sa résurrection, mais encore ce qu'était avant l'incarnation l'Unique du Père, le Verbe du Père, coéternel à celui qui l'engendre, égal à celui qui l'a envoyé, devenu dans sa mission inférieur au Père et moindre que lui."


À suivre

http://peresdeleglise.free.fr/Augustin/introdstjean.htm
   
 
 
  

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MessagePosté le: Lun 8 Oct 2012 - 15:09    Sujet du message: St-Jean selon St-Augustin

St Augustin lit et commente St Jean
Chapitre 1er : Le péché
Chez St Jean, dans l'Evangile, on a 14 attestations du mot "péché" ; encore plus dans la 1ère Epître (notons que dans le Commentaire de St Augustin, tout le Traité V est consacré au péché) : encore faudrait-il ne pas négliger les autres formes linguistiques prises par cette réalité qu'est le péché (ainsi quand Jean parle de l'"œuvre du Diable", etc.). Quelles que soient les caractéristiques diverses du péché, il est toujours éloignement et ignorance de Dieu. Augustin nous dit ainsi :
  • L'homme désire les créatures :

"... Dieu vous disant : Demandez ce que vous désirez, qu'allez-vous lui demander ? Faites effort de tout votre esprit, lâchez la bride à votre avarice, étendez, élargissez votre convoitise, autant que vous le pourrez ; car ce n'est pas le premier venu, c'est le Dieu Tout-Puissant qui vous dit : demandez ce que vous désirez. Si vous aimez des propriétés, vous désirerez toute la terre, de sorte que tous ceux qui naîtront soient vos fermiers ou vos serviteurs. Et que ferez-vous, lorsque vous posséderez toute la terre ? Vous demanderez la mer, bien que vous ne puissiez y vivre. Dans ce genre d'avarice, les poissons seront mieux partagés que vous ; à moins que vous ne possédiez aussi les îles de la mer. Mais passez outre, demandez encore le domaine des airs, quoique vous ne puissiez pas voler. Etendez vos désirs jusqu'au ciel ; dites que le soleil, la lune et les étoiles vous appartiennent, parce que celui qui a fait toutes ces choses vous a dit : demandez ce que vous désirez. Cependant, vous ne trouverez rien qui ait plus de prix, vous ne trouverez rien qui soit meilleur que celui qui a fait toutes ces choses. Demandez donc celui qui les a faites, et en lui et par lui vous posséderez tout ce qu'il a fait. Toutes ces choses sont d'un haut prix, parce que toutes sont belles, mais qu'y a-t-il de plus beau que lui ? Elles sont fortes, mais qu'y a-t-il de plus fort que lui ? Et il n'est rien qu'il donne plus volontiers que lui-même. Si vous trouvez quelque chose de meilleur, demandez-le. Si vous demandez autre chose, vous lui ferez injure, et vous vous ferez tort à vous-même, en lui préférant sa créature, alors que le créateur aspire à se donner lui-même à vous." (Enarr. Ps. 34, 12 ; (premier discours)).

  • Le péché est encore incrédulité, refus de la lumière qui vient de Dieu, dispersion au-dehors, alors que Dieu est au-dedans

Citation:
"Bien tard je t'ai aimée,
ô beauté si ancienne et si nouvelle,
bien tard je t'ai aimée !

Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors
et c'est là que je te cherchais,
et sur la grâce de ces choses que tu as faites,
pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n'existaient pas en toi, n'existeraient pas !

Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j'ai respiré et haletant j'aspire à toi ;
j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ;
tu m'as touché et je me suis enflammé pour ta paix."
Citation:

(Conf., X, xxvii, 38)


  • Le péché, en fait, n'est rien : c'est un manque, une privation de bien et d'être

"Tout a été fait par lui, et sans lui rien n'a été fait, veillez à ne pas le comprendre en ce sens que le rien serait quelque chose. Beaucoup en effet, qui entendent mal cette parole : Sans lui rien n'a été fait, se sont accoutumés à penser que le rien est quelque chose. Le péché, certes, n'a pas été fait par lui, et il est évident que le péché n'est rien et que les hommes tombent à rien quand ils pèchent."
(Homélies sur l'Evangile de Jean, tract. I, 13, pp. 153-154).


Pécher, c'est tendre volontairement vers le néant.
  • Le péché est soumission à ce qui est "au-dessous" de l'homme.

"Soumets-toi à celui qui est au-dessus de toi, et ceux au dessus desquels tu es placé seront au-dessous de toi. Mais, parce que, par le péché, l'homme a abandonné celui sous lequel il devait être, il a été soumis à ceux au-dessus desquels il devait être… Reconnais celui qui est au-dessus de toi pour que te reconnaissent ceux qui sont au-dessous de toi… Mais si tu ne reconnais pas celui qui est au-dessus de toi, tu méprises celui qui t'est supérieur, tu es soumis à celui qui t'est inférieur. Ainsi, comment l'orgueil des Egyptiens a-t-il été dompté ? Par des grenouilles et des mouches. Dieu aurait aussi bien pu envoyer des lions, mais un homme, même valeureux, peut avoir peur d'un lion. Plus ils étaient orgueilleux, plus Dieu s'est servi de choses méprisables et viles pour briser leur nuque rebelle."
(Commentaire sur la 1ère Ep. de Jean, 8, 6-7)

La volonté même de l'homme est marquée par le péché, et l'empêche de retrouver le bonheur pour quoi il est fait, l'empêche de trouver Dieu, Dieu vient trouver l'homme au cœur même de son péché. cf. la vie d'Augustin. L'infini de Dieu est présent au cœur même du péché de l'homme : c'est Dieu qu'il cherche, jusque dans le mal :
"Ainsi l'âme fornique, quand elle se détourne de toi et recherche, hors de toi, ce qu'elle ne trouve, pur et limpide, qu'en revenant à toi. Ils t'imitent, mais de travers, tous ceux qui s'éloignent de toi et se dressent contre toi. Pourtant, même en t'imitant ainsi, ils te désignent comme le créateur de tout être, marquant par là qu'il n'y a point de lieu où l'on puisse se retirer, pour être de toute façon loin de toi."
(Conf., II, vi, 14)

Alors que, seul, l'homme ne peut sortir de ce péché, la Grâce qui lui est donnée en surabondance, va lui permettre de retrouver ce pour quoi il est fait : le bonheur en Dieu.
Face au péché, le devoir de correction est un devoir qui appartient à tous : le chrétien doit porter dans son cœur le souci de l'âme de ses frères :
"L'amour même de la dilection ne lui permet pas [à l'homme] d'abandonner les autres à leur indiscipline. "

L'homme doit confesser son péché, pour en prendre conscience :
"Quand tu commences à détester ce que tu as fait, c'est alors que tes œuvres bonnes commencent parce que tu accuses tes œuvres mauvaises. Le commencement des œuvres bonnes, c'est la confession des œuvres mauvaises. Tu fais la vérité et tu viens à la Lumière. Qu'est-ce à dire : Tu fais la vérité ? Tu cesses de te louer, de te flatter de t'aduler, de te dire : Je suis juste, alors que tu es injuste ; tu commences alors à faire la vérité. Et tu viens à la Lumière pour manifester que tes œuvres sont faites en Dieu, car cela même qui te déplaît, ton péché, ne te déplairait pas si Dieu ne t'éclairait pas et si sa vérité ne le montrait pas à tes yeux. Au contraire, celui qui, même après avoir été averti n'en continue pas moins à aimer ses péchés prend en haine la Lumière qui l'avertit, et il la fuit pour que ses œuvres mauvaises qu'il aime ne soient point découvertes. Mais celui qui fait la vérité accuse les maux qui sont en lui : il ne s'épargne pas, il ne se pardonne pas pour que Dieu lui pardonne, car ce qu'il veut que Dieu lui pardonne, il le reconnaît lui-même, et il vient à la Lumière à qui il rend grâce de lui avoir montré ce qu'il devait haïr en lui, il demande à Dieu :Détourne ta face de mes péchés [Ps. 50, 11]. Et dans quels sentiments le dit-il s'il n'ajoute pas : Parce que, mon forfait, je le connais et que mon péché est sans cesse devant moi [Ps. 50, 5] ? Tiens devant toi ce que tu ne veux pas qui soit devant Dieu. Mais si tu rejettes ton péché derrière toi, Dieu te le remettra devant les yeux, et il le retournera sous tes yeux quand ce ne sera plus pour la pénitence le temps de porter fruit."
(Homélies sur l'Evangile de Jean, Tract. XII, 13, pp. 661-663).


On retrouve la même argumentation dans le Commentaire sur la 1ère Epître, IV, 3 (p. 223) :
"Tu commences à ne plus justifier ton péché : c'est déjà un commencement de justice ; cette justice atteindra en toi sa perfection, quand nulle autre occupation n'aura pour toi de charme, quand la mort sera absorbée dans la victoire, quand tu ne seras plus en butte aux chatouillements de la convoitise…"

De fait c'est toute la question du rôle mystérieux de la Loi dans l'économie du salut. La Loi a révélé aux hommes les exigences de Dieu : l'homme a appris ce qu'il ne devait pas faire et comme sa convoitise l'emportait néanmoins sur ses efforts pour lui faire commettre ce qu'il savait désormais interdit, ce qui n'était auparavant qu'un désordre semi-conscient a pris la gravité d'une transgression (cf. St Paul : Ep. aux Romains). L'homme doit donc confesser sa misère et implorer la venue du Médecin (le Christ).
Chez Augustin, on retrouve de façon récurrente le thème du Christ-médecin qui soigne les yeux de notre cœur pour qu'ils puissent voir la lumière :
"En fait, parce que le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous, il a, par sa naissance même, composé un collyre pour soigner les yeux de notre cœur afin que nous puissions voir sa majesté grâce à son humanité. C'est pourquoi le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous : il a guéri nos yeux. Et quelle est la suite ? Et nous avons vu sa gloire. Sa gloire, personne ne pourrait la voir s'il n'était guéri par l'humilité de sa chair. Pourquoi ne pouvions-nous pas la voir ? Que votre Charité soit attentive, voyez ce que je veux dire. C'était comme de la poussière qui était entré dans l'œil de l'homme : de la terre avait rempli son œil, avait blessé son œil ; il ne pouvait pas voir la Lumière. Sur cet œil blessé un onguent est mis : il avait été blessé par de la terre, et de la terre est mise sur lui pour le guérir. Tous les collyres et tous les remèdes en effet ne sont rien que des composés de terre. Tu avais été aveuglé par de la poussière, tu es guéri par de la poussière ; donc, la chair t'avait aveuglé, la chair te guérit. Car ton âme était devenue charnelle en acquiesçant aux désirs de la chair, et l'œil de ton cœur en avait été aveuglé. Le Verbe s'est fait chair : ce médecin a préparé pour toi un collyre. Et parce qu'il est venu pour éteindre par la chair les vices de la chair et pour tuer la mort par la mort, il en est résulté que toi, parce que le Verbe s'est fait chair, tu peux dire : Et nous avons vu sa gloire. Quelle est cette gloire ? Qu'il est devenu fils de l'homme ? Mais c'est là son humilité, et non sa gloire. Or jusqu'où a pénétré le regard de l'homme, guéri par la chair ? Nous avons vu sa gloire, dit l'Evangéliste, gloire comme celle du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité." [Jn 1, 14].
(Homélies sur l'Evangile de Jean, Tract. II, 16, pp. 205-207).

L'Incarnation du Christ est un remède permanent que l'homme s'applique à lui-même par la foi.
"Le Verbe s'est fait homme à l'intention des yeux du corps, afin que, croyant en celui qui a pu être vu corporellement, tu sois guéri pour voir celui-là même que tu n'étais pas capable de voir par le regard de l'esprit."
(Homélies sur l'Evangile de Jean, Tract. XIV, 12).


La question du péché originel : sans se lancer ici dans toute la controverse pélagienne et les livres auxquels elle a donné naissance (qui ne correspondent pas à notre propos ici), on peut trouver dans la lecture de St Jean que fait Augustin des éléments qui permettent de résumer ses principales d'idées : ce que possède l'homme de bon et de vrai lui vient de Dieu. Augustin se fonde sur Jn 8, 44 : "Celui qui profère le mensonge parle de son propre fonds" (dit par Jésus à propos du Diable et de ceux qui le suivent) :
"Ce que l'homme possède de vérité et de justice vient de cette source, où nous devons désirer nous abreuver en ce désert afin qu'en en recevant comme de quelques gouttes rafraichissement et réconfort durant l'attente de cet exil pour ne pas défaillir en route, nous puissions parvenir au repos et à la satiété dont elle est le principe"
(Homélies sur l'Evangile de Jean, Tract. V, 1)


Le péché est en l'homme depuis la faute originelle, mais le Christ l'a guéri en donnant sa vie pour tous, et si nous sommes enfants de Dieu, nés de Dieu, il n'y a plus de péché en nous. L'apparente contradiction de Jn (1ère Epître) est explorée par Augustin :
  • "Qui est né de Dieu ne pèche pas"
  • "Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous abusons et la vérité n'est pas en nous"

C'est le rôle du "commandement nouveau" :
"Il y a un péché déterminé [celui contre le commandement nouveau] que ne peut connaître celui qui est né de Dieu : ce péché évité, les autres sont détruits ; ce péché commis, les autres sont renforcés."
(Commentaire sur la 1ère Ep., V, 3)


De fait, à l'origine, la nature de l'homme a été créée sans péché, mais dotée de libre-arbitre. Ce libre-arbitre peut entraîner l'homme au péché (cf. le péché d'Adam), mais peut devenir liberté pleine si l'homme choisit Dieu. Adam a choisi le péché volontairement, et il faut toute la grâce pour lui permettre de retrouver la liberté perdue, car le péché est esclavage (il entraîne l'homme à sa perte et à la mort, loin du Christ qui est le Chemin, la Vérité, la Vie). (1).
   
   
 

(1) : Dans l'Enchiridion (Manuel), traité écrit par Augustin en 421 et qui passe souvent pour un véritable abrégé de sa doctrine, Augustin résume les quatre états de l'humanité par rapport à Dieu :
"Lorsque s'étendent les profondes ténèbres de l'ignorance (Ac 17, 30) et que, sans aucune résistance de la raisons, on vit selon la chair (Rm 8, 1), c'est le premier état de l'humanité.
Ensuite, quand la loi a fait connaître le péché (Rm 7, 7) s'il n'est pas encore aidé par l'Esprit divin, celui qui veut conduire sa vie selon la loi est vaincu. Il pèche alors sciemment et tombe sous l'esclavage du péché. "En effet, quand on est vaincu par quelqu'un on lui est soumis comme esclave" (2 P 2, 19). La connaissance du précepte a fait que le péché excite en l'homme toutes sortes de convoitises et comble la mesure en y ajoutant la prévarication, de manière à vérifier ce qui est écrit : "La loi est survenue pour qu'abondât le péché (Rm 5, 20). Tel est le second état de l'humanité.
Mais si, regardant à notre misère, Dieu se révèle à notre foi comme prêt à nous aider lui-même, dans l'accomplissement de de qu'il ordonne et que l'homme commence à ressentir l'action de son Esprit, un désir s'élève à l'encontre de la chair par la vertu plus puissante de la charité (Gal 5, 16-18). Ainsi, bien qu'il y ait toujours quelque chose de l'homme qui s'oppose à l'homme parce que sa faiblesse n'est pas encore entièrement guérie, le juste néanmoins vit de la foi (Rom 1, 17 ; Gal 3, 11 ; He 10, 38), et il vit en juste dans la mesure où il ne cède pas à la mauvaise concupiscence parce que la délectation de la justice l'emporte chez lui. Tel est le troisième état de l'humanité qui anime l'espoir du bien. A celui qui y persévère et progresse fidèlement il reste un dernier état, savoir la paix qui consistera dans le repos de l'âme après cette vie, puis dans la résurrection de la chair.
De ces quatre états différents, le premier se place avant la Loi, le second sous la Loi, le troisième sous la grâce, le quatrième dans la plénitude et la perfection de la paix. C'est ainsi que le régime du peuple de Dieu lui-même fut ordonné à travers les temps comme il a plu à Dieu qui "règle toutes choses avec mesure, nombre et poids" (Sag 11, 21)." (Enchiridion, 118)

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Carole
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MessagePosté le: Ven 23 Nov 2012 - 10:30    Sujet du message: St-Jean selon St-Augustin

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