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Cours de vie intérieure Cheminement


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Thomas
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MessagePosté le: Jeu 26 Avr 2012 - 19:54    Sujet du message: Cours de vie intérieure Cheminement

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TABLE DES MATIERES

I Préambule 7

1.1 Qui est Dieu? 7
Qui suis-je? 8
D’où viens-je? 9
Où vais-je? 10
Je suis appelé pourquoi? 10

II Nos guides 13

2.1 Sainte Thérèse d’Avila 13
a. rédaction des livres 18
la mort de sainte Thérèse 20
2.2 Saint Jean de la Croix 21
a. rédaction des livres 23
2.3 Saint Jean Marie Vianney 25

III Nos compagnons de route 28

3.1 Les anges 29
a. les anges et les papes récents 30
. Pie XI 30
. Pie XII 30
. Jean XXXIII 30
. Paul VI 32
. Jean Paul II 33
b. la Parole de Dieu 34
. Dans le Nouveau Testament 35
c. Les Pères de l’Eglise 35
Dans le catéchisme 36

3.2 L’accompagnateur spirituel 37
a. les qualités d’un bon accompagnateur 38
. science 38
. prudence 40
. expérience 41

IV L’ennemi 42

4.1 Nature et puissance des démons 43
Modes et but de son action 47
a. la tentation 47
le trouble 47
menteur et père du mensonge 48
4.2 Moyens de reconnaître son action 49
Comment le combattre 50
a. la prière et la vigilance 50
le jeûne 51
l’eau bénite 51

4.3 Les tactiques 52
a. la foi 52
l’humilité 53

4.4 La pensée de Jean Paul II 54
La pensée du curé d’Ars 55

V En route vers l’Amour 58

5.1 Vision de sainte Thérèse 58
Extérieur du château 59
Vision de l’enfer 62
Les fins dernières 63

VI Les deux premières demeures 68

6.1 Les premières demeures 69
La porte d’entrée 73
Les deuxièmes demeures 75
a. Description 76
organisation de la vie extérieure 77
dispositions nécessaires aux débutants 78
. l’énergie 78
. la discrétion 79
b. les premières oraisons 80
. la prière vocale 80
. la prière liturgique 81
. la lecture méditée 81
. la méditation 82
. l’oraison de recueillement 82
. les lectures spirituelles 84
- Le Christ Jésus, livre vivant 84
Le choix des lectures 85
. les amitiés spirituelles 85
- importance des amitiés 85
choix des amitiés 86

6.8 Les sécheresses 87
Les troisièmes demeures 88
a. La porte d’entrée 88
Description 89
Les difficultés 90





VII Le deuxième âge de vie intérieure 92

7.1 La clef de la perfection 92
Début de la contemplation 93
Description de la nuit des sens 93
Purification de l’être 95
a. L’orgueil 95
L’avarice spirituelle 96
La luxure spirituelle 97
La colère spirituelle 98
La gourmandise spirituelle 98
L’envie et la paresse spirituelles 100
Les nuits spirituelles 101
7.2 Comment se conduire? 103
Des avantages 104
a. connaissance de nous-mêmes 104
humilité de l’esprit 104
peur de reculer 104
7.3 Voie illuminative 105
La contemplation 106
a. Sensitive 106
Intellectuelle 106
du cœur 106
spirituelle 107
7.4 Que faire pendant la nuit du sens? 109
a. faire confiance 109
recueillement passif 109
oraisons courtes 109
ascèse personnelle< 109
garder la foi 109
patience 109
obéissance 109
offrande 109
7.5 Contemplation et solitude 110
Réactivation des dons du St-Esprit 110
Extrait de la « Montée du Carmel » 111
La sortie de la nuit des sens 112
Oraison de guiétude 114
Les cinquièmes demeures 114
a. Description 114
Grâce mystique d’union 115
Paroles du curé d’Ars 119

VIII Le troisième âge de vie intérieure 121

8.1 Les sixièmes demeures 122
a. La nuit obscure de l’esprit 122
. retournement psychologique 122
. souffrances intérieures 122
• sentiment d’opposition avec Dieu 123
écrasement sous la force divine 123
combat du divin 124
impression d’étouffement 125
souvenir d’une prospérité passée. 125
déchaînement des démons 125
manque de compréhension 126
éclaircies passagères 126
. souffrances extérieures 129
• lévitation 130
stigmates 131
b. Les fiançailles spirituelles 140
. faveurs extraordinaires. 142
• paroles intérieures 142
paroles extérieures 143
visions intérieures 144
visions extérieures 144
visions intellectuelles 144
parfum mystique 145

. saint Jean de la Croix et faveurs extraordinaires
. les types de paroles selon s.Jean de la Croix
• paroles successives 149
paroles formelles 149
paroles substancielles 150
. le phénomène de la bilocation 150

8.2 Les septièmes demeures 152
a. découvertes importantes du mariage 152
les effets du mariage 153
mariage et apostolat 154

BIBLIOGRAPHIE 155



















I

PREAMBULE

« Dieu dit: « Faisons l’Homme à notre image et à notre ressemblance. Qu’il ait autorité sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les animaux des champs et toutes les bêtes sauvages et les reptiles qui rampent sur la terre! Dieu créa l’Homme à son image; à l’image de Dieu il le créa; Homme et Femme il les créa. » (Gn. 1,26-27). Voilà un texte de la Parole de Dieu qui prend tout son importance dans la recherche de l’homme quant à son identité profonde. Qui suis-je? Voilà une très grande question. C’est toute la recherche du sens même de l’être humain qui se trouve à l’intérieur de cette grande question. Il est certain que je peux essayer d’y trouver ma propre réponse mais si je m’abandonne à mon Créateur, si j‘ai ce don de la foi, j’ai trouvé la réponse. Je suis un être spirituel composé de chair et d’esprit. Je suis à l’image de Dieu.

1.1 Qui est Dieu?

De nouveau, ici, nous posons une grande interrogation. Pour trouver la réponse, il suffit d’ouvrir la Parole de Dieu. Saint Jean nous dit dans sa première lettre: « Celui qui n’aime pas ne connaît pas Dieu, car Dieu est Amour » Le malheur de l’homme actuel est le fait qu’il court après l’amour, ce bien si précieux qui est à l’intérieur de chacun de nous. Nous avons soif d’être aimé mais c’est l’amour déçu qui blesse le plus. La blessure d’amour est la plus grande tristesse de l’humain. Aujourd’hui, nous assistons à la course à l’amour mais malheureusement nous ne savons pas ce qu’est aimer. Notre société de consommation nous présente des amours matériels, superficiels : mais ce n’est pas ce qu’il y a de plus profond en nous. Voilà pourquoi nous sommes si déçus aujourd’hui de la vie. Le problème de l’amour sévit un peu partout dans le monde mais principalement en Amérique du Nord où nous avons fait le choix, dit le pape Jean-Paul II à Denver aux jeunes, de la culture de la mort. Notre société de consommation nous conduit à la mort, à la superficialité, à l’individualisme. Or, ce à quoi nous sommes appelés, c’est à l’entraide, à la fraternité, à la charité, à entrer au plus profond de nous-mêmes afin de rencontrer l’Amour qui est Vie, don de soi, humilité, charité. C’est à cette rencontre que nous sommes tous conviés au cours de notre vie; à la rencontre de Dieu qui est Amour.

1.2 Qui suis-je ?

Je suis un enfant de Dieu par adoption. C’est extraordinaire quand j’y pense. Je suis fait pour aimer et pour être aimé. Que c’est beau ? Le curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, disait : « Le bon Dieu n’a pas besoin de nous : S’il nous commande de prier c’est qu’il veut notre bonheur, et que notre bonheur ne peut se trouver que là.... La vie intérieure est un bain d’amour dans lequel l’âme se plonge. Dieu tient l’homme intérieur comme une mère tient la tête de son enfant dans ses mains pour le couvrir de baises et de caresses. On aime une chose à proportion du prix qu’elle nous a coûté : Jugez par là de l’amour que Notre-Seigneur a pour notre âme qui lui a coûté tout son sang « Aussi est-il affamé de communications et de rapports avec elle? Combien l’homme serait heureux s’il savait user de l’amour de son Seigneur et de son Dieu... Si nous comprenions tout le bonheur d’une âme enflammée d’amour du bon Dieu, si nous pouvions goûter combien il est doux de marcher toujours en sa présence , de nous sentir sous son regard, de nous laisser conduire par la main, nous penserions toujours à lui, nous ne pourrions pas faire autrement, ce serait notre plus grand bonheur de chaque jour...;Le seul bonheur que nous ayons sur la terre, c’est d’aimer Dieu et de savoir que Dieu nous aime. » (pensées du curé d’Ars, p.91-92)

Oui, je suis créé par amour pour l’amour et tant que je ne saisirai pas cela, il me sera impossible d’être heureux. Je suis un être aimé profondément par Dieu et la seule chose qu’il me demande, c’est de Lui faire confiance, de m’abandonner à Lui, de croire en Lui, peu importe les épreuves de la vie. Dieu est toujours présent en moi. Il ne faut pas le chercher à l’extérieur de nous mais au plus profond de nous et c’est ce chemin vers notre intérieur que je désire faire connaître dans ce mémoire à la suite de sainte Thérèse d’Avila, de saint Jean de la Croix, du curé d’Ars, des pères de l’Eglise et autres.

1.3 D’où viens-je ?

Cette deuxième interrogation que se pose tout être humain est simple à répondre si nous avons là aussi la foi. La réponse nous a été révélée par Dieu. Bien certainement, la science a son apport à faire. Elle doit regarder avec toutes ses connaissances les origines de l’humain mais elle doit savoir que Dieu lui-même nous a donné la réponse. Je viens de Dieu qui est Amour. Cela m’émerveille quand j’y songe. Et dans l’Evangile, Jésus me dit que ce Dieu Amour est un Père et que je suis son enfant par adoption. Quelle héritage ! Que je suis heureux de savoir cela ! J’ai un Père rempli de miséricorde qui connaît mes limites mais qui m’aime quand même. Mon père et ma mère de la terre m’ont été prêté. Ils ont eu comme mission de me conduire vers mon vrai Père et ma vraie maman qu’est la Vierge Marie. Je suis tellement heureux de savoir tout cela dans le plus profond de moi-même. Le Seigneur a le goût de nous dire sans cesse cette parole : « Viens, tu comptes pour moi, tu as du prix à mes prix et je t’aime »

1.4 Où vais-je ?

Voilà la troisième grande interrogation. La réponse est toute simple. Je viens de l’Amour. Je suis Amour. Je m’en vais vers l’Amour et tout ce cheminement se fait à l’intérieur de moi-même car au plus profond de mon être habite l’Amour. La mort pour moi n’existe pas, elle n’est qu’un passage, qu’un tremplin où je m’élance dans les bras de mon Père. Le chrétien n’est pas un adepte de la réincarnation. Je suis trop important pour Dieu pour devenir quelqu’un d’autre. Je serai toujours moi car je suis unique. Voilà pourquoi les choix de vie que je prends sont si importants.

1.5 Je suis appelé pourquoi ?

Il y a deux types de vocations : la vocation régulière et la vocation charismatique. Notre vocation régulière consiste en ceci : Tous, nous sommes appelés à la sainteté de par le sacerdoce commun que nous avons reçu à notre baptême. Nous sommes des saints en puissance ; Il y a tout en nous pour faire des saints, c’est-à-dire des êtres remplis de paix et d’amour. Il faut qu’en me voyant vivre, on puisse dire : « Comme il est heureux ! »

C’est ce chemin vers la sainteté que nous allons regarder ensemble. « Entrez par la porte étroite. Oui, grande ouverte est la porte, large est le chemin qui mène à la perdition, et c’est une foule qui s’y engage. Mais comme elle est étroite la porte qui mène à la vie, comme le chemin en est resserré ! Et ceux qui le trouvent sont bien peu. » (Mt.7, 13-14).

Oui, ce chemin est étroit mais nous le parcourrons avec sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix et aussi avec l’aide de maman Marie, notre véritable maman qui désire nous conduire comme le dit si bien saint Louis Marie Grignon de Montfort vers son Fils Jésus . (secret de Marie de saint Louis Marie Grignon de Montfort).

Le deuxième type d’appel ou de vocation est de type charismatique. Tous, sans exception, nous avons une mission. Cela nous est bien expliqué dans la parabole des dix talents. (Mt.25, 14-30). Quand le maître de la maison reviendra, il demandera des comptes. Je t’ai donné tel talent, qu’en as-tu fait ? Je t’ai donné telle mission, qu’en as-tu fait ? Est-ce que nous avons pris la peine de la découvrir? Qu’est-ce que le Seigneur me demande ? Il ne me demande pas d’être un autre mais d’être moi-même. Tout le long de ma vie, le Seigneur me parle, soit par des événements, soit par des personnes ou encore par un livre, etc. Est-ce que je prends vraiment la peine de le découvrir ? Le pire péché, c’est de croire que je suis un bon à rien. C’est faire injure à Dieu. Me sentir inutile, c’est que je ne comprends pas l’importance de ma mission. Aux uns, le Seigneur demande de prier, à d’autres d’offrir leurs souffrances, leurs croix de chaque jour, à d’autres encore de semer la Parole. Ce n’est pas de l’orgueil que de croire que je suis important, c’est faire honneur à Dieu, c’est de l’humilité profonde. Je suis quelqu’un parce que Dieu habite en moi. Si je m’abandonne à Lui, si j’accepte de ne pas tout comprendre dans ma vie et de remercier mon Père malgré les épreuves qui sont dans la majorité des cas des temps de purification, des étapes qui me conduisent vers la sainteté. Je suis unique, irremplaçable et si je n’accomplis la mission que le Seigneur me donne, je brise le projet de Dieu sur l’humanité

Le Seigneur m’appelle pour me libérer des esclavages que sont mes limites. Il m’appelle à quitter l’Homme Ancien pour devenir l’Homme Nouveau et alors je pourrai dire comme saint Paul: « Ce n’est plus moi qui vis mais c’est le Christ qui vit en moi. » (Gal. 2,20). Plus je m’approche de Jésus, de mon Père, de mon intérieur profond, plus je suis libéré. « Posséder Dieu, disait le curé d’Ars, c’est le bonheur des bonheurs. Ce bonheur fait oublier tout le reste. (p.93, pensées du curé d’Ars).

O Père, toi qui m’aimes tant, je te demande pardon pour le peu d’amour que je te donne. Montre-moi le chemin qui conduit à l’union intime avec Toi, avec ton Fils, avec ton Esprit. Transforme l’homme ancien que je suis en homme nouveau. Oui, Seigneur, tu m’appelles à devenir un saint, prends ma vie, conduit-là comme bon te semble car je sais qu’au bout de cette vie, je te verrai face à face.
















II

Nos guides

Dans ce chemin qui conduit à la sainteté, Dieu a donné pour notre temps deux grands saints : saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila. Ce seront nos guides tout le long de ce chemin, de cette route qu’est ma vie.

2.1 SAINTE THERESE D’AVILA

Au temps où François premier régnait en France, soit en 1515, une petite fille naissait dans la ville d’Avila en Espagne. On l’avait appelée Teresa. A la maison, il y avait déjà Marie, Jean, Rodrigue et Fernand. Après Thérèse naîtront Antoine, Pierre, Jérôme, Augustin et Jeanne. A la maison, on raconte les Maures emmenaient les chrétiens pour en faire des esclaves ou encore pour les tuer. Un jour Thérèse a une idée qu’elle croyait très bonne. Elle n’avait que 7 ans. Elle va trouver son frère, Rodrigue, qui a 11 ans et lui dit : « Ecoute Rodrigue, tu sais que le bonheur du Ciel durera toujours, toujours, toujours. Eh bien ! nous allons aller tous les deux au Ciel tout de suite! » « Comment cela ? dit Rodrigue » « Nous allons partir chez les Maures. Puisque nous sommes chrétiens, ils nous martyriseront et nous irons au Ciel pour toujours. Un matin, donc, Thérèse et Rodrigue s’échappent en cachette de la maison. Ils gagnent une des grandes portes qui s’ouvrent dans les murailles de la ville, et se sauvent en courant sur la route de Salamanque. Parce qu’ils ont franchi le pont de la rivière, ils se croient déjà très loin d’Avila. Ils sont pourtant encore tout près. Sur la route, ils rencontrent leur oncle qui les ramène à la maison.

Très jeune, par conséquent, Thérèse désirait voir Dieu. Déjà à l’intérieur d’elle, sa mission se dessinait. Dieu la choisissait pour aider les autres à rencontrer Dieu, à voir Dieu au coeur de leur vie. Maintenant que Thérèse a compris qu’on ne va pas au Ciel en désobéissant, elle cherche dans sa petite tête ce qu’elle pourrait faire pour mieux aimer le bon Dieu. Alors, elle se met à construire des petits ermitages dans le jardin où elle vient réciter son chapelet. Ou bien, quand ses petites amies viennent jouer avec elle, elle imagine que toutes sont des religieuses. On fait des processions. On orne de petits autels. On dit ensemble des prières. Mais Thérèse joue aussi des jeux plus bruyants comme tous les jeunes de son âge. Elle crie, elle se dispute avec ses frères mais elle finit toujours par obtenir ce qu’elle veut. Elle est très jolie avec ses cheveux noirs et ses yeux bruns. Elle aime beaucoup la danse. On dit qu’elle danse en faisant claquer ses castagnettes.

A 14 ans, Thérèse perd sa mère et sa petite soeur Jeanne dans la même semaine. A la cathédrale d’Àvila, il y a une très belle statue de Notre-Dame. Thérèse va s’agenouiller devant cette statue de la Vierge Marie. Elle lui demande, tout en larmes, d’être sa nouvelle maman. Plus tard, elle passe son temps à lire des romans de chevalerie. Elle rêve qu’elle est aimée par un beau chevalier. Elle est un peu comme nos jeunes d’aujourd’hui qui passent beaucoup de temps à écouter des téléromans à la télévision et pense que la vie, c’est ce qui se passe dans les téléromans. A l’un de ses cousins, Thérèse envoie en secret de petits billets où elle a écrit de jolies choses, comme dans les romans de chevalerie. Le soir, quand tout le monde est couché, elle se glisse derrière la grille d’une fenêtre qui donne sur la rue, et qu’on appelle une celosia. Elle guette l’arrivée de son ami. Mais le père de Thérèse n’aime pas du tous ces jeux La grande soeur Marie va se marier bientôt. Qui va s’occuper de Thérèse ? Son père décide donc de l’envoyer en pension.

Son père la conduira chez les Religieuses Augustines de Notre-Dame de Grâce. Les pensionnaires y vivent à l’intérieur de la clôture, comme les religieuses. Thérèse a 15 ans seulement. Thérèse est d’abord très malheureuse mais au bout d’une semaine, elle se met à réfléchir. Elle regarde vivre les religieuses Augustines. Elle pense qu’elles sont heureuses d’aimer beaucoup le bon Dieu. Mais... est-ce que Dieu voudrait que Thérèse elle aussi, devienne religieuse ? A cette pensée, Thérèse se révolte au fond de son coeur. A force de se débattre, elle tombe malade. On l’envoie alors en campagne chez sa soeur Marie. Petit à petit, Thérèse se remet. Elle a maintenant 18 ans. Elle voudrait être certaine que Dieu ne lui demande pas d’être religieuse. Mais de plus en plus, elle comprend que Dieu l’appelle. Alors, comme elle est loyale, elle décide d’entrer au couvent.

Thérèse a une amie qui est entrée au couvent des Carmélites de l’Incarnation, bâti en dehors des murs d’Avila. Il y a là près de 150 religieuses. La vie qu’elles mènent n’est pas trop rude. Elles peuvent aller très souvent au parloir, et même passer quelques semaines dans leur famille ou chez des amis, de temps en temps. C’est donc à l’Incarnation que décide d’entrer Thérèse. Elle quitte sans rien dire la maison de son père. Un autre de ses frères l’accompagne, Antoine. Lui, veut se faire Dominicain. C’est un matin d’automne 1536. Thérèse a 21 ans. Elle porte une de ses jolies robes de jeune fille. En entrant au couvent elle pense : « Puisque j’ai commis des péchés, il faudrait bien, si je mourais maintenant, que j’aille au Purgatoire. Eh bien ! au couvent, je ferai mon Purgatoire! »

Mais la vie religieuse, ce n’est pas cela. Thérèse ne le savait pas. Voici que le jour de sa prise d’habit, elle eût une très grande surprise. Elle croyait qu’elle venait faire son Purgatoire au couvent : Dieu lui fit goûter une joie si grande qu’elle pensait plutôt être déjà au Ciel. Thérèse est très heureuse. Elle décide de se mettre au service des petits. Il y avait une soeur malade, elle décide de la soigner. Elle veut être parfaite tout de suite : ce qui est impossible. Elle croit que l’on devient saint en faisant tout le temps des choses difficiles. Elle ne sait pas encore que c’est Dieu seul qui fait les Saints. Pour devenir saint, il faut simplement faire la volonté de Dieu, et accepter tout ce qu’il permet que nous ayons. Thérèse voulait tellement que les autres soeurs voient sa générosité, ses efforts.

Une seconde fois, Thérèse tombe malade, juste après avoir fait sa profession religieuse. On la conduit encore une fois à la campagne chez sa soeur. Puis, on la fait soigner par un médecin qui ne comprend rien à sa maladie. Trois mois plus tard, il faut la ramener à Avila, bien plus malade qu’avant. Pendant trois jours, étendue sur son lit, elle reste sans mouvement, sans même ouvrir les yeux. On la croit morte. Tout le monde le croit, excepté son père. Au bout de trois jours, elle ouvre les yeux. Elle n’est pas morte. Cela nous fait songer tout de suite à saint Paul qui après sa conversion perdit la vue pour la retrouver trois jours plus tard au moment où Dieu envoya Ananie. Saint Paul était demeuré à Damas trois jours sans voir, sans manger, sans boire. (Act. 9,9). C’est une forme de résurrection. Paul n’était plus le même homme comme le Christ mort et après trois jours, il ressuscita.

Quand Thérèse s’est réveillé, elle était complètement paralysée. Elle supplie qu’on la reconduise au couvent de l’Incarnation. Si elle doit mourir, c’est là qu’elle veut mourir puisqu’elle est religieuse. On l’y ramène donc et on l’installe à l’infirmerie. Les soeurs la trouvent très patiente. C’est qu’elle a compris que, lorsqu’on aime Dieu, on ne peut rien lui refuser. Si nous savons que Dieu habite notre âme, par la grâce, nous pouvons lui parler comme nous parlerions à un ami et nous allons pouvoir ressentir une grande joie. Thérèse aimerait guérir mais elle accepte sa condition ; elle n’a que 23 ans. Elle prie saint Joseph de lui venir en aide. Petit à petit, elle se sent exaucée. Elle peut remuer ses bras, puis ses jambes. Au bout de trois ans, elle est tout à fait guérie. On constatera l’importance du chiffre 3 dans sa vie, passage de la mort à la résurrection, de l’homme ancien à l’homme nouveau

Un jour, elle entre dans un oratoire. On y a déposé une très belle statue qui représente Notre-Seigneur au moment de sa flagellation. La statue est de grandeur nature. On dirait que le sang coule vraiment des plaies de Jésus. Thérèse regarde Jésus et lui dit : « Notre Seigneur, vous m’avez aimée jusqu’à souffrir tellement pour moi ! Vous m’avez aimée jusqu’à mourir pour moi ! Et moi, je ne suis pas capable de faire les sacrifices que vous demandez. Sans vous, je ne suis rien et je ne peux rien. » Au moment de la Pentecôte, pendant qu’elle priait l’Esprit Saint, elle comprit que Dieu lui demandait de «parler désormais avec les Anges et non plus avec les hommes. Thérèse a compris ceci : l’importance de la prière. Une religieuse est faite d’abord pour prier. Prier à la chapelle, mais aussi en travaillant, en prenant ses repas. Prier, c’est parler avec quelqu’un. On pourrait dire cela aussi de tout chrétien. Toute notre vie doit devenir prière. La pensée de Dieu doit devenir toujours présente, 24 heures sur 24 mais pour en arriver là, pour que tout se fasse naturellement, il y a tout un chemin à suivre, c’est cette route que nous allons regarder ensemble

a. Rédaction des livres

Thérèse a composé 4 livres que l’on peut tous retrouver dans un même publié aux éditions du Seuil en 1949 «oeuvres complètes de sainte Thérèse de Jésus ». Son premier livre fut le livre de sa vie. Elle n’a jamais eu l’intention d’écrire sa vie. Elle l’a fait par obéissance à son directeur spirituel (OCT, p.811). Il faut dire ici qu’elle a eu jusqu’à 7 directeurs de conscience en même temps. Il y avait 6 prêtres et un laïc et celui qui connaissait pas mal la spiritualité, c’était le laïc. Les autres prêtres en savaient très peu. Cela fait environ 450 ans que le premier livre fut écrit.

Le second livre, c’est le livre des fondations. Elle a fondé 18 couvents et elle décrit tout le récit détaillé de chacune de ses fondations (OCT p.1065), les difficultés rencontrées : comment il fallait demander des permissions, comment parfois il fallait passer par le délégué apostolique ; souvent l’évêque ne voulait pas, le délégué voulait ; parfois il fallait écrire à Rome et Rome disait : fondez quand même ! . Ce livre est une richesse pour tous ceux ou celles qui ont reçu un appel pour fonder une oeuvre.

Le troisième livre est le «chemin de la perfection ». Elle l’a écrit ce livre pour les jeunes religieuses parce que, dans le premier couvent qu’elle a fondé, il y avait beaucoup de jeunes filles qui venaient d’entrer. Le livre de sa vie n’était pas encore publié et souvent les religieuses lui disaient : « Vous priez bien, il faudrait nous donner des conseils ». C’est alors qu’elle écrivit ce beau livre qu’est "le chemin de la perfection ". (OCT, p.579)

Enfin le quatrième livre qu’elle écrivit s’intitule «le livre des demeures ». Il date de 1577. La sainte avait 62 ans ; elle est morte à 67 ans. Elle était en plein génie ; au point de vue spiritualité, elle était arrivée au dernier degré : l’union transformante, le mariage spirituel. Elle était aussi en pleine crise nous raconte le père Oliva Gignac, fondateur de l’école de vie intérieure dans son livre «le trésor caché » (, tome 1, p.25-35). Son oeuvre était menacée : l’oeuvre de ses fondations. On avait entrepris une vraie guerre contre elle, on a mis en prison son associé, saint Jean de la Croix. Elle, on l’a séquestrée, seule, dans un couvent, en lui ordonnant : n’en sors pas ! On lui faisait de la peine en lui disant : « Ton Jean, tu ne le verras plus » et à Jean on disait : « Tu sais, la mère Thérèse, on va la brûler » Encore là, c’est son directeur spirituel qui lui ordonna d’écrire ce livre. Cela lui a pris trois mois de travail, 250 pages sans se relire, et de la plus haute spiritualité. Tout ce livre a été écrit à partir d’une vision que le Seigneur lui a donnée. « Un jour, voulant voir Dieu, elle fit une portière au Seigneur en lui disant : « J’aimerais donc cela que vous me fassiez comprendre la beauté d’une âme en état de grâce ! Le Seigneur, alors, lui a fait voir une boule de cristal, oui, une belle boule de vitre. Celle-ci était divisée en sept compartiments concentriques, c’est-à-dire un dans l’autre. Et Thérèse a remarqué que le milieu, le centre de la boule, était plein de lumière, tandis que plus ça allait vers le bord, plus c’était embrouillé. Alors elle a compris que c’était la présence divine dans le fond de l’âme, et que l’âme, si elle veut rencontrer le Seigneur, doit pénétrer par l’intérieur jusqu’au Seigneur, ( Oct. p.814) « (le trésor caché, tome 1, p. 30). C’est cette montée vers l’union intime avec le Seigneur que nous allons regarder ensemble tout le long de ce mémoire.



b. La mort de sainte Thérèse.

Le 2 octobre 1582, sainte Thérèse était mourante. Elle demanda le sacrement des malades. Le père vicaire provincial Antonio de Jésus reçut sa confession à genoux près de son lit... Les recommandations de Thérèse furent brèves : « Mes filles et mes dames, pour l’amour de Dieu, je vous demande de bien observer la Règle et les Constitutions ; si vous les gardez ponctuellement, nul autre miracle ne sera nécessaire à votre canonisation. N’imitez pas les mauvais exemples que vous a donnés cette mauvaise religieuse et pardonnez-moi. »

Elle répéta plusieurs fois avec clarté et majesté : « Seigneur, je suis fille de l’Eglise ». Elle était si mal qu’il fallait deux religieuses pour la remuer dans son lit. Mais lorsqu’elle vit entrer le Très Saint Sacrement, elle se redressa d’un bon et se mit à genoux ; son visage s’enflamma d’amour et d’allégresse. Sa dernière communion fit jaillir de ses lèvres ses dernières exclamations : « Mon époux et Seigneur ! L’heure désirée est venue. Il est temps de nous voir, mon Aimé, mon Seigneur. Il est temps de me mettre en route. Partons, c’est l’heure. »

A l’aube du lendemain, fête de saint François d’Assise, elle se coucha sur le côté, dans la position qu’on donne à Marie Madeleine ; ses soeurs purent la contempler : les rides creusées par l’âge et la maladie avaient disparu ; son visage transfiguré était si calme et si lumineux qu’on eût dit une lune pleine. Celles qui l’avaient vue en extase dirent qu’elle était en présence de Dieu. Elle est morte ainsi dans la paix profonde.

Neuf mois après son enterrement, on ouvrit sa tombe : aucune trace de décomposition. On lui mit une robe neuve, on l’enveloppa dans un drap et on la déposa dans un coffre, là même où elle était auparavant. Mais avant de ce faire, le P.Provincial lui ôta la main gauche. Gracian ajoute ceci : « J’ai emporté cette main dans une coiffe, et plus pliée dans du papier ; il en distillait de l’huile. Je l’ai laissé à Avila, dans un coffret fermé. »

Trois ans après, on ouvrit de nouveau la tombe. Les médecins examinèrent le corps et décidèrent qu’il était impossible que cela soit chose naturelle, sinon vraiment miraculeuse... car après trois ans, sans avoir jamais été ouvert, ni embaumé, il était si entier que rien ne lui manquait et il en émanait une odeur de parfum... Le corps fut ensuite éparpillé : le pied droit et un morceau de la mâchoire supérieure sont à Rome, la main gauche à Lisbonne, la main droite, l’œil gauche, des doigts, des lambeaux de chair, épars en Espagne et dans toute la chrétienté. Son bras droit et son coeur sont dans des reliquaires à Albas, ainsi que ce qui reste de corps parfait et incorruptible.

En 1602, elle fut béatifiée et en 1622, elle fut déclarée sainte.


2.2 SAINT JEAN DE LA CROIX

Jean de la Croix naquit en 1542 à Fontiveros, en Vieille Castille, de Gonzalve de Yépes et Catherine Alvarez. Après une enfance pauvre et chrétienne, il devient infirmier de Medina. De taille médiocre, mais de vive intelligence, on sent en lui l’étoffe d’une personnalité. Il décide de venir un père carmélite car plus il avance dans la vie, plus il désire découvrir une intimité plus profonde avec le Seigneur. En 1563, il reçoit l’habit du Carmel. Il désire se donner à fond et il développe une très grande amitié avec Thérèse d’Avila. Ensemble, ils se comprennent. Le Seigneur leur fait voir, chacun à leur façon, tout le cheminement d’une âme en voie de perfection. La démarche est similaire mais le langage change. Il décide aussi de réformer le Carmel. Thérèse est la grande réformatrice féminine et Jean de la Croix deviendra le grand réformateur masculin.

Comme pour tous les fondateurs, les problèmes commencent. Une réforme ne se fait pas dans la facilité. La montée vers la sainteté ne se fait pas sans la croix. Il faut d’abord que j’accepte ma croix, si je désire monter vers les plus hautes cimes de la perfection. « Que celui qui veut me suivre, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Sur l’ordre du supérieur, on décide d’enfermer le Père Jean dans une cellule-cachot à Tolède. Durant neuf mois (le temps d’une naissance), il y subit un long martyr purificateur. C’est pendant ce temps qu’il atteint l’union mystique. C’est pendant ce temps qu’il écrivit le gros de ses traités. Jean de la Croix ne s’est pas révolté et cela peut nous donner une grande leçon pour toute notre vie spirituelle. Nous voulons faire la volonté de Dieu mais pour la plupart du temps, il faudrait que Dieu fasse notre volonté et tant et aussi longtemps que nous n’acceptons pas de vivre intensément l’instant présent en croyant que tout est bénédiction, je ne peux pas avancer vers l’union intime ou transformante avec le Seigneur. « A chaque jour suffit sa peine ». On ne se trompe jamais en obéissant. Dieu souvent va passer par là pour vérifier mon état intérieur et ensuite il me fera avancer vers Lui. Tout accepter pour le Christ et avec le Christ.

En 1580, les assauts contre les Réformés cessent. C’est alors le début du grand rayonnement de saint Jean de la Croix. Il occupe des charges importantes. Son humilité l’écarte, par contre, souvent de la première place. Il voyage, fonde des monastères, dirige les âmes, prêche la Parole de Dieu.

Après une douloureuse maladie, le saint meurt. C’est le 14 décembre 1591, il n’avait que 49 ans. La douleur, la charité, le don de soi l’ont consumé tout entier.

a. Rédaction des livres

Il écrivit comme sainte Thérèse d’Avila de nombreux livres de spiritualité. Lui aussi est docteur de l’Eglise, c’est-à-dire que son enseignement est digne d’être présenté à tous ceux ou celles qui désirent comprendre ce qui se passe à l’intérieur de l’être humain quand il accepte de marcher avec le Christ et vers le Père. Tous les livres se trouvent publiés en oeuvre complète « oeuvres spirituelles de saint Jean de la Croix, éditions du seuil. Il écrivit « la montée du Carmel », « la nuit obscure », « le cantique spirituel » « la vive flamme d’amour » « lettres et poésies ».

Plusieurs citations de ce travail viendront de ces divers livres. Dans «la Montée du Carmel », on y traite de la manière dont la personne pourra se disposer pour arriver promptement à son union avec Dieu. On y donne des avis et des enseignements très utiles à ceux qui commencent aussi bien qu’à ceux qui ont déjà réalité beaucoup de progrès, afin qu’ils sachent se débarrasser de tout ce qui n’est pas spirituel. On regarde comment on arrive jusqu’au sommet de la montagne, c’est-à-dire à l’état élevé de la perfection que nous appelons ici l’union de l’âme avec Dieu.

C’est aussi dans ce livre que saint Jean de la Croix nous parle de l’importance des épreuves dans la vie spirituelle « Elles sont si nombreuses et si profondes les ténèbres et les épreuves tant spirituelles que temporelles par lesquelles ont coutume de passer ces bienheureuses âmes pour pouvoir arriver à cet état de perfection, que ni la science humaine ne suffit pour le comprendre, ni l'expérience pour l’exposer. (p. 19, prologue). Il est vraiment déplorable, dit-il, de voir beaucoup d’âmes à qui Dieu confère des qualités et des faveurs spéciales pour monter plus haut et qui parviendraient au sublime état dont nous parlons, si elles voulaient s’en donner la peine, mais qui restent dans leurs manières vulgaires de traiter avec Dieu; elles manquent de volonté ou de lumière, ou bien il n’y a personne pour les guider et leur enseigner à quitter le sentier des commençants. » ( p.20, prologue)

« Si elles ne se laissent pas porter par lui, elles font moins de chemin parce qu’elles résistent à celui qui les élève; elles méritent moins parce qu’elles ne lui abandonnent pas leur volonté; et par le fait même, elles souffrent davantage. Il y a en effet des âmes qui, au lieu de s’abandonner à Dieu tout en s’aidant elles-mêmes, troublent son action par leur agitation indiscrète ou leur résistance. Elles ressemblent à de petits enfants que leurs mères voudraient porter dans les bras et qui se mettent à trépigner et à pleurer afin de marcher eux-mêmes, quand ils en sont incapables, ou du moins quand ils ne peuvent faire que des pas d’enfants... Il y a en effet, des confesseurs et des Pères spirituels qui n’ont point la lumière nécessaire ni l’expérience de ces voies; au lieu de venir en aide à ces âmes, ils ont coutume plutôt de les empêcher et de leur être nuisibles; .... Voilà pourquoi c’est une épreuve très rude et très pénible pour l’âme qui, dans des circonstances analogues, ne comprend pas son état et ne trouve personne qui la comprenne. » (p.21, prologue). « Ce n’est pas assez pour de pareils confesseurs. Comme ils s’imaginent que cet état est la conséquence de leurs péchés, il les oblige à repasser leur vie et à faire une foule de confessions générales. C’est les crucifier de nouveau et ne pas comprendre que ce n’est plus le temps d’employer de tels moyens, mais de laisser ces âmes dans l’état de purification où Dieu les a placées, de les consoler, de les encourager à vouloir cette épreuve tout le temps qu’il plaise à Dieu. » (p. 22, prologue).


2.3 SAINT JEAN MARIE VIANNEY

Saint Jean Marie Vianney, appelé couramment le curé d’Ars, n’est pas comme tel un maître spirituel par ses écrits mais on pourrait le situer au niveau de la vie. Tout le long de l’itinéraire donné par sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix, je me permettrai de donner quelques pensées provenant de ce saint curé, patron de tous les pasteurs. Tout le long de sa vie, il a mené une vie simple et il s’est rendu lui aussi jusqu’au mariage spirituel, c’est-à-dire à l’union transformante. Pour moi, le curé d’Ars a été un modèle pendant toute ma vie de même que saint François d’Assise. Je ne peux passer sous silence l’intimité qu’il avait avec le Seigneur.

Ce petit curé de campagne vivait de la Sainte Trinité. Dans son bréviaire, il ne conservait qu’une seule image: celle de la Trinité. Dans son premier testament, il lègue « son corps à la terre et son âme... aux Trois Personnes Divines ». Or, cette vie trinitaire n’avait pas pour lui un sens abstrait. Le Père était vraiment Père « si bon ». « Il y en a qui donnent au Père, dit-il, un coeur dur. Oh! comme ils se trompent! » Le Fils, il le voyait débordant d’amour. « Si nous savions comme Notre-Seigneur nous aime, nous en mourrions de plaisir » ». Quant au Saint-Esprit, c’était de lui qu’il recevait en vérité « la force du mouvement ».

Il avait aussi une grande foi en la présence eucharistique en tant que présence réelle. Les témoins sont unanimes sur ce point. A la fin de sa vie, le curé monta en chair pour l’homélie, il était très faible. Il ne dit que ces mots en se tournant vers le tabernacle: « Il est là, il est là, il est là ». On dit dans les volumes qui traitent de sa vie qu’à ce moment là, il y eût de nombreuses conversions dans l’Eglise. On voit par là comment est vraie cette parole du pape Jean Paul II dans son encyclique Redemptoris Missio: « Le monde actuel a plus besoin de témoins que de maîtres » et je suis d’accord avec cette affirmation. Contrairement à ce qu’on serait tenté de supposer, M.Vianney célébrait la messe assez rapidement, à l’allure d’un prêtre ordinaire. Seulement, arrivé à la consécration, il avait des moments d’arrêt important. Ces moments d’arrêt arrivaient à la consécration mais aussi à la communion. Il demeurait là, sans bouger, regarder, avec un sourire imperceptible et des larmes dans les yeux, l’hostie qu’il tenait entre ses doigts. (pensées du curé d’Ars, édition foi vivante, p. 23).

Il avait aussi un très amour envers la Vierge Marie. « Elle est encore meilleure que la meilleure des mères, dit-il. Les trois personnes divines contemplent la Sainte Vierge ajouta-t-il. Le bon Dieu pouvait créer un plus beau monde que celui qui existe, mais il ne pouvait donner l’être à une créature plus parfaite que Marie. » « Le coeur de cette bonne mère n’est qu’amour et miséricorde. Et comme elle ne désire que nous voir heureux, il suffit seulement de se tourner vers elle pour être exaucés. » ( pensées du curé d’Ars, p.24-25)

C’est aussi l’homme de la miséricorde. IL passait des heures dans son confessionnal. Les gens venaient de partout vers la fin de sa vie pour recevoir le sacrement de la Réconciliation Il fallait, paraît-il attendre trois ou quatre jours pour pouvoir le rencontrer tant il y avait des foules. Dès 1827, on parle de 20,000 personnes, soit neuf ans après son arrivée à Ars. En 1858, soit l’année précédant sa mort, c’est 80,000 personnes.

Aujourd’hui à Ars, on peut voir son presbytère avec tout son mobilier. On voit par là son immense pauvreté. Dans le musée qu’est le presbytère, on voit le lit qu’il dit avoir été brûlé par les forces du Mal ( on voit les traces des brûlures). On peut voir aussi sa tombe faite de simple contre-plaqué. Dans la petite chapelle, on peut voir son corps intact, signe donné par Dieu aux incrédules.












III

NOS COMPAGNONS DE ROUTE


Avant de nous mettre en route dans ce chemin très spécial qu’est la vie, il nous faut savoir que seul nous ne pouvons pas parvenir à cette union intime avec le Seigneur, à cette paix profonde promise par le Seigneur : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Celle que je vous donne n’est pas comme celle que donne le monde. Ne restez pas dans le trouble et la crainte. » (Jn. 14, 27) Nous avons besoin de compagnons, principalement de la personne même de Jésus qui se présente dans l'Évangile comme étant le Chemin, la Vérité et la Vie « Je suis le Chemin, la vérité et la vie. Personne ne peut aller au Père sans passer par moi. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi le Père. « (Jn.14, 6-7). La Vierge Marie est aussi un chemin important, une grande compagne. C’est notre maman, notre véritable maman. Un jour, je rencontrais une jeune handicapée atteinte de mongolisme et de nombreuses autres maladies, elle était aveugle. Elle m’entendit parler de la Sainte Vierge. Elle vint me voir et me dit: « Que tu es compliqué! Que tu es compliqué! » Je lui demandai pourquoi. Elle me répondit: « On ne dit pas la Sainte Vierge (langage intellectuel) mais maman Marie. Moi, je lui parle tous les jours, simplement et elle me répond. C’est ta maman, c’est notre maman. » Depuis ce temps, Maman Marie est devenue dans ma vie ma grande compagne. Je me suis consacré à elle et je peux percevoir à travers mon expérience de vie les moments importants où elle est intervenue. Maman Marie est très importante dans la montée vers son Fils car elle a pour mission de conduire l’humanité vers son Fils Jésus. Voilà pourquoi, nous vivons actuellement de si nombreuses apparitions « On a vu ensuite, dit saint Jean, dans le ciel un signe impressionnant, une femme revêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles. La femme est enceinte, et elle crie de douleur car elle est près d’accoucher » (Ap.12, 1-2) Oui, Maman Marie vient préparer une terre nouvelle pour tous ses enfants, elle me conduit vers son Fils, vers le Père. Elle est Mère de l’Eglise, dit le pape Jean Paul II ainsi que le Concile Vatican II.


3.1 LES ANGES

« Voici que j’envoie un ange devant toi, pour te garder dans le chemin et pour t’introduire au lieu que j’ai préparé. Fais attention à lui et écoute sa voix; ne lui soit pas rebelle car il ne pardonnerait pas votre transgression, parce que mon nom est en lui. Mais si tu veux écouter sa voix, et si tu fais tout ce que je dirai, je me ferai l’ennemi de tes ennemis et l’adversaire de tes adversaires. Car mon ange marchera devant toi. » (Ex.23, 20-23). « En Lui ont été créées toutes choses dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances, tout a été créé par Lui et pour Lui » ( Col. 1,) « Qu’y a-t-il de meilleur, dis-moi? Parler du voisin et de ses affaires, s’enquérir curieusement de toutes choses? Ou s’entretenir des anges et des choses qui sont propres à nous enrichir? » (St-Jean Chrysostome, In Joa.homil. 18, pg59, col.119) « C’est aux anges célestes, qui possèdent Dieu dans l’humilité et le servent dans la béatitude, qu’est soumise toute la nature corporelle et toute la vie irrationnelle » (St-Augustin, De Genesis ad litteram, livre VIII. chap.24, no.45). « Quand une soudaine inspiration nous survient, elle peut certes être d’origine simplement naturelle. Mais il est probable que plus souvent que nous ne pensions elle nous est soufflée à l’oreille par notre ange gardien ». (Jacques Maritain, Nova et Vetera 1969, p. 104).

a. Les anges et les papes récents

. Pie XI

Le pape Pie XI confia à un groupe de visiteurs que, au commencement et à la fin de chacune de ses journées, il invoquait son ange gardien. « Nous tenons à le déclarer, aussi pour remplir un devoir de reconnaissance, nous nous sommes toujours sentis merveilleusement assisté par notre ange gardien. Très souvent, nous sentons qu’il est là, proche de nous, prêt à nous aider. » (discours du 2 octobre 1934 aux enfants catholiques, Discorsi di Pio XI, vol 3, p.196-200)

. Pie XII

Le pape Pie XII aussi avait une très grande dévotion aux anges. Dans son encyclique « Humani generis » parue pendant l’Année Sainte 1950, il signalait aux évêques « certaines erreurs qui menaçaient de ruiner les fondements de la doctrine catholique » Parmi les opinions fausses Pie XII dénonçait les vues de certains théologiens « qui se demandent si les anges sont des créatures personnelles » (aas.1950, p. 570). L’allocution adressée le 3 octobre 1958 par Pie XII à sept cents pèlerins américains est un vrai joyau de théologie pastorale. Celui qu’on a appelé le « Pasteur angélique » y exhorte les fidèles à entretenir une certaine familiarité avec les anges gardiens. Le Pape leur rappelle « Qu’il existe aussi un autre monde, un monde invisible, mais tout aussi réel que le nôtre. Ce monde invisible qui nous entoure est peuplé d’anges. Ils étaient dans les villes que vous avez visitées... ils étaient vos compagnons de voyage(...) Chacun, si humble soit-il, a des anges pour veiller sur lui. Ils sont glorieux, purs, splendides, et cependant ils vous ont été donnés comme compagnons de route: ils sont chargés de veiller soigneusement sur vous, pour que vous ne vous écartiez pas du Christ, leur Seigneur(...) Notre ange gardien s’emploie aussi à notre sanctification. , il met tout en oeuvre pour favoriser notre ascension spirituelle et pour développer notre vie d’intimité avec Dieu. L’ange gardien est un maître d’ascèse et de mystique; c’est un guide et un entraîneur verts les cimes » (doc. catholique, 1958).

. Jean XXIII

Le pape Jean XXIII a révélé comment Pie XI recommandait aux représentants du Saint-Siège la dévotion aux anges gardiens. Mgr. Roncalli s’entendit confier par Pie XI un très beau secret pour faciliter sa mission chez les Balkans à savoir le recours à la présence agissante des anges. « source de joie continuelle pour ses protégés, cette présence aplanit les difficultés et émousse les oppositions. Quand il nous arrive de devoir parler avec une personne difficilement accessible à nos arguments et avec laquelle notre langage doit avoir un ton d’autant plus persuasif, nous recourons à notre ange gardien. Nous lui recommandons l’affaire. Nous lui demandons d’intervenir auprès de l’ange gardien de la personne que nous allons rencontrer. L’entente une fois établie entre les deux anges, la conversation entre le Pape et son visiteur devient beaucoup plus facile » (discours de Jean XXIII, 9 octobre 1962 à la Basilique Sainte-Marie-des-Anges). Le pape Jean XXIII suggère aux prêtres le recours aux anges gardiens: « Nous demanderons en particulier à notre ange gardien de bien vouloir nous assister dans notre récitation quotidienne de l’Office divin pour que le récitions avec dignité, avec attention et avec dévotion, et qu’il devienne ainsi agréable à Dieu, fructueux pour nous et pour les âmes des autres ». (exhortation apostolique du 6 janvier 1962). «L’ange gardien est un bon conseiller, il intercède auprès de Dieu en notre faveur; il nous aide dans nos besoins; il nous préserve des dangers et des accidents. Le Pape aimerait que les fidèles sentent toute la grandeur de cette assistance des anges ». ( 24 octobre 1962). « Chacun de nous a le sien, et chacun peut converser avec les anges des autres » ( 9 août 1961). Un évêque particulièrement cher à Jean XXIII, saint François de Sales, qui, avant de prêcher, se plaisait à promener son regard sur l’assistance pour saluer et invoquer, invisiblement présents, les anges gardiens de ses auditeurs. Dans une lettre adressée à soeur Angèle Roncalli, une de mes nièces religieuses, Jean XXIII déclare: « Moi-même je récite la prière Ange de Dieu, qui êtes mon gardien cinq fois par jour, et souvent je m’entretiens (spirituellement avec lui, toujours dans le calme et dans la paix. Quand je dois faire visite à quelque personne importante pour traiter des affaires du Saint Siège, j’engage mon ange à se mettre d’accord avec celui de la personne haut placée pour qu’il influe sur ses dispositions. C’est là une petite dévotion que m’a rappelée plusieurs fois le Saint Père Pie XI, de vénérée mémoire, et que je trouve très fructueuse » (Jean XXIII, lettre à ma famille, éd. du Cerf 1969, lettre du 3 octobre 1948).) Dans une confidence à un évêque canadien, Jean XXIII attribue à une inspiration de son ange gardien l’idée de la convocation du XXI Concile œcuménique.

. Paul VI

Le 30 juin, en la clôture de l’année de la foi, Paul VI déclare (1968): « Nous croyons en un seul Dieu, Père, Fils et Saint Esprit, créateur des choses visibles comme ce monde où s’écoule notre vie passagère, des choses invisibles comme les purs esprits qu’on nomme aussi les anges, et créateur en chaque homme de son âme spirituelle et immortelle ». Les élus intercèdent pour les hommes, tandis que les anges gardiens, eux, non seulement prient pour les hommes, mais agissent directement autour d’eux et sur eux. S’il y a intercession et intervention directe: ils sont à la fois les avocats des hommes auprès de Dieu et les ministres de Dieu auprès des hommes ».

. Jean Paul II

On pourrait aussi en dire autant sur le pape Jean Paul II qui a écrit de nombreux textes concernant les anges. Nous retrouvons, entre autre, dans le livre publié aux éditions du cerf la catéchèse de Jean-Paul II dans le tome 2 où il nous raconte sa croyance et la croyance de l'Église face à l’existence des anges. En voici quelques extraits: « Il est de foi, en effet, que Dieu a créé dès le commencement le monde terrestre et le monde des anges. Alors que l’homme est constitué de matière et d’esprit, les anges sont purement spirituels, immortels. personnels, tout en appartenant à des groupes caractérisés---- les chœurs des anges---, dotés d’intelligence et de libre volonté, à la ressemblance de Dieu.,(....) ils ont été chargés d’un ministère pour le salut des hommes. La Bible décrit spécialement le rôle de trois d’entre eux: les archanges Michel, Gabriel et Raphaël. Jésus nous dit qu’il prononcera notre jugement en présence des anges, comme témoins. Dès maintenant, ils participent à la protection des hommes, pour les conduire sur les chemins de la vie éternelle, et c’est pourquoi nous pouvons invoquer leur assistance, comme nous le faisons envers notre ange gardien.

Oui, la pensée et le culte des anges nous aident à nous approcher du Dieu trois fois saint, invisible....L'Église, tout le long des siècles, a professé la vérité sur l’existence des anges. .. Elle a exprimé cette vérité dans le symbole de Nicée-Constantinople, et l’a confirmée lors du quatrième concile de Latran (1215). Sa formulation a été reprise par le concile Vatican I dans le contexte de la doctrine de la création: « Dieu créa ensemble à partir du néant, dès l’origine du temps, l’une et l’autre créature, la spirituelle et la corporelle, c’est-à-dire l’angélique et la terrestre.... » ( P. 155-156, catéchèse du 6 août 1986) Les pages 139 à 175 sont toutes consacrées aux anges, d’où l’importance que leur accorde le pape Jean-Paul II.

b. A travers la Parole de Dieu

Selon l’étymologie de leur nom, les anges sont des messagers. C’est ainsi que Dieu envoie un ange pour annoncer à Abraham la naissance d’Isaac, comme il enverra un ange annoncer à Zacharie la naissance de Jean-Baptiste. C’est un ange encore qui au nom de Dieu fait des révélations au prophète Daniel et au prophète Zacharie comme, dans l’Apocalypse, c’est un ange qui révélera à Jean ce qu’il doit annoncer.

Vaincu par les Juifs, le général syrien Timothée prépare une guerre de revanche, avec de nombreuses troupes étrangères et un fort contingent de cavaliers asiatiques. Avant d’affronter la bataille, les compagnons de Judas Maccabée se mettent en prière. Ils supplient Dieu de se montrer « l’ennemi de leurs ennemis et l’adversaire de leurs adversaires », comme il l’avait promis. Au fort de la bataille, les Syriens virent apparaître, venant du ciel, sur des chevaux harnachés d’or, cinq hommes resplendissants, qui se mirent à la tête des Juifs. Ayant placé Macchabée au milieu d’eux et le protégeant de leurs armes, ces anges le gardèrent sain et sauf. « Ils lançaient contre l'ennemi des flèches et des traits: celui-ci aveuglé, se débanda en plein désordre » (II Maccabées, ch.X)

. Dans le Nouveau Testament

Les anges annoncent l’incarnation du Verbe à Marie, sa naissance aux bergers, sa résurrection aux saintes femmes, et aux apôtres son retour triomphant à la fin des temps. Dans la vie de Joseph, ceux-ci lui apparaissent en songe aux étapes décisives de sa vie, pour l’engager à prendre Marie de Nazareth pour épouse. Les anges interviennent visiblement dans les débuts de l’Eglise: ils libèrent d’abord les apôtres, un ange qui, à Troas, sous les apparences d’un Macédonien, se présente pendant la nuit à saint Paul pour le supplier de traverser la mer et de porter l'Évangile en terre d’Europe: « Passe en Macédoine, viens à notre secours » ( c’est l’interprétation de Corneille de la Pierre, qui cite une apparition angélique semblable dans la vie de François Xavier, avant le départ du saint pour l’Inde (Commentaire des Actes des Apôtres 16,9)

c. A travers les Pères de l’Eglise

Aux yeux de l’Eglise catholique, ce sont des êtres réels, des personnalités puissantes, de purs esprits qui, lorsqu’ils apparaissent aux hommes en prenant des formes visibles, provoquent souvent des sentiments de crainte et d’admiration comme le montre de nombreux saints comme Pierre Fabre, premier disciple de saint Ignace de Loyola.

Saint Jean Chrysostome expliquait aux fidèles de Constantinople: « Nous ne connaissons pas l’essence de notre âme, et nous voudrions connaître la nature des anges ».

Saint Bernard: « Que dirais-je des esprits angéliques, moi qui ne suis qu’un chétif ver de terre » » ( premier sermon pour la fête de saint Michel).

Dans le calendrier liturgique, il y a la fête des anges (29 septembre et 2 octobre). Les Préfaces les mentionnent, le Pater fait allusion à eux en les proposant comme modèles d’obéissance à la volonté de : Dieu, et l’oraison des Complies invoque expressément la protection des anges gardiens.

Saint Thomas: « Pour toutes ses interventions matérielles dans l’univers, Dieu se sert du ministère des anges. Ils sont comme les bras et les mains de Dieu » (somme théologique, qu.76).

d. Dans le catéchisme de l’Eglise catholique

« L’existence des êtres spirituels, non corporels, que l'Écriture Sainte nomme habituellement anges, est une vérité de foi. Le témoignage de l'Écriture est aussi net que l’unanimité de la Tradition. » (p.77, num.328)

Saint Augustin dit à leur sujet: « Anges » désignent la fonction non pas la nature. Tu demandes comment s’appelle cette nature? Esprit. Tu demandes la fonction: « Ange »; d’après ce qu’il est, c’est un esprit, d’après ce qu’il fait, c’est un ange... » De tout leur être, les anges sont serviteurs et messagers de Dieu. Parce qu’ils contemplent la face de mon Père qui est aux cieux (Mt.18, 10). Ils sont « les ouvriers de sa parole, attentifs au son de sa parole ». (Ps. 103,21). (num.329) En tant que créature purement spirituelle, ils ont intelligence et volonté: ils sont des créatures personnelles et immortelles. Ils dépassent en perfection toutes les créatures visibles. L’éclat de leur gloire en témoigne. (num.330).

Le Christ est le centre du monde angélique. Ce sont ses anges à Lui. « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire avec tous ses anges » (Mt.25,31). Ils sont à Lui parce que créés par et pour Lui: « Car c’est en Lui qu’on été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, seigneuries, principautés, puissances; tout a été créé par Lui et pour Lui (Col. 1,16). Ils sont à Lui plus encore parce qu’Il les a faits messagers de son dessein de salut: « Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter le salut? (Heb. 1,14). (num.331).

De l’enfance au trépas, la vie humaine est entourée de leur garde et de leur intercession. « Chaque fidèle à ses côtés un ange comme protecteur et pasteur pour le conduire à la vie ». Dès ici-bas, la vie chrétienne participe, dans la foi, à la société bienheureuse des anges et des hommes, unis en Dieu. (num.336).


3.2 L’ACCOMPAGNATEUR SPIRITUEL

Sur le plan strictement humain, nous avons besoin comme compagnon de route qui nous aide à discerner un bon accompagnateur spirituel. Saint Paul allait toujours faire vérifier ses prédications : « Je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabé et Tite que je pris avec moi. J’y montai à la suite d’une révélation; et je leur exposai l'Évangile que je prêche parmi les païens. » (Gal. 2, 1.2.9)

« Il n’appartient pas au premier venu de diriger les âmes, déclare Jean de la Croix, car c’est une chose très importante de réussir ou de se tromper dans une affaire si difficile » (OSJ. p. 1214). « Tous les directeurs n’ont pas la science voulue pour surmonter les mille difficultés qui se rencontrent dans le chemin spirituel: tous n’ont pas d’expérience suffisante pour discerner comment l’âme doit être conduite et dirigée dans les divers états de la vie spirituelle » (idem).

a. Les qualités d’un bon conseiller spirituel

. La science

Il doit lui-même s’il dirige des commençants connaître l’oraison et faire l’oraison. « Les commençants retirent peu de profit, selon moi, des savants qui ne sont pas adonnés à l’oraison » dit sainte Thérèse d’Avila ( Oct. p.132).
Le monde a plus que besoin aujourd’hui d’accompagnateur spirituel. Le démon est tellement présent dans notre monde. Il y a tellement de fausses spiritualités, de faux mystiques, de fausses visions, de fausses paroles intérieures ou extérieures. Un jour, le curé d’Ars a dit cette parole: « Un jour viendra où l’homme sera si las d’entendre parler de l’homme qu’il pleurera quand on lui parlera de Dieu ». Je crois que ce jour est arrivé. Ici, je ne comprends pas mon Eglise qui ne forme pas ses futurs pasteurs pour répondre à ce besoin. Des cours obligatoires sur la spiritualité de sainte Thérèse d’Avila et de saint Jean de la Croix devraient être donnés. Ce n’est pas avec des cours de psychologie que nos pasteurs vont accompagner. Même aux niveaux des animateurs de pastorale dans les polyvalentes, comment peuvent-ils accompagner un jeune sur le plan spirituel s’ils ne possèdent pas la science donnée par sainte Thérèse et saint Jean de la Croix. On dit souvent: « Il y a tellement de spiritualités ». Cela n’est vrai qu’en partie. On pourrait présenter la spiritualité d’un saint François d’Assise, d’un curé d’Ars ou d’un saint Augustin mais on ne saisit pas la différence d’avec Thérèse d’Avila et Jean de la Croix. Eux sont des maîtres spirituels. Ils nous montrent le chemin de la perfection. Il faut faire une différence entre la spiritualité et les spiritualités. Sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix nous présente la spiritualité. C’est une grande grâce que nous a donné le Seigneur pour notre temps. Ce n’est pas pour rien que sainte Thérèse d’Avila a été reconnue docteur de l’Eglise dans le domaine spirituel en 1970. Il faut être capable de voir les signes de Dieu.

Cette science s’apprend bien sûr par des connaissances intellectuelles comme l’étude de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix mais aussi par la vie. Pour un futur prêtre, on ne devrait pas regarder avant tout sa psychologie mais sa vie spirituelle et on devrait lui donner des moyens concrets pour qu’il puisse lui-même cheminer dans les voies mystiques. Le XX! siècle sera un siècle de mystiques. Serons-nous prêts comme église à répondre à ces besoins?

Pour guider une personne qui se situe dans le deuxième âge, le conseiller spirituel doit connaître les voies mystiques (Oct. p.609). Enfin, pour guider les personnes qui se situent dans les sixièmes ou septièmes demeures, il doit être un bon théologien afin de démêler les visions, les paroles intérieures ou extérieures, etc.

. La prudence

C’est une vertu très importante pour un conseiller spirituel. Il doit savoir attendre l’heure de Dieu et ne pas précipiter la personne en avant trop rapidement. Il doit agir et faire agir afin de vérifier les fruits de charité et autres. Aujourd’hui il y a beaucoup de jeunes dans les polyvalentes qui viennent nous parler de paroles intérieures. Cela m’est arrivé quelque fois dans le mandat qui m’est confié comme animateur de pastorale. Un jour, une jeune fille vient me rencontrer à mon bureau, elle était découragée parce que cela faisait seulement quelques mois qu’elle s’était convertie, elle aimait alors le bon Dieu mais elle se sentait incapable de le défendre en classe quand les autres élèves se moquaient du Seigneur. Je lui ai dit une parole que j’ai beaucoup regretté à l’époque car ce n’est pas mon style mais la parole est sortie toute seule de ma bouche. Pour ne pas dévoiler le nom de cette personne, je vais l’appeler Madeleine. Je lui dis: « Tu sais, Madeleine, le Seigneur a dit: « Si tu rougis de moi, moi aussi je rougirai de toi devant mon Père qui est dans les cieux. » Madeleine est repartie et dès qu’elle a fermé la porte, j’ai regretté cette parole. J’ai couru pour aller la rejoindre mais il était trop tard. Le lendemain, Madeleine était assise près de mon bureau à mon arrivée. Elle m’a dit: « Michel , il faut que je te parle, c’est très important ». Madeleine ajouta: « Hier soir, je me suis chicanée avec mon frère. J’étais très triste de cette chicane. Je suis alors monté dans ma chambre pour demander pardon au Seigneur. Soudain, j’ai entendu par mes oreilles une voix masculine très douce: « Madeleine, Madeleine ». Je croyais que c’était mon frère. J’ai ouvert la porte mais il n’y avait personne. De nouveau, la voix se fit entendre: « Madeleine, Madeleine, prends et lis ». Je vis alors, dit-elle, une Bible près de mon lit et je l’ouvris. Je tombai immédiatement sur la parole: « Si tu rougis de moi, moi aussi je rougirai de toi devant mon Père qui est dans les cieux. » »

Que répondre à cette jeune fille. J’ai été honnête avec elle. Je lui ai parlé de la miséricorde de Dieu, de nos limites personnelles et que Dieu nous aimait dans nos limites. Maintenant, à savoir si cette parole était vraiment de Dieu, je lui avouai que je n’y connaissais rien et que si elle acceptait, nous irions ensemble rencontrer un prêtre compétent dans la matière. Elle accepta et dans l’après-midi même, nous avons rencontré ensemble un prêtre reconnu pour sa spiritualité. En écoutant Madeleine, il ouvrit un extrait de saint Jean de la Croix et il lui dit: « Est-ce que comme cela que tu t’es sentie ». Elle répondit: « Oui, c’est exactement ce que j’ai ressenti en entendant la Parole. » C’est alors que je constatai malgré mon bac en théologie ma grande incompétence. Pourtant j’ai reçu toute ma formation au Grand Séminaire. C’est à ce moment là que je vis cette lacune importante pour nos futurs pasteurs. J’ai donc décidé de suivre des sessions de formation et le Seigneur a placé sur ma route un maître spirituel extraordinaire, le père Oliva Gignac, rédemptoriste. En lisant sainte Thérèse d’Avila, j’ai pu alors faire le point sur ma propre vie spirituelle et accompagner plusieurs personnes même en étant laïc.

. L’expérience

a. Avoir fait l’expérience lui-même de l’ascèse et des projets divins.
b. Avoir l’expérience de l’humilité. Jean de la Croix dit: « Le directeur spirituel doit respecter la liberté des âmes et leur montrer un bon visage quand elles voudraient avoir un guide meilleur; car il ne sait pas par quelles voies Dieu veut travailler au progrès d’une âme en particulier » (OSJ, p. 1016).
c. Avoir le « sensus ecclesiae », le sens de l’Eglise, le flair de ce que l’Eglise pense et être lui-même en étroite relation avec l’Eglise.

C’est en priant que nous recevrons le conseiller spirituel dont nous avons besoin pour cheminer.

IV

L’ENNEMI

Dans ce chemin qui nous conduit à Dieu, nous avons un ennemie qu’il est bon de connaître. Sa plus grande ruse est de faire croire qu’il n’existe pas. Ainsi, quand nous ignorons l’ennemi, nous ne méfions pas des pièges qu’il y a sur la route car nous ne croyons pas être en guerre. Or, nous sommes en guerre. Nous vivons une guerre spirituelle. «On a vu ensuite dans le ciel un signe impressionnant, une femme revêtue du soleil, avec la lune sous ses pieds et sur sa tête une couronne de douze étoiles. La femme est enceinte, et elle crie de douleur car elle est prête d’accoucher. Mais un autre signe est apparu dans le ciel: un dragon couleur de feu était là. Il avait sept têtes et dix cornes, et ses têtes étaient couronnées, sa queue balayait un tiers des étoiles du ciel et les précipitait sur la terre. Le dragon est posté devant la femme qui allait accoucher de façon à dévorer son enfant sitôt qu’elle aurait accouché.(...) Il y eu alors dans le ciel une guerre; Michel et ses anges ont combattu le dragon et le dragon a combattu, aidé par ses anges; mais il n’a pas été le plus fort et ils ont perdu leurs places dans le ciel. Il a donc été précipité, le grand dragon, le serpent d’autrefois, celui qu’on appelle Diable et Satan, celui qui égare la terre entière. On l’a précipité sur la terre et ses anges ont été précipités avec lui. » (Ap.12,1-10).

4.1 Nature et puissance des démons ( JVD, p. 95)

Les démons sont des anges déchus. En même temps que le monde matériel Dieu crée les anges, purs esprits, êtres de lumière, doués d’intelligence et de volonté, en nombre incalculable, tous différents, groupés en hiérarchies, échelonnés en perfection suivant leur puissance et la lumière qui les constitue, communiquant entre eux à la façon des esprits par un simple acte de volonté. Ils formaient la cour céleste de Dieu qui les destinait à la participation de sa vie.

Pour la leur faire mériter, Dieu les soumit à une épreuve dont nous ne pouvons préciser la nature. Le plus grand d’entre eux, Lucifer, fasciné par sa propre lumière, refusa de se soumettre. Il entraîna dans sa révolte une multitude d’anges, peut-être le plus grand nombre. Tandis que les anges fidèles trouvaient dans leur soumission à Dieu la vision face-à-face et la béatitude éternelle, les anges révoltés, fixés dans leur attitude de révolte par la simplicité de leur nature, se trouvaient pour l’éternité dans la haine de Dieu, dans la privation du souverain Bien et de l’Amour infini.

A ces anges devenus des démons et des puissances de haine Dieu donnait la permission d’intervenir dans le monde. Ils pourraient ainsi contribuer providentiellement aux épreuves que devaient subir les hommes appelés à les remplacer dans la cour céleste. Avec quelle puissance les démons peuvent-ils intervenir dans ce combat avec la puissance de leur nature angélique qui, en ce qui la constitue essentiellement, n’a pas été diminuée par leur chute. En tant que pur esprit le démon domine le monde inférieur de la matière et des sens. Il en connaît les lois et les réactions. Il peut les mettre en action et les utilise intelligemment pour ses fins. A ce titre, tout ce que l’homme possède de matériel et sensible, le corps, les puissances sensibles (sensibilité, imagination, mémoire) n’échappent pas à une certaine action ou influence du démon.


Par contre cet ange déchu, bien que pur esprit, ne peut pas pénétrer dans les facultés de l’âme, à moins que la volonté ne les lui ouvre. Il ne pourra pas lire les pensées de l’intelligence, ni agir directement sur elles. La volonté lui sera aussi un asile inviolable et inviolé, même dans la possession, à moins qu’elle-même ne se livre à son emprise. Le monde surnaturel lui est complètement fermé. Le démon a cependant une certaine connaissance de Dieu et croit malgré lui aux vérités divines qui le tourmentent. Grâce à certains indices, le démon peut deviner l’orientation habituelle d’une âme au point de vue surnaturel. (Je veux voir Dieu, p. 95)

Chaque semaine au début des Complies l’Eglise nous fait entendre l’exhortation de l’apôtre saint Pierre: « Mes frères, veillez et priez, parce que le démon, votre ennemi, rôde autour de vous, comme un lion rugissant, cherchant une proie à dévorer « (1P 5,8-9)

« Comme l’intention du démon est toujours si perfide, il doit mettre dans chacune de ces Demeures plusieurs légions de mauvais esprits, afin d’empêcher les âmes de passer aux autres Demeures; et comme les pauvres âmes ne le comprennent pas, il leur dresse toutes sortes d’embûches pour les tromper. Son pouvoir toutefois est moins grand vis-à-vis de celles qui sont plus rapprochées de la Demeure où habite le Roi » (première demeure, ch.2, p.829)

Les premières emprises divines des cinquièmes Demeures irritent la jalousie du démon et éveillent ses craintes pour l’avenir: « En cet état, écrit sainte Thérèse, l’âme n’est pas tellement forte qu’elle puisse s’exposer aux dangers, comme elle le pourra après les fiançailles dont nous parlerons dans la Demeure suivante. Elle n’a eu qu’une seule entrevue avec l'Époux; aussi le démon ne négligera aucun effort pour la combattre et la détourner de ces fiançailles... Je vous l’assure, mes filles, j’ai connu des âmes très élevées qui étaient arrivés à cet état (cinquième demeure: union de volonté). Or, le démon, à force de ruses et de pièges les ont fait tomber; tout l’enfer se ligue pour les séduire et, comme je l’ai dit souvent, si le démon perd une seule de ces âmes, il en perd en même temps une foule d’autres, comme l’expérience le lui a prouvé. » (cinquième demeure, chapitre 4).

A partir des sixièmes Demeures, le démon devient moins dangereux pour l’âme. Toutefois, c’est bien en ces sixièmes Demeures que le démon s’acharne à reproduire les grâces extraordinaires, et cela avec la permission de Dieu et une grande fréquence qu’affirme Jean de la Croix: « Les faveurs que Dieu confère par le moyen du bon Ange, Dieu permet d’ordinaire que le démon en ait connaissance, pour qu’il s’y oppose de toutes ses forces d’après les proportions de la justice et ne puisse alléguer de son droit en prétextant qu’on ne lui permet pas de vaincre l’âme, comme il l’a dit de Job. (Job. 2,4-6). Et il en serait de la sorte si Dieu ne laissait une certaine chance de succès entre les deux adversaires, le Bon Ange et le mauvais, pour la conquête de l’âme » (Nuit obscure, liv.2, ch.23).

Ces affirmations nous montrent que les âmes qui aspirent à la perfection sont tout spécialement l’objet de ses attaques. Les pécheurs livrés à leurs passions, lui sont une conquête plus facile; c’est ainsi que le démon règne pacifiquement sur une foule immense d’âmes qu’il ne trouble en aucune façon. Le tiède lui est une proie aisée. Seuls les fervents échappent à son influence et c’est contre eux que s’acharne sa haine rageuse et persévérante. De cet acharnement, Notre-Seigneur nous donne une idée lorsqu’il dit: « Lorsque l’esprit immonde est sorti d’un homme, il erre par les lieux arides, cherchant le repos, mais il n’en trouve point. Il dit alors: « Je retournerai dans ma demeure d’où je suis sorti. Et revenant il la trouve habitée, purifiée de ce qui la souillait. Il va prendre alors sept autres esprits plus pervers que lui. Ils entrent tous ensemble dans la demeure et s’y établissent. »( Mt. 12,43-45)

L’action du démon contre les âmes soucieuses de perfection n’est point un fait rare, elle est normale et fréquente. Elle devient particulièrement intense « quand le démon comprend que, par ses qualités et ses pratiques de vertu, une âme est apte à monter très haut. Tout l’enfer est alors conjuré pour l’obliger à sortir du Château. » (Deuxième demeure, ch. unique). le succès de ses agissements auprès des âmes ferventes dépend de son habileté à dissimuler ce qu’il est et ce qu’il fait. Aussi il ne se dévoile par des signes extérieurs seulement quand il y est contraint. Il doit faire tomber son masque. Ainsi s’explique l’action visible du démon dans la vie de certains saints tels que sainte Thérèse, le Curé d’Ars, padre Pio, Marthe Robin et autres. Très rare aussi est la possession, par laquelle le démon avec la permission de Dieu, s’empare d’un corps et des facultés sensibles et y agit en maître.


4.2 Modes et but de l’action du démon

Le démon, notre ennemi, s’efforce de porter les âmes au mal par la tentation, de les gêner dans leur marche vers Dieu en les troublant et en les trompant.

a. La tentation

Habituellement, il utilise sa connaissance des tendances dominantes d’une âme et sa puissance sur les sens pour faire plus séduisante une image, pour provoquer une impression, augmenter une jouissance, aviver ainsi un désir, faire plus prenante et plus actuelle une sollicitation qui envahira le champ de la conscience et emportera le consentement de la volonté (... . Mises à part les trois premières Demeures, sainte Thérèse parle assez peu de la tentation proprement dite. Mais elle insiste sur les obstacles que le démon excelle à créer pour empêcher l’âme de marcher vers l’union divine.

b. Le trouble

C’est la première arme dont se sert le démon contre les âmes désireuses de perfection. Le trouble paralyse et diminue les moyens d’action et de résistance. Ainsi chez les débutants dit sainte Thérèse, il provoque toutes sortes de terreurs sur les sacrifices à faire, sur l’avenir, la perte de la santé. « Les démons lui représentent alors les biens du monde et lui montrent que les plaisirs d’ici-bas sont en quelque sorte éternels; ils lui rappellent l’estime dont elle y jouit, ses amis, ses parents; ils lui parlent de sa santé qu’elle va compromettre par les pénitences... O Jésus! quel vacarme que celui que les démons font alors, et dans quelle affliction ne plongent-ils pas la pauvre âme? Elle ne sait si elle doit avancer ou retourner à la première Demeure » (deuxième demeure, ch.unique).

L’expérience de saint Jean de la Croix vient confirmer celle de sainte Thérèse. Dans la Nuit obscure il décrit la tactique du démon pour produire le trouble: « Le démon, voyant qu’il ne peut s’opposer à ce qui se passe dans le fond de l’âme, n’omet rien pour agiter et troubler la partie sensitive qui est à sa portée. Il suscite en elle des souffrances, des fantômes horribles, des craintes pour inspirer de l’inquiétude et du trouble dans sa partie supérieure et spirituelle, là où sont les biens qu’il reçoit alors et dont elle jouit... Quand la communication n’est pas très infuse dans l’esprit et que les sens y participent, le démon arrive plus facilement à troubler l’esprit et à l’agiter de terreurs par l'intermédiaire des sens. » (Nuit obscure, liv.2, chap.23).

Dans la Vive Flamme il ajoute « Quand parfois une âme entre dans un profond recueillement surnaturel et que le démon ne réussit pas à la distraire... du moins il lui inspire des terreurs, des craintes, il l’accable de souffrances corporelles: il produit des bruits étranges, des clameurs effroyables à l’extérieur; son but est de frapper ses sens, de l’arracher à son recueillement intérieur, jusqu’à ce que, voyant l’inutilité de ses efforts, il finisse par laisser en repos. « (Vive flamme, stro.3, paragraphe 14).

c. Menteur et père du mensonge

Le démon s’appuie sur les tendances de la personne et sur ses désirs, en donnant au mal les apparences du bien spirituel particulier convoité par la personne. C’est ainsi que le démon donne des consolations spirituelles qui nourriront la gourmandise spirituelle d’une personne, la portant à des excès dans les exercices de piété et les mortifications, ou du moins lui feront trouver si pénibles les sécheresses qui suivront qu’elle se découragera... Il est peu de faveurs extraordinaires qui n’aient pas leur contrefaçon et dont, en fait, le démon ne s’efforce de reproduire les effets sensibles dès qu’il les a observés.

Saint Jean de la Croix signale en la Vive Flamme comment le démon « se poste avec toute sa perfidie sur le passage qui va du sens à l’esprit.. Il la trompe en l’attirant par le sens même: il lui représente des choses sensibles pour qu’elle s’y arrête et ne lui échappe pas ». (Vive Flamme, strophe 3, paragraphe 14). D’une façon générale le démon est plus particulièrement actif dans les périodes de transition qui, par l’obscurité douloureuse qui y règne et la nouveauté des phénomènes qui s’y produisent, lui offrent des occasions plus nombreuses et des facilités plus grandes pour tendre ses pièges.

4.3 Moyens de reconnaître l’action du démon

a. Dans le doute, sainte Thérèse dit qu’il faut se défier et attendre « qu’il s’agisse de personnes malades ou saines, il faut toujours se défier de ces choses jusqu’à ce que l’on comprenne quel en est l’esprit. Aussi je dis que, dans les débuts, le mieux est de les combattre » (sixième demeure, chap.3). « Si elles viennent de Dieu, cette résistance sera un moyen de réaliser de plus notables progrès; plus on met ces faveurs à l’épreuve, plus elles augmentent; oui, il en est vraiment de la sorte » (sixième demeure, chap.3, p.945).

b. Le premier fruit qui signale l’action du démon, c’est le mensonge « Lorsque c’est le démon qui agit, il ne tarde pas à se trahir par les innombrables mensonges où on le surprend »( sixième demeure, ch.9).

c. Les interventions directes du démon ne sauraient produire chez la personne les effets de paix et d’humilité qu’y apporte l’action de Dieu. Jésus a dit: « Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur » (Mt. 11,29). Cette humilité et la douceur de la paix sont le parfum de sa présence et le signe de son action directe. Le démon, ennemi et privé de Dieu, produit normalement les effets contraires.

4.4 Comment combattre l’action du démon ?

a. Par la prière et la vigilance

« Si les démons remarquent que nous ne te nous tenons plus sur nos gardes, ils peuvent nous porter un grave préjudice. Dès qu’ils voient qu’une âme est chancelante, et qu’elle n’est ni constante dans le bien ni fermement résolue d'y persévérer, ils ne lui laissent de repos ni jour ni nuit, lui suggèrent mille craintes, et lui représentent sans cesse de nouvelles difficultés. C’est ce que l’expérience m’a fort bien appris; voilà pourquoi j’ai pu en parler. J’ajoute que personne ne sait combien l’avis que je viens de donner est sérieux. (chemin de la perfection, chap.25).

L'Église, pour marquer l’importance de la lutte contre les puissances infernales, a approuvé des prières spéciales dont l’exorcisme de saint Michel à dire après chacune des messes depuis la vision du pape Léon XIII où il voyait Satan se déchaîner contre l’Eglise pendant une période d’au moins cent ans.


b. Le jeûne

Aux apôtres qui s’étonnaient de n’avoir pu chasser un démon, Jésus disait: « Ce genre de démon ne peut être chassé que par la prière et par le jeûne » indiquant ainsi l’efficacité spéciale du jeûne contre les puissances infernales (Mc.9, 28. L’hagiographie montre en effet que les saints qui eurent une action spéciale sur les démons furent tous de grands pénitents: saint Basile, saint Antoine, saint Jean de la Croix, sainte Thérèse, le saint Curé d’Ars. On pourrait ajouter aussi pour notre vingtième siècle Padre Pio ainsi que Marthe Robin. On sait aujourd’hui que ces personnes ont eu à subir les assauts physiques du Malin. Le père Finet, en particulier, directeur spirituel de Marthe Robin, l’a vu dans sa chambre, soulevé dans les airs par le démon. Ce dernier lui frappait la tête sur le plancher, pour la tuer. Dieu permit qu’il ne la frappe qu’au même endroit, ainsi le père Finet a pu placer un oreiller que l’on peut voir encore aujourd’hui en visitant la chambre de Marthe Robin, situé près du foyer de Charité à Chàteauneuf-de-Galaures, en France.

c. L’eau bénite

Sainte Thérèse aimait tout spécialement utiliser l’eau bénite: « Je l’ai vu bien des fois par ma propre expérience. Il n’y a rien de plus efficace que l’eau bénite pour repousser les démons et les empêcher de revenir. La croix aussi les met en fuite mais ils reviennent. La vertu de l’eau bénite doit être bien grande, pour moi, j’en éprouve une consolation très particulière et très sensible lorsque j’en prends. Et je l’affirme, elle me fait éprouver d’ordinaire un bien-être que je ne saurais exprimer, et une joie intérieure qui fortifie toute mon âme. Cela n’est point une illusion; ce n’est pas une fois, mais très souvent que je l’ai éprouvé et examiné avec soin » (Vie, ch.31).

Elle demande en effet de l’eau bénite chaque fois qu’elle est en butte à une attaque du démon et le chasse ainsi. En voici un exemple: « Une autre fois, il me tourmenta durant cinq heures par des douleurs si terribles et un trouble physique et moral si profond, que je ne croyais pas pouvoir y résister plus longtemps. Les personnes présentes étaient épouvantées; elles ne savaient que faire, ni moi comment me défendre. Le Seigneur daigna me faire entendre que c’était le démon. Je vis en effet près de moi un petit nègre d’aspect abominable; il grinçait des dents comme désespéré d’avoir essuyé une perte là où il croyait trouver un gain. Dès que je l’eus aperçu, je me mis à rire et je demeurai sans crainte, car il y avait près de moi quelques religieuses... Je leur demandai de l’eau bénite. Elles m’en apportèrent et en jetèrent sur moi, mais ce fut sans effet... J’en jetai moi-même du côté où était le démon et il disparut aussitôt; tout mon mal me quitta comme si on l’avait enlevé avec la main; mais je restai aussi brisée que si j’avais été rouée de coups de bâton. » (Vie, chap.31, p.327-329).

4.5 Les tactiques

a. La foi

« Revêtez-vous de l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux embûches du diable. Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, les puissances, contre les maîtres de ce monde de ténèbres, contre les mauvais esprits répandus dans les airs. C’est pourquoi prenez l’armure divine pour pouvoir résister au jour mauvais, et rester debout en remportant une complète victoire. Debout donc, les reins ceints de vérité, revêtus de la cuirasse de la justice, les pieds chaussés du zèle de l'Évangile de paix, tenant en outre le bouclier de la foi contre lequel viendront s’éteindre les traits enflammés du méchant. » (Eph. 6, 11-16).

Dans la nuit obscure, saint Jean de la Croix dit: « La foi est une tunique intérieure d’une blancheur tellement éclatante qu’elle éblouit la vue de tout entendement. Quand l'âme s’avance revêtue de la foi, le démon ne peut ni la voir, ni lui nuire; elle marche alors en toute sécurité. Cette vertu la protège beaucoup plus que les autres contre le démon qui est son ennemi le plus redoutable et le plus rusé. Aussi saint Pierre, qui n’a pas trouvé de meilleur bouclier pour le repousser, nous dit: « Résistez-lui en demeurant fermes dans la foi. » (Nuit obscure, liv.2, chap.21).

b. L’humilité

Pour échapper aux ruses du démon, sainte Thérèse nous propose l’humilité. Le démon ne sait pas être humble et ne comprend pas l’humilité. Toutes ses contrefaçons d’humilité, portent toujours des marques visibles d’orgueil. La veille de sa profession, sainte Thérèse-de-l'enfant-Jésus subit les assauts du démon: « Le démon m’inspirait l’assurance que la vie du Carmel n’était pas faite pour moi, que je tromperais les supérieures en avançant dans une voie où je n’étais pas appelée (...) cependant je voulais faire la volonté du bon Dieu et retourner dans le monde plutôt que rester au Carmel en faisant la mienne; je fis donc sortir ma maîtresse et remplie de confusion, je lui dis l’état de mon âme... Heureusement elle vit plus clair que moi et me rassura complètement: d’ailleurs l’acte d’humilité que j'avais fait venait de mettre en fuite le démon. » (Autobiographie, A fol.76) (citation reprise à la page 114 de « Je veux voir Dieu).

Malgré les puissances dont peuvent user les démons, sainte Thérèse ne les redoute pas: « je ne puis concevoir les craintes qui provoquent ces exclamations: « le démon, le démon » quand nous pouvons dire: « Mon Dieu! Mon Dieu! et faire trembler l’esprit des ténèbres. ne savons-nous pas qu’il ne peut faire le moindre mouvement si Dieu ne le lui permet? Pourquoi donc ces frayeurs? Pour moi, je l’affirme, je redoute bien plus ces hommes si timides devant le démon, que le démon lui-même. Lui ne me peut nuire en rien; les autres, dont je parle, surtout s’ils sont confesseurs, jettent l’âme dans les plus grandes inquiétudes. » ( Vie, chap.25).

Il faut reconnaître le rôle providentiel du démon dans notre épreuve d’ici-bas. Saint Jean de la Croix nous en parle: « Il faut savoir que quand l’Ange bon permet au démon de prévaloir contre l’âme. il a pour but de la purifier; il la dispose par cette préparation spirituelle à quelque grande fête ou grâce céleste que veut lui accorder Celui qui ne mortifie que pour donner la vie et n’humilie que pour exalter ». (Nuit obscure, liv.2, chap.23).

4.6 Le pape Jean-Paul II et le démon

Dans ses catéchèses sur le Credo, le pape Jean-Paul II insiste beaucoup sur la présence de cet ennemi pour la vie spirituelle. « La foi exacte de l’Eglise n’exagère pas l’importance du diable: elle affirme que l’homme n’est jamais privé de sa responsabilité en face de lui, et que l’action salvifique du Christ l’emporte sur lui. Mais elle rappelle aussi son existence certaine et le danger de sa puissance de séduction. Il faut se préparer à la condition de lutte qui est le propre de la vie de l’Eglise en ces dernières temps de l’histoire du salut( comme l’affirme le livre de l’Apocalypse,cf.12,7) » ( catéchèse du 13 août 1986)

Toujours à l’intérieur de cette catéchèse, le pape Jean-Paul II ajoute ceci: « Essentiellement, le diable refuse Dieu, comme bien, amour, sainteté. Il est menteur et père du mensonge, dit Jésus. Il est homicide: il cherche à détruire la vie de grâce et d’amour que Dieu nous donne, il cherche à calomnier, à diviser, à tromper, à éloigner l’homme de Dieu, puis à le faire désespérer. Dès le commencement, il a voulu faire croire à l’homme que Dieu lui imposait sa volonté par jalousie, et qu’il fallait se libérer de Dieu pour être comme Dieu. Sa meilleure ruse est de faire croire aux hommes qu’il n’existe pas. Il se plaît à les mener à leur perte: il sème continuellement l’ivraie au milieu du bon grain. Personne n’est exempt de ses tentations. Il a même cherché à détourner Jésus de sa mission. Alors l’Eglise vous dit, et je vous répète avec saint Pierre: « Soyez vigilant! Sachez que la vie humaine et chrétienne digne de ce nom comporte nécessairement une lutte contre le mal. Et surtout, priez. Ce n’est pas pour rien que Jésus nous fait demander chaque jour dans le Notre Père: « Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal. » ( catéchèse du 13 août 1986).

4.7 Satan et le curé d’Ars

On connaît tous l’action du démon dans la vie du curé d’Ars. Lui-même est déjà tombé dans le piège quand il lui a fait croire qu’il ne pouvait plus être humble, trop de personnes venant le rencontrer. Le curé d’Ars tomba dans le piège et décida de quitter Ars pour se retirer ailleurs où personne ne le connaîtrait. Mais Dieu veillait et permit qu’une personne du village le vit partir. Elle réveilla aussitôt la population qui ramenèrent le curé d’Ars à sa cure. Là, il comprit qu’il venait de tomber dans un piège. Voici en terminant ce chapitre quelques paroles du curé d’Ars concernant cet ennemi redoutable.

« Nous connaissons le prix de notre âme aux efforts que le démon fait pour la perdre. L’enfer se ligue contre elle, le ciel pour elle. Oh! quelle est grande! Heureuses les âmes tentées! C’est lorsque le démon prévoit qu’une âme tend à l’union à Dieu qu’il redouble de rage... Oh! heureuse union. » ( p.168, pensées du curé d’ars)

« Les plus grands saints, ce sont ceux qui ont été les plus tentés. Voilà comment il en use ordinairement avec les pécheurs qui reviennent à Dieu. Il leur laisse goûter les douceurs des premiers moments de leur conversion, parce qu’il sait bien qu’il ne gagnerait rien: ils sont trop fervents. Il attend quelques mois que leur ardeur soit passée; puis il commence à leur faire négliger la prière, les sacrements, il les attaque par diverses tentations. Puis viennent les grands combats: c’est bien alors qu’il faut demander la grâce de ne pas se laisser abattre » (p.169-170)

« Il ne faut pas croire qu’il y ait quelque lieu sur la terre où nous puissions échapper à cette guerre. Nous trouverons le démon partout, et partout il cherchera à nous ravir le ciel. Mais partout et toujours nous pouvons être vainqueurs. Le démon est autour de nous qui examinons de quelle manière il peut nous tenter. » (p.171)

« Le démon ne vient que lorsque nous perdons la présence de Dieu, parce qu’il sait bien qu’il ne gagne rien autrement. Lorsque le démon veut perdre une personne, il commence par lui inspirer un grand dégoût de la prière. Trois choses sont absolument nécessaires contre la tentation: la prière pour éclairer, les sacrements pour nous fortifier et la vigilance pour nous préserver. C’est par la prière et les mortifications que nous viendrons à bout de combattre les tentations du démon. Il y en a qui sont tellement faibles que, lorsqu’ils sont un peu tentés, ils se laissent aller comme du papier mou. Lorsque nous sommes accablés par les tentations, il ne faut pas nous laisser aller au découragement. » ( p.170)























V

EN ROUTE VERS L’AMOUR

Après toutes ces considérations très importantes, nous sommes maintenant prêts pour le décollage. Nous allons faire un voyage extraordinaire à l’intérieur de nous-mêmes. Nous allons aller à la rencontre de la Paix, de l’Amour profond, du Don total, de la Trinité.

5.1 Vision de sainte Thérèse

Un jour, voulant voir Dieu, Thérèse fit une prière au Seigneur en lui disant: « J’aimerais donc cela que vous me fassiez comprendre la beauté d’une âme en état de grâce » Le Seigneur, comme nous l’avons dit précédemment, lui fit voir une boule de cristal. Celle-ci était divisée en sept compartiments concentriques, c’est-à-dire un dans l’autre. Et Thérèse a remarqué que le centre de la boule était plein de lumière, tandis que plus ça allait vers le bord, plus c’était embrouillé. Alors, elle a compris que c’était la présence divine dans le fond de la personne, et que cette dernière, si elle veut rencontrer le Seigneur doit pénétrer à l’intérieur d’elle-même jusqu’à l’endroit où se trouve la Lumière.

Vivant à une époque de chevalerie et étant elle-même imbibée de romans de chevalerie dans sa jeunesse, elle transposa son image de la boule de cristal en un château magnifique. Dans ce château, il y avait 7 appartements qu’elle appellera des demeures. Dans le septième appartement situé au centre du château habite la Lumière. Pour atteindre le centre, il me faut passer par les six autres appartements. Plus je me situe loin de la Lumière, plus les appartements sont sombres. A l’extérieur du château, on peut voir une cour protégée par un mur qui empêche les gens de l’extérieur d’y entrer sans contrôle et le contrôle c’est le repentir et le pardon.

5.2 Qui sont ces personnes qui vivent à l’extérieur du château?

Il faut dire au prime abord qu’il fait très noir à l’extérieur. On ne voit rien. On est dans l’obscurité totale. Il y a plein de démons mais il fait tellement noir qu’on ne les voit pas.

a.. Les gens vivent continuellement dans le péché mortel. Ils sont dans la confusion la plus totale. Ils n’ont plus de sens à leur vie. Pourquoi vivre? On a coupé volontairement tout contact avec Dieu. On vit avec les démons mais on ne croit pas en l’existence des démons. On peut dire que ces personnes n’ont aucune vie spirituelle. Ils sont tout mêlés. On a beau leur dire que telle chose, c’est de la merde. Pour eux, c’est du chocolat. Il ne manifeste aucun intérêt pour les choses de Dieu. Sainte Thérèse a reçu en vision une âme en état de péché mortel: « Il me montra, en outre, l’état d’une âme en péché mortel; elle est privée de tout pouvoir, semblable à une personne qui est complètement liée et attachée, qui a les yeux bandés, qui, malgré ses efforts, ne peut ni voir, ni marcher, ni entendre, et qui enfin se trouve dans d’épaisses ténèbres. » (p.544).

Il faut dire ici que le péché n’atteint pas Dieu directement mais la personne qui quitte l’air pur et la clarté du ciel pour respirer l’air infect du péché. Si la personne meurt dans cet état, elle risque l’enfer pour l’éternité. Le péché trouble tous les sens: la vision, l’audition, le goût, le toucher. Le péché trouble aussi toutes les facultés intellectuelles qui deviennent aveuglées... Faux raisonnements, faux jugements.

b. Les personnes se suffisent à elles-mêmes. C’est l’orgueil. Dieu, à ce moment là, ne peut rien faire pour la personne car il doit respecter leur choix, leur liberté. Elles sont très malheureuses, elles ont la mort à l’intérieur d’eux mais elles ne connaissent pas d’autres choses. De plus, elles pensent qu’il n’y a pas d’autres choses. Ainsi la vie n’a aucun sens.

c. Pour elles, après la mort, c’est terminé. Alors il vaut mieux profiter des plaisirs de la vie avant de mourir. Sinon, on croit en la réincarnation.

d. Désirs suicidaires fréquents. C’est normal puisque après la mort, il n’y a rien et si je suis malheureux sur cette terre, si je ne possède aucune espérance face à l’avenir car Dieu seul peut me donner de l’espérance, alors que me reste-t-il? Mieux vaut en finir

Les personnes vivant à l’extérieur du château sont manipulées par Satan sans le savoir. Sainte Thérèse dit: « Sachez donc, si vous mourez en cet état, vous ne pourrez jamais jouir de la lumière de ce Soleil divin, qui est Dieu » (p. 823 des oeuvres complètes).

e. Les valeurs sont complètement inversées. Pour bien comprendre, on peut regarder les étendards de saint Ignace. On sait que pour exprimer les valeurs et la conversion, saint Ignace s’est servi de deux étendards: celui du Mal et celui du Bien. A travers ces étendards, on peut parler de l’esprit du monde et de l’esprit évangélique.




Esprit mondain Esprit évangélique
PLAISIR DIEU
ARGENT HOMME
MATERIEL FAMILLE
TRAVAIL SOCIETE
SOCIETE TRAVAIL
FAMILLE MATERIEL
HOMME ARGENT
DIEU PLAISIR

Comme on peut le voir, les valeurs sont inversées. La conversion consiste à faire tourner lentement les valeurs jusqu’à ce que Dieu devienne premier dans ma vie. Voilà ce à quoi les étapes de purification que sont les demeures nous amènent. En regardant cela, nous voyons où se situe de plus en plus notre société québécoise. On s’éloigne de plus en plus de Dieu. Il est par conséquent normal que l’on assiste à une montée du suicide au Québec. N’oublions pas qu’actuellement le Québec a le plus haut taux de cas de suicide au monde. Quand on voit cela, que fait-on? Allons-nous nous contenter de développer notre propre spiritualité en se fichant des autres ou allons-nous recommencer à évangéliser nos frères qui se meurent? C’est tout un défi pour les chrétiens du Québec. C’est toute une responsabilité que Dieu nous confie.

Thérèse nous affirme que les personnes qui vivent profondément en dehors du château et qui meurent dans ces conditions ne connaîtront jamais Dieu. Cela signifie qu’il risque de vivre en enfer pour l’éternité. Aujourd’hui Satan en plus de faire croire qu’il n’existe pas, fait croire que l’enfer n’existe pas. Que de surprises il y aura de l’autre côté!

5.3 Vision de l’enfer

« Un jour, étant en oraison, il me sembla que je me trouvais subitement sans savoir comment, transportés, tout entière en enfer... Cette vision dura très peu mais je ne pourrai jamais l’oublier. L’entrée me parut semblable à une ruelle très longue et très sale, infecte et remplie de reptiles venimeux(... ) Quant à la souffrance que j’endurai dans ce réduit, il me semble impossible d’en donner la moindre idée: on ne saurait jamais la comprendre. Je sentis dans mon âme un feu dont je suis impuissante `a décrire la nature, tandis que mon corps passait par des tourments intolérables. De plus, je voyais que ce tourment devait être sans fin et sans relâche(... ) Je ne saurais donner une idée de ce feu intérieur et de ce désespoir qui s’ajoutent à des tourments et à des douleurs si terribles (...)Là tout vous étouffe: il n’y a point de lumière mais des ténèbres (... ) Cette vision m’a procuré une douleur immense de la perte de tant d’âmes(...) elle m’a procuré aussi les désirs les plus ardents d’être utile aux âmes. Il me semble en vérité, que pour en délivrer une seule de si horribles tourments, je souffrirais très volontiers mille fois la mort... Je ne sais comment nous pouvons vivre en repos quand nous voyons tant d’âmes que le démon entraîne en enfer. » ( (vision complète dans son autobiographie au chapitre 32).

Est-ce que cette vision nous fait réfléchir ? On ne parle plus aux personnes des fins dernières. Au contraire, plusieurs pasteurs se permettent d’affirmer que l’enfer n’existe pas. Aujourd’hui on entend souvent cette expression: « La vie, c’est un enfer ». Cela se comprend si nous ne sommes pas rendus dans la première demeure car nous sommes déjà les deux pieds dedans. Sainte Thérèse nous questionne quand elle dit: « Comment nous pouvons vivre en repos quand nous voyons tant d’âmes que le démon entraîne en enfer ? Ne restons pas assis dans notre confort, sur notre petite spiritualité mais crions la Bonne Nouvelle. Il nous faut réannoncer le kérygme, c’est-à-dire reprendre la prédication des premiers disciples: « Dieu existe, il est vivant ». Voilà pourquoi notre Mère du Ciel se manifeste tant aujourd’hui par des statues qui pleure. A Naju, en Corée, elle pleure des larmes de sang. A la Salette, en 1846, elle pleurait des larmes humaines mais la situation s’est maintenant aggravée. Parce que nous ne croyons plus aux fins dernières, Maman Marie a pris la peine à Fatima, à Medjugorje, à Kibeho au Rwanda, de montrer aux voyants le ciel, l’enfer et le purgatoire et nous, devant cela, nous n'osons ne rien faire. Le ciel crie, gémit et nous?

5.4 Les fins dernières selon le catéchisme de l’Eglise catholique

« Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel. L’Eglise appelle purgatoire cette purification finale des élus qui est tout à fait distincte du châtiment des damnés. L'Église a formulé la doctrine de la foi relative au Purgatoire surtout aux Conciles de Florence et de Trente. La tradition de l’Eglise, faisant référence à certains textes de l'Écriture, parle d'un feu purificateur... » (num. 1030-1031).

« Nous ne pouvons pas être unis à Dieu à moins de choisir librement de L’aimer. Mais nous ne pouvons pas aimer Dieu si nous péchons gravement contre Lui, contre notre prochain ou contre nous-mêmes: « Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. Quiconque hait son frère est un homicide; or vous savez qu’aucun homicide n’a la vie éternelle demeurant en lui »
(1 Jn.3, 15 ). Notre Seigneur nous avertit que nous serons séparés de Lui si nous omettons de rencontrer les besoins graves des pauvres et des petits qui sont ses frères. Mourir en péché mortel sans s’en être repenti et sans accueillir l’amour miséricordieux de Dieu, signifie demeurer séparé de Lui pour toujours par notre propre choix libre. Et c’est cet état d’auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu et avec les bienheureux qu’on désigne par le mot enfer. Jésus parle souvent de la « géhenne du feu qui ne s’éteint pas », réservée à ceux qui refusent jusqu’ à la fin de leur vie de croire et de se convertir, et où peuvent être perdus `a la fois l’âme et le corps. Jésus annonce en termes graves qu’Il enverra ses anges, qui ramasseront tous les fauteurs d’iniquité(...) et les jetteront dans la fournaise ardente » (Mt. 13, 41-42) et qu’Il prononcera la condamnation: « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel ! » (Mt.25, 41).

« L’enseignement de l’Eglise affirme l’existence de l’enfer et son éternité. Les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent immédiatement après la mort dans les enfers, où elles souffrent les peines de l’enfer, « le feu éternel ». La peine principale de l’enfer consiste en la séparation éternelle d’avec Dieu en qui seul l’homme peut avoir la vie et le bonheur pour lesquels il a été créé et auxquels il aspire. (...) Dieu ne prédestine personne à aller en enfer; il faut pour cela une aversion volontaire de Dieu ( un péché mortel) et y persister jusqu’à la fin. Dans la liturgie eucharistique et dans les prières quotidiennes de ses fidèles, l’Eglise implore la miséricorde de Dieu, qui veut « que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir » (2 P. 3,9). ( num.1030-1037)


L’humanité doit se mettre en route et très rapidement. Que puis-je faire pour aider une personne à quitter l’extérieur du château? La première chose, c’est de prier avec le coeur, de crier vers Dieu comme le fait si bien le psalmiste. Je crie pour mes frères de la terre afin qu’ils puissent recevoir la grâce du repentir, afin qu’au milieu des ténèbres une lumière puisse jaillir. A la Salette, Maman Marie a dit: « Mais priez mes enfants... dites au moins un Ave, un Pater et un Gloire au Père ». A Fatima la Vierge ajoute comme à Lourdes, PENITENCE, PENITENCE, PENITENCE. A Medjugorje, Marie, revient avec le thème de la prière et du jeûne. « Priez et vous connaîtrez la paix ». « La prière peut même empêcher des guerres et des tremblements de terre ». Voilà la clef. Voilà pourquoi actuellement Dieu suscite tant de personnes qui acceptent de vivre les mêmes souffrances que le Christ pour l’humanité. On reparlera de ce sujet quand on traitera des sixièmes demeures.

Parce que des personnes ont prié pour eux, plusieurs reçoivent des grâces de conversion profonde. La première grâce est ce désir de fuir ce milieu infect et les personnes se mettent à crier vers Dieu. « Si tu existes, viens, j’ai besoin de toi. » Nos jeunes en particulier ont besoin de voir des témoins. Un jour, une jeune fille témoigna devant son groupe. Elle dit ceci: « Vous m’avez toujours vu avec un beau sourire. Je paraissais une fille heureuse mais je portais un beau masque. Un jour, j’avais tout organisé pour un suicide car je n’avais aucun sens à ma vie. A quoi bon de vivre dans ce monde? Toutes les fois que je questionnais des personnes, je ne trouvais aucune réponse. J’ai donc décidé d’en finir avec la vie. J’avais tout préparé dans ma chambre pour la nuit. Mais avant de commettre le geste, je lançai un cri à Dieu: « Si tu existes, réponds-moi. Ce soir je poserai une question à ma mère et si elle n’a pas de réponse, cela signifiera que tu n’existes pas; par conséquent, cela ne me donne rien de continuer à vivre. » Le soir, elle questionne sa mère: « Maman, si tu étais dans notre monde, croirais-tu qu’il est possible d’être heureuse? » La mère répondit: « Ma fille, je te l’ai toujours dit, il est impossible d’être heureux sans avoir rencontré Jésus-Christ ». « Oui, maman, mais comment le rencontrer » « Va à l’Eglise, installe-toi dans le premier banc pendant qu’il n’y a personne et regarde le tabernacle, cette petite boîte où habite Jésus, parle-lui de tes problèmes puis fais silence, écoute-le ». La jeune fille décida d’écouter sa mère. Elle se rendit le soir même avant la messe à l’Eglise. Elle fit alors une expérience extraordinaire de Dieu. Quand elle raconta cela aux autres élèves, elle pleurait et disait: « Je ne peux pas vous dire ce que j’ai vécu car personne ne comprendrait mais je suis ici maintenant parmi vous et j’ai maintenant un but dans ma vie. »

Que d’autres témoignages dont j’ai été témoin, je pourrais ici vous rapporter. Un jour, par exemple, j’ai reçu en la St-Valentin, un Valentin d’une jeune étudiante de 16 ans. Elle me remerciait de lui avoir sauvé la vie. Je lui ai dis: « Mais en quoi? Je ne me souviens même pas de toi ». Cette jeune fille ne faisait pas parti de mes groupes en pastorale mais elle avait participé à une rencontre avec sa classe au local de la pastorale et j’avais tout simplement dit: « Avant de rejeter Jésus-Christ, faites-en l’expérience. Prenez l'Évangile, lisez-la et essayer de la vivre à chaque jour. Vous verrez alors votre vie changer ». Cette fille m’a pris au mot et trois mois après, elle admettait que sa vie avait changé et prenait maintenant un sens. Voilà ce que le Seigneur nous demande. Si la mère de la jeune fille ci-haut mentionnée n’avait pas eu le courage de répondre directement à l’interrogation de sa fille. , celle-ci serait décédée. Quelle responsabilité!

Parce que des personnes ont prié pour eux, parce qu’ils ont crié vers le Seigneur, Jésus est venu ouvrir la porte du château mais en passant par la galerie, ils ont vu plein de reptiles venimeux qui se tenaient près de la porte nous dit sainte Thérèse. En entrant par la porte, plusieurs reptiles en ont profité pour y pénétrer afin de bloquer tous les accès des autres demeures à la personne qui vient de se convertir.























VI

LES PREMIERES DEMEURES


Pour comprendre l’itinéraire spirituel, rien de mieux que l’exemple d’une relation humaine. Un garçon rencontre une jeune fille. Il tombe en amour. Il ne comprend pas ce qui lui arrive mais il sent que cette fille n’est pas comme les autres. Au début, il la regarde de loin puis il s’approche lentement. Il désire la connaître; ce sont alors les fréquentations. Après un certain temps, il finit par découvrir que c’est l’amour de sa vie. Il décide alors de prendre un engagement envers elle: ce sont les fiançailles. C’est la période où la jeune fille reçoit des fleurs, des faveurs spéciales, des cadeaux et vice-versa. Après un autre laps de temps, on décide de se marier. On devient alors fondateur d’une communauté familiale en donnant la vie. Voilà le plus bel exemple pour comprendre notre relation avec Dieu. Pour le Seigneur, je suis quelqu’un. Dans les trois premières demeures, il est proche mais il ne se montre pas trop. Il regarde notre fidélité avant de lui donner de grandes faveurs. La personne alors reçoit des grâces ordinaires, c’est-à-dire qu’elle ne s’aperçoit pas de la présence de Dieu mais pourtant il est là, bien présent. Sans Lui, elle se perdrait immédiatement car les démons sont nombreux tout autour d’elle; il lui serait impossible de se rendre aux autres demeures. C’est comme si je partais avec mon fils de six mois au centre d’achat. Mon fils ne s’aperçoit pas que sans moi il ne serait jamais au Centre d’achat. D’abord, il ne marche pas seul puis il ignore le chemin mais il est heureux d’être au Centre d’achat.

A partir des quatrièmes demeures, c’est Dieu qui vient à la rencontre de la personne. Là, nous pouvons parler de grâces extraordinaires. La personne s’en aperçoit. C’est à ce moment là que nous pouvons dire: « J’ai rencontré le Seigneur ». De fait, c’est le Seigneur qui est venu me rencontrer ( nous verrons comment un peu plus loin). C’est comme si je partais de nouveau avec mon fils de 6 mois au Centre d’Achat. Soudain, une auto arrive trop rapidement. J’ai seulement le temps de me précipiter avec mon enfant sur le bord de la route. L’enfant prend conscience que je lui ai sauvé la vie. Il me prend par le cou et me serre très fort. C’est la même chose pour le Seigneur.

6.1 La première demeure

La personne est entrée dans la première demeure mais avec des reptiles. On a à peine lâché le péché mortel. Elle essaie d’éviter ce péché mais pas plus qu’il ne le faut. Elle ne fait vraiment pas son effort dans les débuts. Elle est tellement sale qu’elle ne voit pratiquement pas la Lumière qui est dans le château. De temps en temps, elle va à la messe et participe à quelques sacrements, mais elle ne manifeste aucun intérêt. Elle participe surtout aux funérailles d’amis, aux mariages, à Pâques, à Noël et elle trouve cela suffisant. Les personnes vont prier rarement dans le mois et jamais de longues prières. Elles sont encore retenus par les honneurs, les plaisirs du monde. Elles préfèrent cela à une vie avec Dieu qui lui paraît encore aride car elle ne connaît pas encore Dieu. C’est le type de personnes qui ne se trouvent jamais de défauts: « Moi, je n'ai pas besoin de retraites, pas besoin de messes ». Elles s’affichent croyantes mais non pratiquantes. (c’est la première demeure). L’âme mal éclairée, peu armée par la prière est en danger réel de péché grave. Elle tombe facilement dans les pièges de Satan qui lui fait miroiter toutes sortes de plaisir.

Ces premières Demeures sont de vastes antichambres qui rayonnent dans la périphérie du château: elles renferment non pas un petit nombre seulement, mais une infinité d’appartements. Les âmes y pénètrent de bien des façons. (Je veux voir Dieu, p. 143).

a. Ce sont des âmes qui sont en état de grâce. Ceci est si évident pour la Sainte qu’il lui suffit de noter d’un trait vigoureux: « En parlant des âmes qui sont en état de péché mortel, nous avons déjà dit jusqu’à quel point elles sont semblables à des eaux noires et infectes. Je ne dis pas que les âmes qui sont dans la première demeure leur ressemblent; Dieu nous en préserve! Il ne s’agit que d’une simple comparaison » (première demeure, ch. 11, p.827-828)

On ne peut entrer dans le Château qu’avec l’état de grâce, car la grâce seule permet d’établir avec Dieu ce commerce d’amitié qu’est l’oraison et la vie spirituelle.

b. Cette grâce a une certaine vie, mais combien anémiée! Ces âmes y arrivent animées d’une bonne intention
( première demeure, ch.2, p.829) « toutes engagées qu’elles sont dans le monde, elles ont pourtant de bons désirs » (chap.1, p.819) « Elles se recommandent parfois et de loin en loin à Notre Seigneur. Elles considèrent ce qu’elles sont, bien que ce ne soit pas d’une manière très approfondie. De temps en temps, dans le mois, elles font des prières où elles apportent la pensée de mille affaires dont leur esprit est presque toujours occupé. » (chap.1, p.819-820).

Sainte Thérèse affirme: « Jamais nous n’arriverons à nous connaître si nous ne cherchons pas à connaître Dieu; en contemplant sa grandeur, penchons-nous sur notre bassesse; en contemplant sa pureté, nous verrons notre saleté. » « De ces premières demeures, je puis vous donner un très bon signalement dont j’ai l’expérience. C’est pourquoi je vous demande de ne pas considérer un petit nombre de salles, mais un million car les âmes entrent ici animées de bonnes intentions. Mais comme celles du démon sont toujours mauvaises, il doit maintenir dans chacune d’elles de larges légions de démons pour empêcher les âmes de passer d’une demeure à l’autre; la pauvre âme ne s’en rend pas compte, il use donc de mille sortes d’embûches et illusions; il n’est plus aussi à l’aise lorsque les âmes se rapprochent du Roi. Mais comme elles sont, ici, encore absorbées par le monde, plongées dans leurs plaisirs, grisées d’honneurs et de prétentions, elles sont donc facilement vaincues. Celles qui se trouvent dans cette situation devront avoir recours à sa Majesté, demander à sa bienheureuse Mère, à ses Saints, d’intercéder et de combattre pour elles... . la lumière qui émane du Palais où est le Roi n’éclaire encore qu’à peine ces premières Demeures. » ( p. 829).

Qu’est-ce qui empêche le ferment de la vie chrétienne de se développer en elles? « Ces âmes sont encore imprégnées de l’esprit du monde, plongées dans ses plaisirs... » Elles sont tellement attachées aux choses de ce monde, que leur coeur s’en va là où est leur trésor » ( chap. 1, p. 820). Ce minimum de vie spirituelle que la Sainte souligne avec une miséricorde maternelle, cette étincelle qui brille à peine ne suffit pas à éclairer l’âme et à lui donner l’impression de la vie. Elle ne voit pas en effet la lumière de Dieu en elle. « Remarquez-le bien, ces premières demeures ne reçoivent encore presque rien de la lumière qui sort du palais où réside le Roi; elles ne sont pas cependant complètement dans les ténèbres; elles ne sont pas noires non plus, comme quand l’âme est en état de péché, mais il y a quelque peu d’obscurité. Je ne m’explique pas bien; je veux dire que si celui qui est dans l’appartement ne peut voir cette lumière, ce n’est pas parce que la Demeure n’est pas éclairée, mais parce que toute cette foule de couleuvres, vipères et reptiles venimeux qui y sont entrés avec l’âme, ne la laissent pas profiter de la lumière. Voici quelqu’un qui entre dans une salle où le soleil darde vivement ses rayons. Mais ses yeux sont tellement couverts de boue qu’il ne peut presque pas les ouvrir; or, bien que la salle soit éclairée, il ne jouit pas de son éclat à cause de l’obstacle qu’il porte sur les yeux ou à cause des bêtes féroces et des bêtes fauves qui l’empêchent de voir autre chose qu’elles-mêmes. » (première demeure, chap.2, p. 830).

Dans cette demi-obscurité, le démon trouve dans l’âme un terrain favorable à son action ténébreuse: « Il doit mettre en chacune de ces Demeures plusieurs Légions de mauvais esprits afin d’empêcher les â mes de passer aux autres Demeures; et, comme les pauvres âmes ne le comprennent pas, il leur dresse toutes sortes d’embûches pour les tromper » (première demeure, chap.2, p.829).

Oui, nous sommes en route vers le Seigneur mais aussi vers le Ciel. Il ne faut pas oublier que notre vie sur terre n’est qu’un passage. Je suis ici pour prendre une décision: pour ou contre Dieu, pour ou contre le Ciel mais il m’est impossible d’aller au ciel sans d’abord passer par la purification, c’est-à-dire par le purgatoire. Toute notre vie devient alors un grand purgatoire. Si je veux avancer, le ciel viendra à moi sur terre. Si par contre, je préfère me tourner vers les plaisirs de ce monde et refuser d’avancer vers le don, l’oubli de soi, je devrai continuer mon itinéraire dans l’au-delà, c’est-à-dire dans le purgatoire. C’est une décision qui n’appartient pas à Dieu mais qui m’appartient. Le curé d’Ars nous donne de bonnes réflexions sur ce sujet: « L’éclat de ce monde, la jeunesse, les honneurs, les richesses, tout cela passe comme la fleur du foin et celle des blés. Le monde passe et nous passons avec lui...La terre est un pont pour passer l’eau, elle ne sert qu’à soutenir nos pieds. Nous ne sommes sur la terre que par entrepôt, pour un tout petit moment. Le cimetière, c’est la maison commune. Le purgatoire, c’est l’infirmerie du bon Dieu et la terre, un entrepôt. Quelle direction prendra notre âme? Celle que nous lui aurons donnée sur la terre... La mort, c’est l’union de l’âme avec Dieu... » (pensées du curé d’Ars, p. 228-229)


6.2 Porte d’entrée.

« Je vous ai dit que la porte pour entrer dans ce Château, c’est l’oraison. N’allons donc pas croire que nous entrerons au Ciel si nous ne rentrons pas en nous-mêmes pour nous connaître, pour considérer notre misère, pour savoir qu’elles sont nos obligations envers Dieu et implorer souvent sa miséricorde, ce serait une folie » (2 demeures, ch.1, p.844)

L’oraison selon sainte Thérèse, c’est très simple. Il s’agit de prier avec le coeur, c’est-à-dire de converser avec le Seigneur en croyant qu’il est vivant, qu’il est là tout près de moi. Deux choses sont importantes pour changer d’une demeure à l’autre et si nous gardons ces deux attitudes, nous irons très loin en vie spirituelle, il s’agit de l’oraison et de l’humilité. Savoir que sans Dieu je ne suis rien mais qu’avec Lui je suis quelqu’un d’extraordinaire, appelé à de grandes choses. L’oraison, c’est un coeur à coeur avec Dieu dont on se sait aimer.

La connaissance de soi dépend de la connaissance de Dieu « Que l’âme m’en croie, et prenne parfois son vol pour contempler la grandeur et la majesté de son Dieu. Là, elle découvrira sa propre bassesse beaucoup mieux qu’en elle-même... sans douce, c’est, je le répète, une grande miséricorde de Dieu qu’elle s’applique à se connaître, mais, comme on a coutume de le dire, le plus contient le moins. Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines qu'en tenant toujours le regard fixé sur votre propre limon » (première demeure, ch.2, p.826)

« Les âmes des premières demeures se contentent de temps en temps dans le mois de prières où elles apportent la pensée de mille affaires dont leur esprit est presque toujours occupé ( première demeure, ch.1, p.820).Le progrès sensible réalisé par les âmes des deuxièmes demeures, c’est qu’elles ont déjà commencé à s’adonner à l’oraison... et entendent les appels que leur adresse le Seigneur, parce qu’elles sont plus rapprochées du palais où réside le Dieu de toute majesté » (deuxième demeure, ch.1, p.835-836. Ce progrès n’a pu être réalisé que grâce à une ascèse de détachement.

« Il convient beaucoup, si l’on veut entrer dans les secondes Demeures, que chacun, selon son état, s’applique à se dégager des soucis et des affaires qui ne sont point indispensables. Cette mesure est tellement importante pour celui qui veut parvenir à la Demeure principale, que je regarde comme impossible, qu’il n’y arrive jamais s’il ne commence par le moyen dont je parle. Il ne pourra même pas rester dans la Demeure où il est sans courir de grands dangers, bien qu’il soit déjà entré dans le Château » (première demeure, ch.2, p.831)




6.3 Les deuxièmes Demeures

On l’a dit ici-haut, la porte d’entrée pour pénétrer plus avant, soit dans les deuxièmes Demeures, c’est l’oraison et l’humilité. Ici, il est important de donner quelques recommandations si on désire aller plus avant. Quand on parle d’humilité, on veut dire que la personne se sent de plus en plus pécheresse. D’ailleurs plus nous montons dans les Demeures, plus nous voyons notre péché et c’est cela notre grande souffrance. Voilà pourquoi si on ne croit pas en la miséricorde de Dieu, dans la nuit de l’Esprit qui se situe dans les sixièmes Demeures, on a l’impression qu’on sera damné. Face à la Lumière de Dieu, notre péché s’éclaire et nous avons mal, très mal à l’intérieur. Souvent, en plus, nous constatons que sans l’aide de Dieu, il y a des péchés que nous sommes incapables de déraciner. Il ne faut pas construire notre spiritualité sur des émotions, des sentiments, sinon cela va crouler. C’est aussi très dangereux de se comparer aux autres, c’est très dangereux de s’estimer plus haut qu’une autre personne. C’est le risque que nous avons en présentant les Demeures. Si nous commençons à nous comparer avec d’autres, nous arrêterons de cheminer jusqu’à ce que cela soit purifié.

Deux autres recommandations importantes: Développer la prière intérieure: communication seul à seul avec Dieu. Ne soyons pas des moulins à prier. Même si je récite un chapelet: mieux vaut dire un chapelet médité qu’un rosaire à la course. On pourrait dire la même chose des neuvaines. A quoi bon de réciter une neuvaine si je n’y mets pas mon coeur, si je désire obtenir une grâce sans vouloir changer moi-même. Le but de la neuvaine n’est pas n’obtenir des grâces en premier lieu mais surtout d’obtenir la grâce du changement. Je dois donc mériter chaque parole de la neuvaine.

Il est important aussi de garder un juste milieu dans la prière et dans notre vie. Savoir se recréer, se reposer, tenir compte du degré de santé que Dieu nous donne, tenir compte des obligations à l’égard des autres personnes. Il ne faut pas oublier que la plus grande des prières, en dehors de l’Eucharistie, c’est la charité. Si quelqu’un est dans le besoin, sainte Thérèse affirme qu’il faut tout quitter pour aller vers cette parole. Jésus insiste sur ce point dans Mt.25 où il nous dit que nous serons jugés sur les actes et non sur les quantités de prières.

6.4 Description des deuxièmes Demeures

a. La personne commence réellement à avancer vers Dieu. Elle le désire. Elle commence son purgatoire sur al terre, c’est-à-dire qu’elle commence à vouloir se purifier ( se corriger de ses péchés comme par exemple l’orgueil, l’avarice, la colère, l’envie, la gourmandise, la paresse, l’impureté). Dieu te purifie selon tes besoins.

b. On commence à se bâtir une règle de vie. Cette règle doit souvent être construite avec l’aide d’un conseiller spirituel car il est possible que nous puissions placer notre règle trop haute et ensuite, trouver cela trop difficile et tout lâcher. Mieux vaut commencer lentement. Même la Vierge Marie, dans ses apparitions, y va très lentement dans ses demandes au tout début, puis elle augmente.

c. C’est le temps de faire des lectures spirituelles afin de connaître davantage notre amant. Il faut accepter de laisser de côté certaines autres lectures qui ne m’apportent rien. Je peux m’en garder quelques-unes afin de conserver mon équilibre mais les lectures profanes doivent lentement diminuer pour commencer à faire place aux lectures spirituelles. Nous reviendrons plus loin sur ce point avec sainte Thérèse d’Avila.

d. Visite des sacrements selon la demande de l’Eglise. Les sacrements sont des moyens de rencontre privilégié avec le Seigneur. Tout cela peut faire parti de la règle de vie que je me donne ainsi que les lectures spirituelles et les temps de prières que je m’accorde chaque jour.

e. C’est le temps de commencer à développer des amitiés spirituelles ( nous y reviendrons un peu plus loin).

f. Enfin, nous pouvons commencer à suivre des sessions régulièrement ou des retraites afin de mieux connaître encore plus mon Créateur et mieux me connaître car n’oublions pas, nous sommes rendus aux fréquentations. Quand le Seigneur verra tous les efforts que je fais pour aller vers Lui, Il viendra vers moi dès les quatrièmes Demeures.


« Sans doute ces âmes s’occupent encore de leurs passe-temps, de leurs affaires, de leurs plaisirs et des bruits du monde; elles font des chutes, puis elles se relèvent de leurs fautes... c'est néanmoins une grande miséricorde de Dieu qu’elles s’appliquent de temps en temps à fuir les couleuvres et les bêtes venimeuses, et comprennent qu’il est bon de s’en détourner.

6.5 Organisation de la vie extérieure

« L’âme ne doit pas songer à chercher des joies dans ces débuts proclame sainte Thérèse. Les secondes Demeures sont des Demeures où règne la souffrance. Aussi pour y pénétrer et les franchir faut-il un mâle courage. C’est la première disposition que sainte Thérèse exige des débutants.

6.6 Dispositions nécessaires aux débutants

a. L’énergie

« Les âmes qui habitent les deuxièmes Demeures souffrent beaucoup plus que celles qui se trouvent dans les premières Demeures » ( deuxième demeure, chap.1, p.836). « Je dis que c’est le début que l’on rencontre le plus de difficultés. Car si Dieu donne son secours, c’est nous qui faisons le travail » (Vie, chap.2, p.106).

« Les démons lui représentent alors... les biens du monde et lui montrent que les plaisirs d’ici-bas sont en quelque sorte éternels; ils lui rappellent l’estime dont elle y jouit, ses amis, ses parents ils lui parlent de sa santé qu’elle va compromettre par les pénitences... enfin ils lui suscitent toutes sortes d’obstacles » (deuxième Demeure, chap. 1, p.837-838)

« Dans cette agitation intérieure à laquelle est plus sensible que précédemment parce que son entendement est plus éveillé, l’âme doit tenir, car cette énergie dans le support des épreuves des débuts, a noté sainte Thérèse dans le livre de sa Vie, permet à Dieu de reconnaître les vaillants qui pourront boire son calice et l’aider à porter la croix, avant de leur donner de grands trésors » Il ne faut pas se décourager. » Ne vous découragez donc point quand il vous arrive de faire quelques chutes; reprenez aussitôt votre marche en avant. Dieu saura tirer le bien de ces chutes mêmes... » (deuxième demeure, chap. 1, p.842)

« Le découragement aurait des conséquences désastreuses. Quant à ceux qui ont commencé, qu’ils se gardent bien de se décourager et de retourner en arrière. Qu’ils sachent que la rechute est pire que la chute, et puisqu’ils reconnaissent ce qu’ils ont perdu, qu’ils mettent toute leur confiance en la miséricorde de Dieu et nullement en eux-mêmes » (ibid., p.843). L’âme doit employer son courage à persévérer malgré tout car « sa Majesté sait attendre des jours et des années, surtout quand elle découvre en nous de la persévérance et des bons désirs. C’est la persévérance en effet qui est le plus nécessaire ici, dès lors qu’elle nous aide toujours à gagner beaucoup. » (ibid. p.837)


Si une foule de personnes n’arrivent jamais au but, cela vient en grande partie de ce qu’elles n’embrassent pas généreusement la croix dès le principe.

b. La discrétion

La discrétion doit régler l'exercice de la force dans le chemin spirituel. La persévérance est plus nécessaire et plus efficace que la violence, dans les voies de l’oraison « Il faut commencer à vous recueillir, non à force de bras, mais avec suavité, afin de jouir de la paix d’une manière plus constante »( deuxième demeure, ch.1, p.843)

Le démon va inspirer à une personne de si vif désirs de pénitence qu’elle peut mutiler son corps, ce qui n’est pas la volonté de Dieu. On doit avoir un grand respect pour le corps qui ressuscitera aux derniers jours. Elle le fait en cachette au point de perdre la santé et de ne pouvoir suivre la règle qu’elle s’est donnée. A une autre le démon suggère un zèle très ardent pour la perfection... et la pousse à regarder les moindres fautes commises par ses compagnes comme des manquements graves.
( première demeure, p.832, chap.2)

Ces ruses du démon ont pour but d’user les énergies de l’âme en des efforts inutiles et présomptueux, d’étouffer sa bonne volonté dans la contrainte et de lui enlever la force et la liberté pour aller d’un pas ferme et assuré vers son Dieu.

6.7 Les premières oraisons

a. La prière vocale

Le Pater est la prière parfaite que l’Eglise met sur les lèvres du prêtre à l’instant le plus solennel du sacrifice. C’est la prière des petits qui n’en savent point d’autres, la prière des saints qui en savourent les formules si pleines. Un jour, une novice entrant dans la cellule de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, s’arrêta surprise de l’expression toute céleste de son vissage. Elle cousait avec activité et cependant semblait perdue, dans une contemplation profonde. « » A quoi pensez-vous » lui demanda la jeune soeur, « je médite le Notre Père, c’est si bon d’appeler notre Dieu, Notre Père... » et des larmes brillaient dans ses yeux. Dans le Pater se trouve tout l’art et la science de la prière. » (Chem.perf.ch.23, p.690-691). Aussi sainte Thérèse, dans le Chemin de la Perfection se propose seulement de donner quelques considérations sur les paroles du Pater... car si vous vous attachez avec zèle au Pater, vous n’avez pas besoin d’autre chose.

La prière vocale est la prière par excellence des foules. A Bernadette, la Vierge demande le chapelet. Les contemplatifs, si élevés qu’ils soient dans leur union silencieuse avec Dieu, ne sauraient mépriser ni négliger une forme de prière qui a une telle valeur et peut avoir une telle puissance auprès de Dieu mais pour que cette prière vocale mérite le nom de prière, elle doive être intérieure. C’est ainsi que la prière vocale devient la première forme de l’oraison proprement dite.


b. La prière liturgique

La prière vocale prend une valeur spéciale lorsqu’elle est prière liturgique. Elle fournit à la prière individuelle les textes les plus savoureux qui soient, et la dispose très heureusement à entrer dans les profondeurs de la contemplation. Elle est une reine qui trône dans la beauté, respectée et aimée de tous. A n’en pas douter, le débutant doit apprendre à prier avec l’Eglise, à goûter la beauté discrète et majestueuse des cérémonies, à pénétrer leur symbolisme, à savourer longuement les textes liturgiques. Il doit surtout chercher dans la prière liturgique les mouvements de l’âme du Christ dans l’Eglise, y écouter les gémissements de l’Esprit d’amour et apprendre ainsi à l’école du Christ Jésus, notre maître, ce que doit être chaque jour sa prière intime et silencieuse. (JVD, p.176).

c. Lecture méditée

Voici ce qu’en dit sainte Thérèse d’Avila: « La lecture, si courte soit-elle, est d’un très grand secours. pour arriver à se recueillir. Elle est même nécessaire pour remplacer l’oraison mentale qu’elles ne peuvent faire. Si le maître qui les guide les oblige à demeurer longtemps à l’oraison sans ce secours, elles ne pourront y persévérer longtemps. Le livre à choisir pour la lecture méditée n’est pas le livre seulement instructif ou pieux, pas même le livre intéressant qui captive, mais le livre suggestif qui provoque la réflexion, stimule les sentiments ou mieux encore le livre qui réveille et tient l’âme en présence de Dieu. Une simple lecture ne serait pas une lecture méditée. La lecture méditée doit être interrompue pour réfléchir devant Dieu, pour lui exprimer des sentiments, pour s’entretenir avec lui. Elle sera courte ou prolongée selon les besoins, et ne sera reprise que lorsque l’âme défaille dans son impuissance » (JVD, p. 177). Sainte Thérèse ajoute: « Pour moi, je suis restée plus de 14 ans sans pouvoir même méditer, si ce n’est à l’aide d’un livre » ( chemin de la perfection, ch.19, p.663).

d. La méditation

La méditation consiste à faire, sur un sujet choisi d’avance, des réflexions ou considérations pour créer en soi-même une conviction féconde ou résolution. Mais sainte Thérèse nous dit une chose importante: « si l’on veut réaliser de sérieux progrès dans cette voie et parvenir aux Demeures que nous désirons, l’important n’est pas de penser beaucoup, mais d’aimer beaucoup. »

e. L’oraison de recueillement

« On l’appelle oraison de recueillement parce que l’âme y recueille toutes ses puissances et rentre au-dedans d’elle-même avec son Dieu » ( chemin de la perfection, ch.30, p.722).

« On dit que l’âme, comprenant enfin que les choses de ce monde ne sont qu’un jeu, se lève au meilleur moment et s’en va. Elle ressemble encore à celui qui se réfugie dans une place forte pour n’avoir plus à redouter les attaques de l’ennemi. Les sens se retirent des objets extérieurs et les méprisent tellement que les yeux du corps se ferment d'eux-mêmes pour ne plus considérer les créatures, et que le regard de l’âme s’éveille davantage. Voilà pourquoi ceux qui suivent cette voie ont presque toujours les yeux fermés quand ils prient. C’est là d’ailleurs une coutume excellente pour beaucoup de choses. » (chem. perf. chap.30, p.723-724)

Il importe de remarquer qu’il ne s’agit point d’un recueillement passif produit par une emprise de Dieu, mais d’un recueillement réalisé par un effort de la volonté. « Recueillie au-dedans d’elle-même, l’âme peut méditer la passion, se représenter Dieu le Fils, l’offrir au Père céleste, sans se fatiguer l’esprit à aller le chercher sur la montagne du calvaire, au jardin ou à la colonne. Il est bon de se servir du raisonnement pendant quelques instants (mais ensuite) faisons taire le raisonnement et demeurons près du Sauveur; si nous le pouvons, occupons-nous à considérer qu’il nous regarde, que nous Lui tenons compagnie; ô parlons-Lui, exposons-Lui nos suppliques, humilions-nous, réjouissons-nous avec Lui et souvenons-nous que nous ne méritons pas d’être en sa présence. » (Vie, ch.13, p.135-136)

« Voyez ce que fait, dit-on la femme qui veut vivre en bonne harmonie avec son mari; s’il est triste, elle doit se montrer triste; s’il est joyeux, elle doit, malgré la tristesse où elle se trouve, se montrer joyeuse... Or telle est la conduite que tient en toute vérité et sans l’ombre d’une feinte Notre-Seigneur vis-à-vis de nous. il se fait votre sujet et il veut que vous soyez les souveraines. Il se soumet à vos désirs. Êtes-vous dans la joie? Contemplez-le ressuscité. Vous n’avez qu’à vous imaginer avec quelle gloire il est sorti du sépulcre et vous serez dans l’allégresse. Et en effet, quelle clarté! quelle beauté! quelle majesté! quelle gloire! et quelle jubilation dans son triomphe! Êtes-vous dans la tristesse ou le chagrin? Considérez-le lorsqu’il se rend au jardin des Oliviers. Quelle affliction profonde que celle qui remplissait son âme, puisque étant la patience même il manifeste ses souffrances et s’en plaint! Ou bien encore, considérez-le attaché la colonne, abreuvé de douleurs, ayant toutes les chairs en lambeaux, tant est grand l’amour qu’il vous porte! Ou bien considérez-le lorsqu’il est chargé de la croix, et qu’on ne lui laisse même pas le temps de respirer. Il tournera vers vous ses yeux si beaux et si compatissants tout remplis de larmes. Il oubliera ses souffrances pour consoler les vôtres... O Seigneur du monde, ô véritable époux de mon âme! pouvez-vous lui dire » (chemin de la perfection, ch.28, p.712-713).

f. Les lectures spirituelles

« Celui qui connaît dans la vérité, celui-là aime dans le feu » (St Angèle de foligno). En ces termes ardents, sainte Angèle de Foligno traduit une foi à savoir que l’amour procède la connaissance.

. Le Christ Jésus, livre vivant

En 1559, le grand Inquisiteur d’Espagne crut devoir interdire la lecture de la plupart des livres spirituels écrits en espagnol, pour arrêter la vague montagne de l’illuminisme. Cette mesure radicale jeta sainte Thérèse dans la désolation. Elle s’en plaignit affectueusement à Notre-Seigneur: « Notre Seigneur me dit: « N’en aie point de peine; je te donnerai un livre vivant » (Vie, ch .26, p.271-272)

b. Le choix des lectures

.. La personne du Christ: les Saintes Écritures. Il n’est point de livre qui puisse lui être comparé tant pour l’intérêt, l’utilité, l’élévation et la variété des sujets qui y sont traités, que pour l’art et la poésie.

. Les livres dogmatiques. Les Saintes Écritures ont besoin en effet d’un commentaire, et non seulement d’un commentaire qui explique le sens des mots, mais de ce commentaire plus large et plus profond qui explicite le Christ lumière qui y est contenu. C’est le rôle de la théologie, qui analyse, met en lumière, coordonne et expose les vérités révélées. La première qualité à exiger est l’orthodoxie. Seule la vérité, dont l'Église est la gardienne et la dispensatrice, peut donner à l’âme la nourriture substantielle et l’appui ferme dont elle a besoin pour aller à Dieu. Sainte Thérèse se déclare impuissante à dire le mal que lui ont fait certaines assurances erronées à des demi-savants. (JVD. p.208.

g. Les amitiés spirituelles

. L’importance des amitiés

« Quelle infortune pour une âme, quand elle se trouve seule au milieu de tant de dangers » (Vie, ch.7, p.76) « Dieu a fait l’homme sociable. Toutes les grandes décisions de la Sainte ont été inspirées ou du moins efficacement soutenus par des amitiés: « Je conseillerais à ceux qui font oraison de rechercher, surtout au début, l’amitié et le commerce des personnes qui s’y adonnent également. C’est là un point de la plus haute importance, alors même qu’il n’y aurait que le profit de prier les uns pour les autres. Mais il y a beaucoup d’autres avantages. Si dans le monde on recherche des conversations et des affections qui ne sont pas très parfaites, si on se procure des amis pour goûter près d’eux les douceurs du repos et augmenter sa joie par le récit de vains plaisirs, je ne vois pas pourquoi celui qui se met résolument à aimer et à servir Dieu ne pourrait pas s’entretenir avec certaines personnes de ses joies et de ses peines, car les unes et les autres arrivent aux âmes d’oraison » ( Vie, ch.7, p.76-78)

. Le choix des amitiés

- amour sensible

« Dieu nous en préserve! C’est un enfer. Nous n’avons pas à nous fatiguer à en décrire l’horreur. Il est impossible d’exposer le moindre de ses maux. Pour nous, mes soeurs, nous ne devons ni prononcer son nom, ni penser qu’il existe en ce monde, ni consentir à ce qu’on en parle devant nous. » (Chem. perf. ch.8, p. 617).

- amour spirituel-sensible

« L’amour spirituel est un fruit des sommets; il est donc très rare. L’amour spirituel-sensible est de beaucoup le plus fréquent. C’est celui qui nourrit habituellement les amitiés entre personnes spirituelles, leurs liens spirituels se greffent ordinairement sur des sympathies naturelles, et ils y trouvent leur force et leur stabilité.


- amour spirituel

« Il est le partage du petit nombre. L’âme à qui Notre-Seigneur en fait don est grandement obligée de le remercier. car ce doit être là le signe d’une très haute perfection » (che. perf. ch.5, p.603) Les personnes que Dieu élève à cet état sont des personnes généreuses, des personnes royales.

Voilà en gros la description de cette deuxième Demeure. La majorité des chrétiens s’y trouvent. On peut y demeurer de nombreuses années, tout dépend de notre façon de vivre les conseils donnés ci-haut. C’est une grande Demeure de purification et il faut être très patient pour pouvoir ensuite entrer dans les troisièmes Demeures, qui elles sont courtes car elles sont un point d’arrivée. Ainsi on ne demeure pas longtemps dans les troisièmes Demeures; c’est le cas de toutes les Demeures qui sont un point d’arrivée. C’est le cas, par exemple, de la cinquième demeure où notre amour de l’Eglise et notre abandon à Dieu a été accompli et la septième demeure où nous sommes prêts à franchir le pont qui mène au Ciel.

6.8 Les sécheresses

Dieu permet des sécheresses dans la prière dans les secondes Demeures. Pour des motifs connus de lui seul, pour notre plus grand bien spirituel, Dieu peut accepter que le puits devienne à sec. Le Seigneur envoie souvent aux commençants, et parfois à ceux qui approchent du terme, ces tourments et beaucoup d’autres tentations pour mettre à l’épreuve ceux qui l’aiment. Il veut savoir s’ils pourront boire son calice et l’aider à porter sa croix avant de leur donner de grands trésors. Il nous laisse descendre de temps en temps pour que nous puissions dire:
« Seigneur, Seigneur, je ne suis pas capable, viens à mon aide »

Le meilleur conseil à suivre dans ces temps de sécheresse, c’est de persister à prier et le Seigneur un jour fera la grâce de prier sans distractions. Dire aussi à l’Esprit de venir aussi prier avec nous. C’est le moment dans le temps des sécheresses. C’est le temps aussi de demander les charismes des langues car alors pendant les sécheresses, l’Esprit Saint vient prier à notre place et cela nous aide beaucoup à aller plus loin.


6.9 LES TROISIEMES DEMEURES

a. La porte d’entrée

ORAISON ET HUMILITE. Voilà toujours les deux attitudes qui servent de porte d’entrée d’une Demeure à l’autre. Plus on avance, plus on se sent petit. Il y a plus d’humilité chez la personne à la fin des deuxièmes Demeures qu’à la fin des premières Demeures et ce sera ainsi jusqu’aux septièmes Demeures. L’Oraison aussi change. Déjà vers la fin des deuxièmes Demeures, on vit des oraisons d’affection, c’est-à-dire un coeur à coeur avec Dieu de plus en plus grand. La longueur des prières diminue. Dans les troisièmes Demeures, on parle d’oraison de simplicité. Un regard dans le silence. Ce regard porte soit sur une vérité surnaturelle, soit une forme vivante du Christ.



b. Description des troisièmes Demeures

. C’est un point d’arrivée: union active
. Efforts moins énormes dans la prière qui devient un goût personnel. ( un changement s’est déjà produit chez la personne).
. La demeure est bien rangée, bien ordonnée.
. Quant à la vie extérieure, elles obéissent à un règlement. Leur vie n’est pas éparpillée. On dira : « Ce monde là va à la messe tous les dimanches, ils vont vivre des sessions de ressourcement régulièrement, confession fréquente... C'est du bon monde. Ils passent pour des saints ( un peu moins aujourd’hui) aux yeux du monde en général. Ils font attention pour éviter le péché. Dans les deuxièmes Demeures, elles donnent des bourrées de prières puis elles lâchent.

. Quant à la vie intérieure, elles ont le désir de ne pas offenser Dieu. Elles ont encore des imperfections mais ne veulent pas commettre le péché. Ce sont des personnes très engagées dans des organisations de charité. Elles se font beaucoup d'amies. Elles vivent une piété sérieuse et charitable. Elles ont une facilité de recueillement. Les prières vocales sont moins nombreuses. On réfléchit moins, on aime plus. Et nous vivons surtout des oraisons de simplicité comme nous l’avons dit ci-haut: On aime se reposer tranquillement. On est comme deux amoureux qui ne se parlent pas beaucoup, ils se regardent. Moins de bavardage et plus d’amour. On continue des lectures spirituelles mais c’est vraiment l’oraison de simplicité qui domine. (voir JVD. p. 270). On peut prendre l’exemple dans la vie du curé d’Ars pour illustrer une véritable oraison de simplicité: Il y avait un certain monsieur Chattenson qui était devant le tabernacle et il n’avait pas l’air de dire grand chose... Alors le bon curé lui demande: « Qu’est-ce que tu fais là? » Il répond: « Je l’avise... il m’avise »

C’est le temps des oraisons courtes. Il nous faut envoyer des flèches au Seigneur. Nous pouvons déjà commencer même si nous sommes en deuxième Demeure, cela va nous aider à aller plus rapidement. Enlever tout ce qui n’est pas essentiel comme par exemple « Je t’aime Seigneur parce que... » On enlève les parce que. Si tu te sens bien dans le silence, ne te force pas pour parler car tu briserais tout. A l’Eglise, fixer le tabernacle et commencez par dire à Jésus: « Je t’aime. Je crois que tu es là. Que tu es beau Jésus.

c. Les difficultés¸

. L’orgueil n’est pas assez purifié. Ce sont des personnes qui se désolent trop dans leurs sécheresses. Elles prétendent à des grâces très élevées et qui se trouvent tout de suite saintes alors que ces derniers voient leurs propres misères.

. Comme le jeune homme riche de l'Évangile, elles ont accepté la loi, mais refusent le détachement complet. Elles refusent la perfection et s’en vont tristes. La raison est encore trop maîtresse d’elle-même et l’amour n’est pas assez fort. Pour avancer plus loin, il faut devenir fou aux yeux du monde et sage aux yeux de Dieu. Les saints obéissent à des lois supérieures. Ainsi s. François d’Assise a écouté son intérieur et Dieu s’est manifesté à lui. C’est une grâce de Dieu mais après la grâce, j’ai à donner mon oui ou mon non. Quand Dieu lance un appel, il me laisse toujours libre de dire oui ou non. Il ne force jamais. Et dire oui consiste à accepter de Le suivre jusqu'à la croix. LA CROIX GRANDIRA MAIS LA JOIE LA SURPASSERA...































VII

LE DEUXIEME AGE DE VIE INTERIEURE

Dans le langage de saint Jean de la Croix, les trois premières Demeures se situent au premier âge de vie intérieure: il appelle cela la voie purgative. Nous débutons maintenant la voie mystique qu’il appelle la vie illuminative C’est le début de ce qu’il appelle le deuxième âge. C’est la voie où nous devons purifier tous nos sens avec l’aide de Dieu pour en arriver à l’union de volonté, c’est-à-dire être en étroite union avec Jésus et son Église.

7.1 La clef de la perfection

La clef ou encore la porte ici prend une toute autre allure. Bien certainement, on continue avec l’humilité et l’oraison mais on va plus loin. La clef, c’est le DON DE SOI. « Dieu ne force pas notre volonté, dit sainte Thérèse, il prend ce que nous lui donnons. Mais il ne se donne pas complètement, tant que nous ne sommes pas, nous aussi, donnés à lui complètement. » (Oct. p.727).

Saint Jean de la Croix dit: « Il est vraiment déplorable de voir beaucoup d’âmes à qui Dieu confère des qualités et des faveurs spéciales pour monter plus haut et qui parviendraient au sublime état dont nous parlons, si elles le voulaient (...) si elles ne se laissent pas porter par lui, elles font moins de chemin parce qu’elles résistent à Celui qui les élève; elles méritent moins parce qu’elles ne lui abandonnent pas leur volonté; et par le fait même elles souffrent davantage. »( OSJ. p.20-21).

7.2 Début de la contemplation

Dieu ne se communique plus par les sens mais directement à l’Esprit pur. N’étant pas habitué à ce nouveau contact, la personne ne comprend plus rien étant habitué à une communication au niveau des sens, d’où la NUIT DES SENS.

La nuit des sens, c’est Dieu qui vient à moi. Pendant les trois premières demeures, il venait mais doucement avec des grâces ordinaires. Pendant tout ce temps, il me regardait vivre, ma persévérance, ma foi. Au moment où il sent que je suis prêt à donner ma vie pour Lui, il vient à son tour et c’est la rencontre qui va s’exprimer dans une expérience extraordinaire en plein milieu des quatrièmes Demeures. On l’appellera cette expérience, le recueillement infus. Je l’expliquerai un peu plus tard. En attendant, pour bien comprendre ce qui se passe lors de la nuit des sens, on peut se servir de l’exemple suivant. Si je réveille une personne en pleine obscurité et que j’arrive avec un gros « spot de lumière » que je lui place directement devant les yeux afin qu’ils puissent me voir, il ne verra que la Lumière mais ne me verra pas. C’est ce qui se passe dans la nuit du sens.

7.3 Description de la nuit des sens

a. Temps de purification pour les sens. La Lumière de Dieu approche, elle est tellement intense que je ne vois plus rien.

b. Incapacité de méditer, de parler au Seigneur, de penser, de réfléchir. ( impuissance des facultés).

c. au lieu de trouver la joie des troisièmes Demeures à prier, je ne trouve que dégoût, amertume. La personne se sent abandonnée de Dieu.

Saint Jean de la Croix nous dit ceci: « tous ne sont pas soumis aux mêmes tentations, ni aux même épreuves. Dieu les mesure d’après sa volonté, en conformité aux imperfections plus ou moins grandes qu’il y a à déraciner; c’est aussi le degré d’amour où il veut les élever qu’il leur envoie des humiliations plus ou moins profondes et les éprouve plus ou moins.

d. On ressent parfois une espèce de suavité: un certain goût de ne rien dire au Seigneur. J’ai alors peur que ce soit de la paresse.

e. J’ai l’impression de reculer dans ma foi car je vois de plus en plus mon péché. Je me considère petit, pécheur. ( le danger alors est de douter de la miséricorde du Seigneur).

Dans son livre « la nuit obscure », saint Jean de la Croix nous explique comment il entrevoit la nuit des sens. L’âme commence à entrer dans cette profondeur quand Dieu l’élève au-dessus de l’état de ceux qui débutent, c’est-à-dire de ceux qui se servent encore de la méditation dans la voie spirituelle; Dieu la met peu à peu dans l’état de ceux qui sont avancés, c’est-à-dire des contemplatifs, afin de l'amener ainsi à l’état des parfaits qui est celui où l’âme s’unit à Dieu (...) Pour entrer dans la nuit des sens, il faut accepter, dit-il, de purifier les sept péchés capitaux.



7.4 Purification de l’être

a. L’orgueil

Les commençants dont nous parlons se sentent remplis de ferveur et d’entrain pour ce qui concerne les choses spirituelles et les exercices de piété. Cela engendre souvent un certain orgueil secret qui porte les commençants à avoir quelque satisfaction de leurs œuvres et d’eux-mêmes. De là leur vient une certaine vanité, parfois très grande, de parler des choses spirituelles en présence des autres, et même quelquefois de vouloir les enseigner plutôt que de les apprendre (...) Quelques-uns même viennent à un tel point qu’ils ne veulent pas que personne ne paraisse bon en dehors d’eux; aussi les voit-on, à l’occasion, parler et agir pour condamner et rabaisser le prochain; ils voient la paille qui est dans l'œil de leur frère, mais ils ne voient pas la poutre qui est dans le leur; ils chassent des autres un moucheron, et ils avalent un chameau. Parfois aussi, quand le maître spirituel n’approuve pas leur esprit et leur manière d’agir, car ils veulent qu’on estime et qu’on loue leurs œuvres, ils déclarent qu’ils ne sont pas compris. D’après eux ce directeur n’est pas un homme spirituel, dès lors qu’il n’approuve pas leur conduite. Voilà pourquoi ils conçoivent aussitôt le désir d’avoir un autre guide; ils s’appliquent à en trouver un qui s’accommode à leur goût; d’ordinaire, en effet, ils recherchent celui qu’ils croient disposé à donner des louanges et de l’estime à leurs œuvres (... ). Ils supplient Dieu avec les plus vives instances de les délivrer de leurs imperfections et de leurs fautes, plutôt pour n’en être plus ennuyés et vivre en paix que par amour pour lui. Ils ne considèrent pas que Dieu les exauçait, ils n’en seraient peut-être que plus orgueilleux. (chap.2).

Ceux qui alors suivent le chemin de la Perfection agissent d’une tout autre manière et avec une trempe d’esprit toute différente. Ils font des progrès dans l’humilité et s'y affermissent profondément. Non seulement ils comptent pour rien leurs œuvres, mais ils sont très peu satisfaits d’eux-mêmes; ils regardent tous les autres comme bien meilleurs. Plus leur ferveur est grande, plus ils accomplissent de bonnes œuvres et y trouvent de joie, pourvu qu’ils se tiennent dans l’humilité, plus aussi ils reconnaissent combien Dieu est digne de tous les hommages, combien est peu de chose tout ce qu’ils font pour lui; voilà pourquoi ils ont beau travailler à sa gloire, ils ne sont jamais satisfaits (...) Cet amour les presse, les préoccupe, les enivre à tel point qu’ils ne remarquent point ce que les autres font ou ne font pas ou, s’ils le remarquent, ils s’imaginent toujours que tous les autres sont meilleurs qu’eux (...) Ces âmes sont dans une grande paix et dans une humilité profonde(...) Quant aux imperfections dans lesquelles ils se voient tombés, elles sont pour eux l’occasion de se supporter avec humilité, avec douceur d’esprit comme aussi avec une crainte amoureuse de Dieu et une pleine confiance en lui (...) Dieu introduit dans la nuit obscure ceux qu’il veut purifier de toutes ces imperfections pour les faire monter. (chap.3) Les personnes qui vivent ainsi vont passer plus rapidement la nuit et pourront dès la sortie de la nuit faire l’expérience profonde de Dieu.


b. L’avarice spirituelle

Saint Jean de la Croix continue: « C’est à peine si vous les voyiez contents de la vie spirituelle que Dieu leur donne; ils se laissent aller à la plus grande tristesse et ils gémissent parce qu’ils ne trouvent pas la consolation qu’ils attendaient dans les pratiques de piété. Ils n’en finissent plus de demander des conseils, des règles de vie spirituelle ou de garder et de lire des quantités de livres qui traitent de ces matières; ils passent plus de temps à cela qu’à pratiquer la mortification et la pauvreté d’esprit. Outre cela, ils se chargent d’images, de chapelets, de croix très belles et fort coûteuses; ils prennent les uns, laissent les autres, les changent et les rechangent de nouveau (... ) Je condamne l’esprit de propriété; car l’attachement que l’on porte à la forme, à la multiplicité et à la richesse de ces objets, est très opposé à la pauvreté spirituelle (... ) la multiplicité et la richesse de ces objets n’est qu’un ennui pour elle. » (chap.4).

c. La luxure spirituelle

« Il arrive souvent en effet que, au milieu des exercices spirituels eux-mêmes, s’élèvent et arrivent, malgré nous, des mouvements de sensualité et des actes désordonnés. Cela se produit même parfois quand l’esprit est plongé dans une profonde oraison ou que l’on reçoit les sacrements de Pénitence et d’Eucharistie. Ces sensations, je le répète, ne dépendent pas de nous: elles viennent de l’une des trois causes suivantes.

Elles ont souvent pour cause le plaisir que la nature goûte dans les choses spirituelles. Comme l’esprit et le sens le goûtent, chacune de ces deux parties de l’homme se porte vers la satisfaction qui lui est propre et spéciale. Cela arrive souvent quand elle reçoit la communion (... ) La seconde cause d’où procèdent parfois ces révoltes vient du démon. Il cherche à inquiéter et à troubler l'âme à l’heure où elle est en oraison ou se dispose à la faire; aussi soulève-t-il dans la nature ces mouvements désordonnés, et porte-t-il à l’âme un très grand tort, quand il réussit à la troubler quelque peu. La troisième source d’où procèdent ordinairement ces mouvements désordonnés est en général la crainte elle-même d’éprouver encore ces sensations et représentations grossières. Cette crainte se réveille subitement parce qu’elles voient, ce qu’ils disent ou ce qu’elles s’imaginent, et elles subissent ces impressions sans qu’il y ait faute de leur part. « (Chap.5).

d. La colère spirituelle

« Quand, en effet, ils n’éprouvent plus de suavité ni de délices dans les choses spirituelles, ils se trouvent désorientés; ils sont tristes, ils agissent de mauvaise grâce; ils se fâchent facilement à la moindre occasion; et parfois même ils sont insupportables. Ils s’animent d’un zèle hors de propos et se fâchent contre les défauts du prochain; ils observent les autres et parfois ils se sentent portés à les reprendre violemment; ils le font même comme s’ils étaient les maîtres de la vertu. or, une telle conduite est bien contraire à la mansuétude spirituelle (... ) La patience leur fait tellement défaut, qu’ils voudraient être saints dans un jour. Un grand nombre d'entre eux font force projets et prennent d'énergiques résolutions. Mais comme ils ne sont pas humbles et qu’ils sont pleins de confiance en eux-mêmes, ils ont beau faire des projets, ils ne font que tomber, ils s’irritent; ils n’ont pas la patience d’attendre le moment où il plaira à Dieu de les exaucer. On ne peut y remédier complètement que par la purification de la nuit obscure. « ( chap.6)

e. La gourmandise spirituelle

Saint Jean de la Croix continue à nous présenter de façon concrète les grandes purifications que nous devons accepter de faire dans la nuit des sens, si nous désirons en sortir le plus rapidement possible. Il nous faut donc accepter de faire les efforts nécessaires et d’intercéder auprès du Seigneur pour transformer ce qui est impur en nous. Voici maintenant ce que nous dit saint Jean de la Croix concernant la gourmandise spirituelle: « Ils se tuent à force de pénitences ou s’exténuent dans les jeûnes, se livrent à des pratiques au-dessus de leurs forces, sans attendre l’ordre et le conseil de personne: ils se cachent même de ceux à qui ils devraient obéir sur ce point (...)On recherche la pénitence corporelle. Ils acquièrent pour le moins de la gourmandise spirituelle et de l’orgueil, car ils ne suivent pas la voie de l’obéissance. D’un autre côté, le démon en séduit si bien un grand nombre qu’il les porte à la gourmandise en excitant leurs goûts et leurs appétits. Ils changent l’ordre qui leur est donné; ils y ajoutent ou ils le modifient, parce que l’obéissance sur ce point leur est un joug trop dur et trop étroit; quelques-uns même arrivent à une telle extrémité que, par le fait même qu’ils font par obéissance à certains exercices de piété, ils perdent le goût et la dévotion de les accomplir. (...) Vous verrez beaucoup d’entre eux insister près de leurs maîtres spirituels pour en obtenir ce qui leur plaît, et, moitié par force, ils leur arrachent le consentement (... ) Lorsqu’ils vont communier, ils songent beaucoup plus à se procurer quelque goût sensible qu’à adorer et à louer en toute humilité ce grand Dieu qu’ils viennent de recevoir. ( Chap.7).

Ceux-ci agissent de même à l’oraison. Ils s’imaginent qu’elle consiste tout entière à y trouver du goût et de la dévotion sensible. Ils s’appliquent à en avoir, comme on dit, à force de bras; ils n’ont point réussi, ils sont complètement abattus; ils s’imaginent qu’ils n’ont rien fait. Leur prétention leur a fait perdre la vraie dévotion, et l’esprit d’oraison surnaturel qui consiste à y persévérer dans la patience et l’humilité, dans la défiance de soi et le désir seul à plaire à Dieu. » (chap.7)


f. L’envie et la paresse spirituelle

« Par l’envie et la paresse spirituelle, les commençants commettent de grandes imperfections. Quant à l’envie, elle porte d’ordinaire un grand nombre d’entre eux à être jaloux du bien spirituel des autres; ils éprouvent une peine sensible en voyant qu’ils sont plus avancés dans la voie spirituelle. Leur chagrin est extrême de ce qu’ils ne sont pas félicités comme les autres, car ils voudraient être préférés en tout.

Les commençants éprouvent d’ordinaire de l’ennui dans les exercices spirituels qui sont les plus élevés, et ils les fuient parce qu’ils les trouvent en opposition avec les consolations sensibles(... ) Dès qu’ils ne trouvent pas à l’oraison la satisfaction que demandait leur goût, car enfin, il convient que Dieu les en prive pour les éprouver, ils ne voudraient plus y retourner; d’autres fois même ils l’abandonnent ou n’y vont que de mauvaise grâce (...) Ces commençants éprouvent encore de la répugnance quand on leur commande ce qui leur déplaît. Semblables à ceux qui sont élevés dans les plaisirs, ils fuient avec tristesse tout ce qui est austère; ils se scandalisent de la croix où se trouvent tous les délices spirituels, et les choses les plus spirituelles ne leur donnent que du dégoût (...) Car les commençants auront beau s’exercer à la mortification dans toutes leurs actions et passions, ils ne sauraient y réussir ni complètement ni dans une partie notable, jusqu’à ce que Dieu opère cette transformation d’une manière passive et purifie l’âme dans la nuit obscure. ( Chap.8).
g. Les nuits spirituelles

Cette nuit que nous appelons contemplation produit deux sortes de ténèbres ou de purifications chez les spirituels. La première nuit ou purification sera sensitive, si elle purifie ou dépouille l’âme de sa partie sensitive qu’elle accommode à la partie spirituelle. La seconde nuit ou purification sera spirituelle, si elle purifie et dépouille l’âme dans sa partie spirituelle en la préparant et disposant à l’union d’amour avec Dieu. La première est commune et elle se produit chez une foule de commençants. La nuit spirituelle est le partage d’un petit nombre, c’est-à-dire de ceux qui sont déjà exercés et avancés dans la vertu. ( chap.9)

La première nuit est amère et terrible pour les sens. La seconde est incomparablement plus horrible et épouvantable pour l’esprit. Ils ont persévéré dans la méditation et l’oraison; la saveur et les délices qu’ils y ont goûtées les ont détachés des choses du monde; ils ont obtenu de Dieu quelques forces spirituelles pour mettre un frein à leurs tendances vers les créatures... Le Seigneur les prive de toute cette splendeur; il leur ferme les portes de ses délices (... ) Le Seigneur les laisse donc dans des ténèbres si profondes qu’ils ne savent plus comment se diriger à l’aide du sens de l’imagination et du discours. Ils sont incapables de méditer comme précédemment; leur sens intérieur est plongé dans cette nuit et en proie à une telle aridité que non seulement ils ne goûtent plus dans les choses spirituelles et les exercices de piété cette douceur et cette consolation où ils mettaient d’ordinaire leurs délices et leurs joies, mais au contraire ils n’y trouvent que dégoût et amertume. La raison en est qu’ils ont déjà grandi quelque peu, et Dieu, pour les fortifier et les sortir de leurs langes, les sèvre du lait de ses consolations, il les pose à terre et leur enseigne à marcher par eux-mêmes. ( chap.9)

Il arrive souvent que ces sécheresses proviennent non de cette nuit obscure mais de nos péchés, imperfections, faiblesses. Voici quelques signes qui nous aident à discerner:

. Le premier consiste à ne trouver de joie et de consolation ni dans les choses de Dieu, ni dans les choses créées.

. Le second signe consiste à se souvenir ordinairement de Dieu avec sollicitude; et à se préoccuper de ce qu’on ne le sert pas, mais qu’on recule plutôt à ses yeux, dès lors qu’on n’éprouve plus de goût comme précédemment dans les choses divines. Cette disposition est une marque que ce dégoût et cette sécheresse n’ont pas pour cause le relâchement et la tiédeur. La tiédeur, en effet, ne se préoccupe pas des choses de Dieu et n’a pour elles aucune sollicitude. La cause de cette sécheresse vient de ce que Dieu transfère à l’esprit les biens et les forces des sens, et comme les sens et la nature ne sont pas capables par eux-mêmes de biens spirituels, ils restent privés de nourriture, dans la sécheresse et dans le vide.

. Le troisième signe consiste à ne pouvoir ni méditer ni discourir comme auparavant à l’aide du sens de l’imagination, quelque effort qu’on fasse. Dieu, en effet, commence ici à se communiquer à l’âme, non plus par le moyen des sens, comme il le faisait précédemment ou par le moyen d’un discours qui compose et ordonne les matières, mais par le moyen de l’esprit pur où il n’y a pas de discours successifs. Il se communique à elle par l’acte de simple contemplation (chap.9)
7.5 Comment se conduire?

Saint Jean de la Croix continue: « C’est de se consoler en persévérant dans la patience, de ne pas se laisser aller à la peine, et de se confier en Dieu, car il n’abandonne pas ceux qui le cherchent avec simplicité et un coeur droit. La conduite que les spirituels doivent suivre dans cette nuit consiste à ne se préoccuper nullement du raisonnement et de la méditation, car, nous l’avons déjà dit, le temps est passé. L’âme doit rester dans la paix et dans le calme, alors même qu’il lui semblerait qu’elle ne fait rien ou qu’elle perd son temps... Malgré tous les scrupules qu’elle a qu’elle perd son temps et qu’il serait bien de s’occuper à autre chose, dès lors qu’elle ne peut rien faire à l’oraison, ni penser à rien, qu’elle patiente, qu’elle soit tranquille, car on ne va pas à l’oraison sans y rechercher un plaisir personnel ou la liberté d’esprit. Elle doit au contraire se réjouit qu’elles se perdent au plus tôt. Elles ne troubleront point alors la contemplation infuse où Dieu l’introduit. (chap.10)

Au lieu de cet amour qui s’allume ensuite peu à peu, la disposition de l’âme au milieu des sécheresses et du vide de ses puissances est d’avoir d’une façon habituelle la sollicitude et le soin de plaire à Dieu, ainsi qu’une peine et une crainte de ne pas le servir(...) Celle-ci dure jusqu’au temps où le sens, que l’on appelle la partie sensitive, est quelque peu purifiée de ses forces et affections naturelles par le moyen des sécheresses qu’elle y répand, et alors elle embrase l’esprit d’amour divin. Mais en attendant, l’âme est semblable à un malade qui suit un traitement... La porte étroite est cette nuit des sens ; l’âme se débarrasse et se dépouille des sens pour entrer dans cette nuit en s’appuyant sur la Foi, qui est complètement étrangère aux sens, afin de marcher ensuite par la voie étroite, ou l’autre nuit, celle de l’esprit. C’est par-là que désormais l’âme s’avance vers Dieu, ayant pour guide la foi pure qui est le moyen par lequel elle s’unit à Dieu. (Chap. 11).

7.6 Des avantages

a. Connaissance de nous-mêmes et de notre propre misère. C’est dans cette nuit obscure de la partie sensitive que se vérifie la parole du prophète: « Votre lumière brillera au sein des ténèbres » (Is. LVIII,10). Dieu éclaire l’âme, et alors non seulement elle connaît sa misère et sa bassesse mais elle découvre aussi la grandeur et l’excellence de son Dieu (... ) La tribulation nous amène à la connaissance de Dieu. Une fois l’âme libre et détachée comme il le faut pour recevoir l’influence d’en-haut, elle passe par la nuit obscure et aride de la contemplation; et Dieu, comme nous l’avons dit, lui communique peu à peu par un moyen surnaturel les lumières de sa Sagesse.

b. Un autre profit des sécheresses ou de la nuit, c’est l’humilité de l’esprit, vertu qui est opposé au premier des péchés capitaux ou à l’orgueil de l'esprit. Cette humilité purifie l’âme de toutes ces imperfections d’orgueil au temps de sa prospérité. Comme elle se voit dans une telle aridité et une si profonde misère, elle voit que les autres lui sont supérieurs. Elle ne considère que sa propre misère qui est sans cesse présente à ses yeux, et ne laisse pas regarder les défauts des autres.

c. Le sentiment constant de la présence de Dieu qui est accompagné de la crainte de reculer dans ce chemin de la vie spirituelle. L’âme se libère de toutes ses imperfections et s’exerce à la pratique de toutes les vertus à la fois. Elle s’exerce à la patience, à la charité envers Dieu, car elle agit non par suite de l’attrait qu’elle trouve dans ses œuvres, mais uniquement dans le but de plaire à Dieu. Elle pratique également la vertu de force; car au milieu des difficultés et des répugnances qui contraignent son activité, elle tire des forces de sa faiblesse même et devient plus vaillante (...) Voilà pourquoi l’âme qui reconnaît que, en passant par cette nuit obscure, elle a obtenu de nombreux avantages. (Chap. 13).


7.7 Voie illuminative ou voie de contemplation infuse

Toujours dans son livre « La nuit obscure ». saint Jean de la Croix nous parle de la voie illuminative qui vient immédiatement après la voie purgative: « C’est là que Dieu nourrit l’âme lui-même et la sustente sans qu’elle y contribue par des raisonnements, une coopération active. Ceux qui s'y trouvent ont ordinairement de terribles tribulations et tentations dans les sens; cette épreuve dure longtemps, mais elle se prolonge plus chez les uns que chez les autres. Quelques-uns sont assaillis par l'ange de Satan qui est un esprit de fornication, qui trouble leurs sens après de fortes et abominables tentations, tourmente leur esprit par de vilaines pensées ou leur imagination par des représentations tellement vives que leur tourment est pire que celui de la mort (... ) Quant à la durée de ce jeûne, on ne saurait la déterminer. Tous ne sont pas soumis aux même tentations ni aux même épreuves. Dieu les mesure d’après sa volonté, en conformité aux imperfections plus ou moins grandes qu’il y a à déraciner; c’est aussi d’après le degré d’amour où il les veut élever qu’il leur envoie des humiliations plus ou moins profondes et les éprouve plus ou moins longtemps.




7.8 La contemplation

La nuit des sens nous amène à la contemplation mais ici il nous faut distinguer dans le langage entre la contemplation dite naturelle et la contemplation surnaturelle. La contemplation naturelle peut se diviser en trois parties:

a. sensitive:

Je suis par exemple estomaqué par la vision d’une chose qui m’émerveille totalement. Je peux ainsi contempler la nature, la naissance d’un enfant, la naissance d’un animal et le rôle que prend la mère de l’animal immédiatement. Je peux alors m’extasier devant tout ce que la nature me présente.

b. intellectuelle

Soudainement je comprends une chose en contemplant par exemple un élément de la nature. C’est ainsi que nous avons pu avoir de si grands génies.

c. du coeur

Je m’émerveille à la rencontre de quelqu’un qui correspond à tout ce que je peux imaginer. Je suis en contemplation devant cette jeune fille ou ce jeune homme. C’est ce qu’on peut appeler par exemple un coup de foudre.





d. spirituelle

Je suis saisi par une beauté intellectuelle pure qui dépasse mon intelligence humaine. Je suis ébahi par cette idée qui m’est venue.

La contemplation surnaturelle dont nous parlons va beaucoup plus loin que le côté naturel et la psychologie humaine ne peut pas l’expliquer. Cette contemplation, selon saint Jean de la Croix, n’est pas autre chose qu’une infusion secrète, paisible et amoureuse de Dieu qui, à l’occasion, embrase l’âme de l’esprit d’amour. Elle est directement déposée par Dieu dans cette partie la plus profonde de notre intelligence. On peut comprendre alors sans savoir comment des vérités de foi que l’on ne comprenait pas auparavant. Le pape Léon XIII disait dans son encyclique « Diminum illud »: « Voir Dieu dans une contemplation mystique, c’est la même vision que voir Dieu dans le ciel. Seul le degré d’excellence est différent. »

Le contemplatif, c’est celui qui a compris sans être capable de mettre des mesures: il comprend Dieu sans mesure. Il comprend l’immensité de Dieu et le néant de la créature. Cette science nous permet de mieux nous connaître comme nous l’a dit saint Jean de la Croix et comme l’affirme aussi sainte Thérèse d’Avila. On se reconnaît pécheur, petit et parce qu’on se reconnaît ainsi, on est plus enclin à pardonner aux autres qui ont aussi leur limite, leur péché. Être incapable de pardonner est un signe d’orgueil. Comment pourrais-je ne pas pardonner aux autres quand moi-même j’ai besoin d’être pardonné?

Dans la contemplation, on commence à comprendre le vrai secret de Dieu. Voici ce qu’en dit Carlo Carretto dans son livre Pourquoi Seigneur? « L’existence de Dieu n’est pas un secret, elle est tellement visible. Ce n’est pas un secret que l’homme soit promis à l’immortalité, c’est dans la logique des choses. La beauté de Dieu n’est pas un secret, elle est gravée sur toutes les fleurs, sur la mer et les monts (...) Dieu nous aime, ce n’est pas un secret: il suffit de regarder deux époux en voyage de noces (...) Où est le secret? Il consiste en ceci: Dieu est un Dieu crucifié, Dieu est le Dieu qui se laisse vaincre, Dieu est le Dieu qui m’a lavé les pieds. Que celui qui veut me suivre, qu’il prenne sa croix. »

Carlo Carretto sait ce qu’il dit car il a vécu la croix et il a accepté de la porter. Voici ce qu’il nous dit encore dans son livre « Pourquoi Seigneur »: « Aujourd’hui, trente ans après l’accident qui m’a paralysé la jambe, je ne dis pas que cela n’ait pas été un malheur. Mais je dis simplement que Dieu a su transformer ce malheur en grâce. J’ai expérimenté dans ma chair la vérité de ces paroles de saint Augustin: Dieu ne peut permettre le mal, si ce n’est pour le transformer en un bien de plus grande portée encore. Dieu qui aime son enfant, s’empresse, dès qu’il voit que quelqu'un ou quelque chose l’a éprouvé, de transformer avec beaucoup d’ingéniosité le mal en bien, l’immobilisation en contemplation, le cri de souffrance en prière, la douleur en acte d’amour. » (p.13) Il ajoute ceci: « Ce qui compte pour étendre le Royaume, ce n’est pas la puissance mais le service, ce n’est pas la vengeance mais le pardon, ce n’est pas l’instruction mais le sacrifice. La primauté du martyr devient une valeur absolue. » ( p.91).



7.9 Que faire pendant la nuit des sens?

a. Accepter de faire confiance au Seigneur. Accepter de ne plus comprendre ( ce n’est plus tellement à moi de faire des efforts, c’est à l’Esprit-Saint qui vient à ma rencontre).

b. Recueillement passif: se mettre à la disposition en chassant toutes nos pensées pour écouter les paroles que Dieu veut m’adresser.

c. Faire des oraisons courtes. Dire au Seigneur simplement que je l’aime même si je ne comprends pas pourquoi j’ai telle épreuve.

d. Développer une ascèse personnelle pour me détacher des choses sensibles. Chaque ascèse dépend vraiment de chacun selon ce que nous avons à purifier et ici, nous pouvons nous référer à l’énumération des sept péchés capitaux par saint Jean de la Croix ici-haut.

e. Garder la foi et l’espérance en tout temps.

f. Patience ( après la pluie vient le beau temps.)

g. Obéissance en tout aux directives du pape, du magistère de l’Eglise, à mon évêque et à mon conseiller spirituel.

h. Offrir nos petits sacrifices en cette nuit, nos épreuves de chaque jour.




7.10 Contemplation et solitude

La contemplation exige la solitude. Dieu affectionne la solitude. De temps en temps, il est bon de se retirer loin du monde pour vivre une expérience de désert. Jésus lui-même se retirait à l’écart pour prier. « Je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur » (Osée, 2, 16). Le silence et Dieu semblent s’identifier. Ainsi le prophète Elie nous en donne un bel exemple dans l’Ancien Testament. Elie s’enfuit à la montagne. Une voix se fait entendre: « Voici que le Seigneur passe » Il sentit le vent, le feu, le tremblement de terre mais ce n’était pas le Seigneur. Au moment où passa une brise légère, Elie se couvrit la tête en signe de respect.

7.11 Réactivation des dons du Saint-Esprit

Pendant la nuit des sens, le Saint Esprit vient réactiver ses dons:

a. sagesse: Don de goûter profondément la grâce de Dieu ou le dégoût pour les choses mondaines.
b. intelligence: Flairer la présence de Dieu. Ex.: Élisabeth constate que Jean-Baptiste tressaille dans son sein et voit par-là que Marie est la Mère de Dieu.

c. science: Fait découvrir le plan de Dieu sur chacun de nous. ( très proche du don d’intelligence). Détecte l’intervention de Dieu dans les événements.

d. conseil : Fait découvrir vite une solution difficile à trouver.

e. force: Donne le courage pour surmonter les grands obstacles à la sanctification.

f. Piété: Ce don met en nous un brûlant amour pour Jésus.

g. Crainte: C’est la peur de faire de la peine à Dieu qui est si bon, si Amour.

7.12 Extrait de la « Montée au Carmel »

Avant de terminer ces quatrièmes demeures qui sont très importantes, il est bon, je crois, de donner avec saint Jean de la Croix encore quelques cause de cette nuit dont on finit par sortir en plein milieu des quatrièmes demeures. « Quand l’âme aime quelque chose en dehors de Dieu, elle est incapable de la pure union avec Dieu et de sa transformation en lui (...) Toutes les créatures du ciel et de la terre comparées à Dieu ne sont rien, dit Jérémie: « J’ai regardé la terre, elle était vide et néant; j’ai considéré les cieux, et ils étaient sans lumière » (Jer. 4,23). (...) Les ténèbres ne sont rien, et moins que rien, puisqu’elles sont une privation de la vue. De même que celui qui est dans les ténèbres ne comprend pas la lumière, de même l’âme qui est attachée à la créature ne peut comprendre Dieu; et tant qu’elle n’en sera pas détachée, elle ne pourra pas posséder Dieu ici-bas par la pure transformation de l’amour, ni là-haut dans la claire vision du ciel. (....) » (chap.4)

« La sagesse de ce monde est folie devant Dieu » (1 Cor, 3,18). Aussi toute âme qui s’appuie sur sa science et son habileté pour arriver à s’unir à la sagesse de Dieu est souverainement ignorante devant Dieu et en restera bien loin, car l’ignorance ne connaît pas ce qu’est la sagesse. Saint Paul dit que cette sagesse du monde est une folie devant Dieu (...). Saint Paul ajoute: « Si quelqu’un croit être sage parmi vous, qu’il se fasse ignorant pour être sage, car la sagesse du monde est folie devant Dieu » ( 1 Cor 3, 18-19). Aussi l’âme qui veut s’unir à la sagesse de Dieu doit passer par le non-savoir, et non par le savoir. » (chap.4)

« Saint Augustin s’adressant à Dieu dans ses « Soliloques » disait: « Infortuné que je suis! Quand donc ma petitesse et mon imperfection pourront-elles être en rapport avec votre rectitude? Vous êtes essentiellement bon, et moi je suis mauvais; vous êtes miséricordieux, et moi sans miséricorde; vous êtes saint et moi misérable; vous êtes juste, et moi injuste; vous êtes la lumière, et moi je suis aveugle; vous êtes la vie, et moi la mort; vous êtes le remède, et moi le malade; vous êtes la souveraine vérité, et moi je ne suis que vanité » (Solil.chap.11)

« Saint Luc dit: « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple ». Tant que l’âme ne s’est pas détachée des créatures, elle est incapable de recevoir ce divin Esprit et d’arriver à la pure transformation en lui. (...) Oh! si les âmes adonnées à la spiritualité savaient de quels biens et de quelle abondance de faveurs spirituelles elles se privent en ne voulant pas se détacher entièrement des bagatelles de ce monde! ( chap.)

7.13 La sortie de la nuit des sens

On sort de la nuit des sens quand on reçoit une grâce surnaturelle, une visite surnaturelle que l’on peut appeler en terme mystique le recueillement infus. Quelle belle grâce! Quel beau cadeau! Cette grâce me fait sentir profondément la présence de Dieu en moi non pas comme dans les premières Demeures mais de façon beaucoup plus profonde. Le plus bel exemple que je prends souvent personnellement pour expliquer cette faveur extraordinaire, c’est le thé. Pour faire du thé, il faut deux choses: de l’eau et du thé. Je prends de l’eau chaude, j’y ajoute un sachet de thé, je le laisse infuser et tout à coup, après un certain temps, je m’aperçois que je n’ai plus d’eau mais du thé. Il m’est alors impossible de retransformer le thé en eau. C’est la même chose qui arrive avec la grâce de recueillement infus. L’eau, c’est moi; le thé, c’est l’Esprit Saint. Quand il vient en moi, il me transforme tellement que je ne peux plus être comme avant. Cette expérience de rencontre avec le Seigneur peut durer quelques heures pour certaines personnes ou même quelques jours pour d’autres. Tu sens la présence de Dieu en toi de façon aussi concrète qu’une femme enceinte sens son bébé présent à l’intérieur d’elle. A la suite de cette expérience, tu as de nouveaux yeux. Tu ne vois plus la vie de la même façon. Quand tu lis l'Évangile, tu vois qu’il y avait un esprit dans cet Évangile et tu es maintenant capable de saisir ces lectures car cet esprit est maintenant bien présent en toi. En vivant cette expérience, tu peux toujours dire que tu as vu un coin du ciel. Tu as ressenti dans tout ton être l’amour de Dieu et si, en ce moment là, le Seigneur te demanderait de lui donner ta vie, tu la lui donnerais immédiatement car le Bien auquel tu viens de goûter n’a aucune correspondance avec les biens terrestres.

Après cette expérience, le Seigneur te remet dans la foi. Il ne se fait plus sentir concrètement en toi mais par contre, le changement est permanent. De l’Homme Ancien, tu es devenu de façon permanente un Homme Nouveau. Tu peux demeurer ainsi dans les quatrièmes Demeures encore longtemps car le Seigneur veut maintenant purifier ta volonté. N’oublions pas que la quatrième Demeure est un temps de travail de purification tandis que la cinquième Demeure où l’on reste peu longtemps est un point d’arrivée

7.14 Oraison de quiétude

Si tu continues à demeurer fidèle au Seigneur, si tu acceptes de continuer à te purifier, le Seigneur te donnera de temps en temps des moments très forts d’intimité avec lui, c’est ce que l’on appelle les oraisons de quiétude. C’est une petite étincelle de son véritable amour que le Seigneur te donne. La personne possède en même temps un très grand contentement. Elle n’ose ni changer de place, ni se remuer, car il lui semble que ce trésor lui échapperait. Parfois même, elle voudrait ne plus respirer: c’est le temps de prier le Seigneur pour les autres.

7.15 Les cinquièmes Demeures

a. Description

Nous voici maintenant parvenus aux cinquièmes Demeures, c’est-à-dire à un point d’arrivée important. C’est l’unité de l’être qui va commencer à s’accomplir réellement. On appelle cette Demeure: UNION DE VOLONTE

Afin de bien saisir ce qu’est cette Demeure, nous allons regarder tout de suite ce que nous dit sainte Thérèse d’Avila: « Vous aurez entendu parler de la façon merveilleuse dont se fait la soie et dont Dieu seul peut être l’inventeur. Vous aurez surpris comment elle vient d’une semence qui ressemble à de petits grands de poivre... or, dès que les mûriers commencent à se couvrir de feuilles, cette semence se met, elle aussi, à prendre vie sous l’action de la chaleur: et tant que l’aliment qui doit la soutenir n’est pas prêt, elle demeure comme morte. C’est donc avec les feuilles du mûrier que se nourrissent les vers qui viennent de cette semence. A peine ont-ils grandi, qu’on place devant eux de petites branches, où avec leurs petites bouches ils filent la soie qu’ils tirent d’eux-mêmes; ils font ainsi de petites coques très étroites, où ils se renferment. C’est là que ces vers qui sont grands et difformes trouvent la fin de leur vie; puis de cette coque elle-même sort un papillon blanc très gracieux...

L’âme, représentée par ce ver de terre, commence à vivre quand, à l’aide de la chaleur de l’Esprit-Saint, elle commence à profiter du secours général que Dieu nous accorde à tous, et à user des remèdes qu’Il a confiés à l'Église, comme la confession fréquente, la lecture de bons livres, les sermons... Avec eux, elle reprend peu à peu la vie; elle se soutient par les moyens que je viens de dire et les bonnes méditations; enfin elle a grandi, et c’est l’état où je la considère, sans me préoccuper de son état précédent. Or, quand ce ver, commence à filer la soie et à construire la demeure où il doit mourir... Oui, courage, hâtons-nous d’accomplir cette oeuvre et de former le tissu de notre petite coque mystique... Qu’il meure, oui, qu’il meure, ce ver mystique, comme le fait le ver à soie, dès qu’il a terminé l’ouvrage pour lequel il a été créé; et alors vous constaterez comment vous verrez Dieu, et vous vous trouverez enveloppées de sa grandeur, ainsi que le petit ver à soie dans sa coque... Lorsqu’il est élevé à cette oraison d’union, il est bien mort au monde et il se transforme en un petit papillon blanc » ( cinquième demeure, chap.2, p.903-904).




b. La grâce mystique d’union

Nous débutons les cinquièmes Demeures au moment où Dieu nous accorde cette grâce extraordinaire. Nous ne la sentons pas nécessairement comme la faveur de recueillement infus. Nous pouvons voir si nous avons obtenu cette grâce par les fruits. Ces fruits sont:

. Je me sens profondément unis au Christ et à sa souffrance. Tu es tellement unie à Jésus que tu souffres terriblement à l’intérieur de voir quelqu’un le détester. A partir de ce moment, comme l’a dit sainte Thérèse ici haut, l’âme ne se reconnaît plus. Il y a autant de différence dans son comportement et dans son coeur que chez un vers à soie difforme qui devient un joli papillon.

. On se sent profondément uni à l’Eglise. On peut dire comme le père Daniel Ange disait lors d’une de ses conférences: « L’EGLISE, MON AMOUR, L’EGLISE, MON AMOUR » et on voyait par là que ce n’était pas des mots mais un élan du coeur. On aime aussi le Pape et on souffre avec le Pape qui est le représentant du Christ sur la terre. On accepte alors plus facilement de lui obéir comme si j’obéissais au Christ car comme l’a dit si souvent saint Jean de la Croix: « On ne se trompe pas en obéissant ». Si le représentant du Christ se trompe, il en répondra devant le Christ lui-même mais moi j’aurai obéi. Si par contre, le représentant du Christ contredit toute la Tradition de l’Eglise, va à l’encontre de l’opinion de l’ensemble des Pères de l’Eglise, là, c’est différent. Cet homme n’est pas le représentant du Christ même s’il a été élu, ce serait un antipape. Le Pape est celui qui a pour mission de sauvegarder la Tradition mais non pas les traditions. C’est la même chose en ce qui concerne l’obéissance à l’évêque, première autorité du diocèse. Je ne me trompe pas en lui obéissant s’il est fidèle au Magistère de l’Eglise et par conséquent à la grande Tradition. Si tel n’est pas le cas, il est de mon devoir de chrétien de le rencontrer au nom du Seigneur et de l’interpeller.

. Réalise une emprise effective de Dieu sur la personne. Celle-ci se trouve désormais marquée d’un certain sceau divin. Le démon peut ensuite intervenir car après les fiançailles, c’est terminé pour lui.

.Un grand zèle pour les âmes. On voudrait amener le plus de monde possible au ciel. On se souvient de cette parole de sainte Thérèse après sa vision de l’enfer. Elle se demandait comment on pouvait demeurer assis, sans rien faire, pendant que tant de personnes se perdent actuellement. Les personnes qui sont rendues à cette demeure ne regardent pas leur temps pour être au service de la Parole. Ils sont prêts à tout donner pour sauver une seule personne. Ils ont conscience maintenant qu’il travaille avec le Christ.

Exemple d’une grâce mystique d’union

Une dame arrive à la messe, au moment de la consécration ou de la communion, elle perd connaissance ( personne ne s’en aperçoit car elle semble endormie tout en demeurant assise). Elle garde son livre dans ses mains, ne tombe pas. Quand elle se réveille, tout le monde est parti. Elle se demande ce qui s’est passé. Mais elle est transformée. Elle s’aperçoit que lorsqu’on dit du mal des prêtes ou du pape ou de l’Eglise en général, elle ne peut s'empêcher de pleurer ou de souffrir. Cette grâce peut durer une minute ou encore 45 minutes. Voilà pourquoi plusieurs personnes n’ont pas eu connaissance d’avoir reçu cette grâce car toutes les puissances de l’âme étaient endormies. La personne a été privée de sentiment durant le peu de temps qu’a duré la grâce. Il lui était impossible de penser à rien ici-bas. Elle est morte au monde pour vivre en Dieu. Elle ne se rendait même pas compte de sa respiration.

Après cette grâce, le démon doit être plus subtil. Il se camoufle alors en ange de lumière. Il essaie de faire tomber la personne en exploitant ses faiblesses.

Pourquoi cette grâce?

Nous sommes tombés dans une contemplation très profonde qui nous a complètement éblouis. C’est le fond de la personne qui est touché par le Seigneur. une saisie définitive. On appartient désormais au Seigneur. C’est de la petite extase noire.

Voici ce qu’en dit sainte Thérèse d’Avila: « Ne vous imaginez pas que c’est un sommeil des puissances comme dans la Demeure précédente. Je dis sommeil, parce qu’il semble en effet que dans cette Demeure l’âme est comme endormie; elle ne dort pas complètement, et elle ne se sent pas, non plus, éveillée. , mais ici, toutes nos puissances sont endormies et même profondément endormies par rapport à toutes les choses du monde et à nous-mêmes. Et en vérité, l’âme est comme privée de sentiment durant le peu de temps que dure cette oraison d’union; et le voudrait-elle, il lui serait impossible de penser à rien d’ici-bas. Enfin, elle est comme morte au monde pour vivre davantage en Dieu; voilà pourquoi c’est une mort délicieuse » ( cinquièmes demeures, ch.1, p.894)

« Il y a donc une véritable suspension des puissances, qui prend la forme d’un évanouissement avec perte de conscience. Cette perte de conscience est très courte, l’âme ne voit, ni n’entend, ni ne comprend rien durant le temps de cette oraison. Le réveil est suivi d’angoisses » L’âme, tant qu’elle n’a pas une longue expérience, se demande avec anxiété ce qui a eu lieu. Était-elle dans l’illusion? Était-elle endormie? Est-ce une faveur de Dieu ou bien n’est-ce pas le démon qui s’est transformé en ange de lumière? Mille doutes l’envahissent, et il est bon qu’elle les ait, car, je le répète, notre nature elle-même peut nous tromper quelquefois. » (idem, p.895)

« Je veux vous donner un signe clair duquel vous ne pourrez ni vous trompez, ni douter que la faveur vienne de Dieu... Dieu s’établit lui-même dans l’intime de cette âme, de telle sorte que, quand elle revient à elle-même, elle ne saurait avoir le moindre doute qu’elle n’a été en Dieu et que Dieu n’a été en elle » ( cinquième demeures, chap.1, p.897-898).

c. Quelques paroles du curé d’Ars

. Quand on a le Saint-Esprit, le coeur se dilate. il se baigne dans l’amour divin. (p.58)

. Une âme qui possède le Saint-Esprit goûte une saveur dans la prière, qui fait qu’elle trouve toujours le temps trop court; elle ne perd jamais la sainte présence de Dieu. Son coeur devant notre bon Sauveur au Saint Sacrement est un raisin sous le pressoir. (p.58)

. Comme une belle colombe blanche qui sort du milieu des eaux et vient secouer ses ailes sur la terre, le Saint-Esprit sort de l’Océan infini des perfections divines et vient battre des ailes sur les âmes pures, pour distiller en elle le baume de l’amour. ( p.58)

. C’est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa créature. C’est un bonheur qu’on ne peut comprendre. (p.93)

Une attitude toujours à garder pour entrer dans une Demeure à l’autre, c’est l’humilité. Voici avant d’aborder les sixièmes Demeures ce que le curé d’Ars pense de l’humilité.

« L’humilité est aux vertus ce que la chaîne est au chapelet: ôtez la chaîne et tous les grains s’en vont; ôtez l’humilité et toutes les vertus disparaissent... L’humilité est comme une balance: plus on s’abaisse d’un côté et plus on est élevé de l’autre. Si nous considérions bien ce que nous sommes, l’humilité nous serait facile, le démon de l’orgueil n’aurait plus de place dans notre coeur... Quand les saints arrivent à certain degré de perfection, ils sont insensibles aux éloges comme aux blâmes... Les saints se connaissaient mieux que les autres, c’est pourquoi ils étaient humbles, ils entraient dans de grandes confusions en voyant que Dieu se servait d’eux pour faire des miracles.... On demandait à un saint quelle était la première des vertus: « C’est, répondit-il, l’humilité. » Et la seconde? « l’humilité » et la troisième? « l’humilité » ( p.201

« Les commencements d’une grande oeuvre doivent être petits. Commencez peu à peu... L’humilité désarme la justice de Dieu... Ce que le démon craint le plus, c’est l’humilité... Le démon craint fort peu ces dévotions qui n’ont pas l’humilité pour fondement, parce qu’il sait bien qu’il les renverse quand il voudra. Qu’on se moque d’elle, qu’on l’estime, qu’on la loue, qu’on la blâme, qu’on l’honore, qu’on la méprise, qu’on fasse attention à elle, qu’on la laisse de côté, ça lui est bien égal.... (p.201-202).
VIII

LE TROISIEME AGE DE LA VIE INTERIEURE

Nous débutons maintenant le troisième âge de la vie intérieure, c’est-à-dire selon saint Jean de la Croix, la voie unitive. C’est la dernière progression vers Dieu. Je pourrai dire à la fin comme saint Paul: « Ce n’est plus moi qui vis mais c’est Christ qui vit en moi »

Ce que saint Jean de la Croix appelle le troisième âge, sainte Thérèse d’Avila appelle cela les sixièmes et les septièmes Demeures ou encore les fiançailles et le mariage spirituel. Mais pour arriver aux fiançailles, il faut maintenant que tout ce qui demeure en la personne humaine de négatif soit purifié. En particulier, le Seigneur vient purifier la foi. Il faut que je prenne conscience que la foi est un don et pour savoir si quelque chose est un don, il faut le perdre un jour et quand nous retrouvons le cadeau, nous savons que cela ne vient pas de nous. Voilà pourquoi, la personne dès l’entrée dans les sixièmes Demeures va pénétrer dans une nuit plus profonde que la nuit des sens, ce sera la nuit de la foi, la nuit de l’esprit. La personne est alors appelée à vivre les plus grandes souffrances intérieures et peut-être même extérieures chez certaines, de sa vie. Pour passer à travers cette nuit plus rapidement, il est important de connaître les consignes qui ont été énumérées ici-haut. En tout temps, il me faut garder confiance en Dieu, mettre de côté le doute. Le père Oliva Gignac, fondateur de l’école de vie intérieure, nous disait souvent: « Dans le doute, doute de tes doutes mais ne doute jamais de ta foi ». voilà une parole qu’il nous fait retenir. Le démon, pendant la nuit, viendra avec des légions pour nous bloquer. Il essaiera de nous faire douter de la présence de Dieu, de notre mission.

8.1 Les sixièmes Demeures

a. La nuit obscure de l’esprit

Voici en gros ce qui se passe au cours de cette nuit. Puis, dans un deuxième temps, nous verrons la description qu’en fait saint Jean de la Croix. Dès que l’on quitte les cinquièmes Demeures on entre de nouveau comme on l’a dit ci-haut dans une nuit pire que la première. Si je comprends que je suis en train d’avancer et non de reculer, j’accepte de passer à travers la nuit car je sais que ce chemin choisi par le Seigneur est le meilleur pour moi. Voici donc ce qui se passe:

. Retournement psychologique

C’est là que le démon travaille le plus. J’ai une envie soudain de faire comme tout le monde, de vivre ma vie comme tout le monde. C’est la grande tentation de Satan qui me fait alors croire que ma vie n’a eu jusqu’à présent aucun sens. On dirait que j’ai perdu la foi; le doute m’assaille de tout côté. Je voudrais revenir en arrière et vivre comme tout le monde mais je suis incapable de reculer et j’ignore pourquoi ( si je ne connais pas les chemins intérieurs).

. Souffrances intérieures

La Lumière divine envahissant une personne non pure, et non prête, paralyse toutes les facultés et éclaire toutes les impuretés: on se voit plein de défauts et on ne se voit plus une seule qualité. On vit alors une angoisse intérieure profonde. Nous avons tous les critères d’une dépression majeure, la différence est que nous allons en sortir. Il faut voir ici le découragement du prophète Elie : « Elie s’enfonça dans le désert toute journée de marche; puis il alla s’asseoir sous un genêt et demanda la mort: « C' en est assez, dit-il. Reprends ma vie, Yahvé, car je ne suis pas meilleur que mes pères. Il se coucha là et s’endormit. » (1 Rois, 19,4-5a.) Et dans le livre de Job, on a pu voir aussi cette épreuve où il se sentait abandonné par Dieu: « Que ne puis-je revenir aux lunes d’autrefois, aux jours où Dieu veillait sur moi, quand brillait sa lampe au-dessus de ma tête et qu’à sa lumière je traversais les ténèbres! Comme je voudrais retrouver mon âge mûr lorsque Dieu protégeait ma tente, lorsque le Puissant était encore avec moi. Et maintenant mon âme se défait, les jours de peine se sont abattus sur moi. La nuit, le mal ronge mes os, mes nerfs n’ont pas de repos. De toute sa poigne, il a saisi mon vêtement, il m’a pris par le col de ma tunique et il m’a jeté dans la boue; je ne suis plus que poussière et centre! Tu ne me réponds pas, ô Dieu, quand je t’appelle, je me tiens là et tu ne me regardes pas! Tu es devenu cruel avec moi, tu me frappes de toute la vigueur! « (Job 29,2-5a; 30, 16-22)


- sentiment d’opposition avec Dieu

On se pensait bien ami avec Dieu, maintenant on se sent très loin tant j’ai des péchés.

- écrasement sous la force divine

L’angoisse intérieure n’arrête pas. J’ai des problèmes de sommeil. Mes angoisses sont très profondes. J’ai perdu le goût de vivre. Je désire la mort le plus rapidement possible.

- combat du divin contre l’esprit qui n’est pas prêt.

La personne se sent damnée. Elle est certaine qu’elle ira en enfer. Elle se croit abandonnée de tous. Souvent, de fait, elle vivra l’abandon complet. Il arrive même très souvent que le directeur spirituel ne désire plus les accompagner car il ne comprend pas ce qui se passe chez cette personne ( si le conseiller ne connaît pas les voies profondes). Cela m’est arrivé un jour alors que je donnais une session de spiritualité à des futurs prêtres et le prêtre qui était responsable du groupe vint me voir à la fin de la rencontre et me dit: « J’ai appris beaucoup de choses en écoutant cette session que je croyais être seulement pour mes novices. Je suis actuellement une personne que je croyais être devenue folle. J’avais prévu dès la semaine prochaine la recommander à un psychiatre afin qu’il puisse la soigner. Pourtant cette personne avait toujours été équilibrée mais maintenant je ne la comprenais plus. J’ai hâte maintenant d’aller la rencontrer; je vais l’encourager à continuer et je lui parlerai de la lumière qui s’en vient pour elle bientôt. »









- Impression d’étouffement

La personne vit des angoisses terribles.

- souvenir d’une prospérité passée

Le personnage de Job cité plus haut en est un exemple frappant.

- Déchaînement des démons

Le démon se manifeste en donnant des fausses paroles qui ne s’accomplissent jamais, des fausses prophéties, des fausses visions. Ou encore pour les cas moins sensibles, il se manifeste concrètement, sensiblement, comme pour Marthe Robin, la grande stigmatisée française dont nous parlerons un peu plus loin. Le père Finet, le directeur spirituel de Marthe, a vu Marthe suspendue dans les airs, dans sa chambre, en train de se faire frapper par une force invisible alors que Marthe était complètement paralysée dans son lit. Le démon la saisissait et lui frappait la tête au plancher pour pouvoir la tuer. Mais Dieu permit qu’il la frappe toujours au même endroit. A la demande de l’évêque, le père Finet plaça un oreiller à l’endroit même où la tête de Marthe était frappée. On peut la voir encore aujourd’hui quand on visite la chambre où habitait Marthe avant sa mort.

Le curé d’Ars lui-même connût des attaques similaires avec le démon. Une fois, ce dernier essaya de mettre le feu à son lit. On peut en voir aujourd’hui encore des traces en visitant la chambre de ce saint curé.

- Manque de sympathie ou de compréhension de la part des autres.

Les autres peuvent même dire que cette personne a perdu la tête.

-Eclaircie passagère et recrudescence de peine souvent pire qu’avant.

Quand les éclaircies commencent, c’est le début de la fin.

Voici maintenant ce qu’en pense saint Jean de la Croix:
« L’âme, bien que se trouvant alors dans les ténèbres, voit clairement son impureté à l’aide de cette limpide et pure lumière; elle reconnaît clairement qu’elle n’est digne ni de Dieu ni d’une créature quelconque. Ce qui l’afflige le plus, c’est la pensée qu’elle n’en sera jamais digne et que désormais il n’y a plus de bonheur pour elle. Le second tourment de l’âme en cet état vient de la faiblesse de sa nature, morale et spirituelle. Comme cette divine contemplation investit l’âme avec quelque vigueur dans le but de la fortifier et de la dompter peu à peu, elle fait éprouver à sa faiblesse une peine si profonde qu’elle semble sur le point de défaillir, surtout dans certaines circonstances où son action est plus énergique. Ils souffrent et endurent une telle agonie qu’ils regarderaient la mort comme un soulagement et un bonheur. ( Chap. 5 de la nuit obscure).

Elle a pour cause les deux extrêmes: l’humain et le divin. C’est la contemplation purificatrice, et l’humain, c’est l’âme qui est le sujet de cette contemplation et les deux veulent s’unir. Le divin l’investit pour la perfectionner et la renouveler afin de la rendre divine; il la dépouille de toutes ses affections habituelles et propriétés du vieil homme auxquelles elle est très unie, très attachée et très assimilée. Il avilit et détruit si bien la substance spirituelle en l’absorbant dans de si profondes ténèbres que l’âme se sent anéantie et défaillante à la vue de ses misères et que l’esprit endure une mort cruelle. Il lui semble qu’elle est comme engloutie dans le ventre ténébreux d’une bête, où elle se sent digérée, et éprouve ces angoisses que Jonas endurait dans le ventre du monstre marin (.....) Mais ce que cette âme angoissée ressent le plus, c’est qu’elle regarde comme évident que Dieu l’a rejetée, qu’il l’a en horreur, qu’il l’a reléguée dans les ténèbres; cette persuasion qu’elle est délaissée de Dieu est pour elle un tourment extrême et digne de compassion.

Quand l’âme est sous l’étreinte de cette contemplation purificatrice, elle sent d’une manière très vive l’ombre de la mort, les gémissements de la mort et les tourments de l’enfer; cet état consiste à se sentir privé de Dieu, châtié et rejeté par lui. Il y a plus, il lui semble avoir la redoutable appréhension que cet état sera éternel. Elle se croit en outre l’objet du même abandon et du même mépris de la part des créatures et surtout de la part de ses amis.

L’âme commence à découvrir qu’il y a en elle un autre abîme, celui de sa pauvreté et de sa misère, et c’est là un des principaux tourments qu’elle endure dans cet état de purification. Elle sent en effet en elle-même un vide profond, une disette extrême de trois sortes de biens appropriés à ses goûts, sortes de maux opposés, et qui sont les misères de ses imperfections, les sécheresses ou le vide de ses facultés, et le délaissement de son esprit envahi de ténèbres (... ) L’âme souffre non seulement du vide et de la suspension de ces appuis naturels et de ces appréhensions, ce qui est pour elle un tourment plein d’angoisse, comme celui d’une personne qui est suspendue et retenue en l'air et ne peut respirer, mais elle souffre encore de ce que Dieu la purifie comme le feu qui enlève les scories et la rouille des métaux. ( chap., 6 de la nuit obscure)

L’âme ne reçoit aucune faveur, ni d’en haut, ni d’en-bas. Néanmoins, il y a des intervalles et des consolations où, par une dispense spéciale de Dieu, cette contemplation obscure cesse de porter la forme purgative pour revêtir la forme illuminative et pleine d’amour. L’âme alors semble sortir de tous ces cachots et de toutes ces prisons; la voilà au large et en liberté; elle éprouve et elle goûte la profonde suavité de la paix ainsi qu’une amabilité et une familiarité pleine d’amour avec Dieu (... ) quand les épreuves reviennent, il semble à l’âme qu’elle n’en sortira jamais plus et qu'elle a perdu tous ses biens (...) Ainsi l’âme qui est dans cette purification voit qu’elle aime Dieu; elle donnerait mille fois la vie pour sa gloire; cette disposition est très réelle, car elle aime véritablement Dieu au milieu de cette épreuve, et cependant, loin d’en retirer le moindre soulagement, elle ne fait qu’augmenter son chagrin. Elle a tant d’amour pour Dieu, comme c’est d’ailleurs son unique souci, et elle se voit si misérable qu’elle ne peut s’imaginer l’amour que Dieu lui porte, ni qu’il ait ou puisse jamais avoir des motifs de l’aimer. Elle ne découvre en elle que des motifs d’être à jamais un objet d’horreur pour lui et pour toutes les créatures. Son tourment consiste à voir en elle les raisons pour lesquelles elle mérite d’être jetée de celui qu’elle aime tant et après lequel elle soupire de tous ses voeux. ( Chap. 3) Il faut donc que l’âme sacrifie sa première paix, qui était enveloppée d’imperfections et n’était pas une paix véritable. Jérémie disait: « Mon âme a été éloignée et repoussée de la paix ». (Lamen. 3,17) »



Pour comprendre cette nuit de l’esprit, saint Jean de la Croix prend l’exemple du feu. « Le feu matériel, appliqué au bois, commence tout d’abord par le dessécher; il en expulse l’humidité et lui fait pleurer toute sa sève. Aussitôt il commence par le rendre peu à peu noir, obscur, vilain; il lui fait répandre même une mauvaise odeur; il le dessèche insensiblement; il en tire et manifeste tous les éléments grossiers et cachés qui sont opposés à l’action du feu. Finalement quand il commence à l’enflammer à l’extérieur et à l'échauffer, il le transforme en lui-même et le rend aussi brillant que le feu. En cet état le bois n’a plus l’action ni les propriétés du bois, il n’en conserve que la quantité et la pesanteur qui est plus grande que celle du feu; car il a déjà en lui les propriétés et les forces actives du feu. Il est sec et il dessèche; il est chaud et il réchauffe; il est lumineux, et il répand sa clarté; il est beaucoup plus léger qu’avant; et c’est le feu qui lui a communiqué ces propriétés et ses effets... Ce feu de l’amour s’enflamme dans l’esprit, l’âme se sent blessée d’amour de Dieu d'une manière vive et aigüe; elle éprouve en même temps un certain sentiment. Elle sent que son esprit est profondément passionné d’amour. Cet amour est infus, il est plus passif qu’actif. Cet amour possède déjà quelque chose de l’union à Dieu. » (chap.8, la nuit obscure)

. souffrances extérieures

- L’extase

C’est une perte de conscience. C‘est un phénomène psychologique. L’extase est due à un déséquilibre humain. Dieu vient toucher la personne. En un mot la nature divine vient toucher à la nature humaine et celle-ci, trop fragile, est encore incapable d’absorber le divin. En septième Demeure, la personne est complètement équilibrée et elle ne connaît, par conséquent, aucune extase. Mais pendant que la nature divine touche à la nature humaine, Dieu donne des cadeaux magnifiques à l’âme. Elle ne les sent pas mais en revenant à elle, elle sait qu’elle a été en Dieu et souvent elle va recevoir des visions intellectuelles, c’est-à-dire que Dieu lui communiquera dans son esprit en venant la visiter des connaissances spéciales face à certains mystères chrétiens. Voilà il est très intéressant de lire les écrits des grands mystiques car ils peuvent nous communiquer quoique imparfaitement, des réalités surnaturelles extraordinaires.
- Phénomènes extérieurs extraordinaires

* La lévitation

Ces phénomènes n’arrivent pas nécessairement à toutes les personnes qui franchissent les sixièmes Demeures. La lévitation, c’est l’âme et le corps qui montent vers le ciel. La personne ressent tellement la puissance de l’amour de Dieu à l’intérieur d’elle qu’elle est attirée, corps et âme, vers le ciel. Ainsi saint Bonaventure nous raconte qu’il a vu saint François d’Assise monter dans les airs et n'être pas plus gros qu’une mouche. St-Alphonse de Liguori aurait monté jusqu’à 10 pieds dans les airs et cela devant des témoins. Quelque fois la personne peut s’élever seulement de quelques pouces et même moins; les gens ne s’en aperçoivent même pas mais ils se sentent envahis par un amour extraordinaire de Dieu.

Je connais quelqu’un qui m’a dit avoir vécu cette expérience. Il lévitait de façon très basse, seulement de quelques pouces. Les gens autour ne s’en apercevaient pas mais lui avait l’impression de marcher sur des nuages. Cette expérience unique dans sa vie a duré environ deux heures.

* Les stigmates

Les stigmates sont des phénomènes sinon permanents, du moins assez fréquemment renouvelés pour que savants, spécialistes de tout ordre et maîtres de la vie spirituelle puissent les observer à leur aise. Ce sont surtout des phénomènes bien caractérisés et en soi si merveilleux que, si vraiment le rejaillissement sensible du spirituel peut les produire, ils nous conduisent certainement aux limites extrêmes que sa puissance puisse atteindre. (JVD, p. 789)

Le cas de Thérèse Newmann

Les stigmates sont des blessures apparentes sur le corps qui représentent un ou plusieurs traits de la Passion. Les premiers en date et les plus célèbres sont celles dont fut favorisé saint François d’Assise deux ans avant sa mort, au cours d’un jeûne de quarante jours sur le mont Alverne. Le saint descendit de la montagne portant aux mains, aux pieds et au côté les plaies sanglantes de Jésus crucifié.

Depuis lors, ces phénomènes se sont reproduits. Le docteur Imbert-Goubeyre a établi un catalogue de 321 cas de stigmatisés ou prétendus tels. La plupart de ces cas ne résistent pas à une critique serrée des documents qui les attestent. Plusieurs cas de stigmatisation ont été observés de nos jours d’une façon assez précise et scientifique pour que nous puissions les considérer comme des faits historiquement certains. Tels, par exemple, les stigmates de Gemma Galgani, de Thérèse Neumann, de Padre Pio et de Marthe Robin.

Thérèse Neumann, l’aînée d’une famille de neuf enfants, est née le 8 ou 9 avril 1898 d’une pauvre famille paysanne à Konnersreuth, en Bavière. Pieuse, robuste et laborieuse, elle s’adonne aux travaux des champs et entre au service d’un paysan de son village. En 1918, à la suite d’un effort violent et d’un refroidissement, elle tombe malade. Les accidents se succèdent: chutes, paralysie de divers membres, plaies diverses, cécité, qui semblent la conséquence de son état général. Le docteur qui la suit diagnostique: hystérie grave par suite d’un accident très sérieux. Le 29 avril 1923, au jour de la béatification de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus ( à noter que cette sainte semble très importante dans la vie des stigmatisés, nous le verrons plus loin avec Marthe Robin), elle recouvre subitement la vue; le 17 mai 1925, jour de la canonisation, elle est favorisée d’une apparition lumineuse dans laquelle une voix mystérieuse lui annonce qu’elle retrouvera l’usage de ses membres, sans que cessent les douleurs. Au début du Carême 1926, Thérèse se sent très indisposée. Dans la nuit du jeudi au vendredi 4 et 5 mars, elle a une vision de Notre-Seigneur au Mont des Oliviers avec ses apôtres. Elle éprouve dans la région du cœur une douleur violente et aiguë. Le sang commence à couler au côté, des blessures apparaissent aux mains et aux pieds. Il y a aussi une effusion de sang des yeux pendant la nuit et le vendredi avant midi. Depuis lors ses plaies saignent dans la nuit du jeudi au vendredi et le vendredi avant midi, chaque semaine, sauf aux temps liturgiques de Noël et de Pâques et les jours de fête de précepte. Depuis mars 1927, il y aussi la plaie de la couronne d’épines. Ces stigmates saignent pendant ou à la suite des visions sur la Passion. Ces visions lui font suivre et revivre dans la nuit du jeudi au vendredi et jusqu’au vendredi après-midi, les diverses scènes de la Passion. Chaque vision dure de 10 à 15 minutes et est accompagnée d’un état d’extase, sans qu’on puisse préciser si l’extase précède la vision ou est provoquée par elle. Thérèse est alors assise dans son lit, elle a les bras étendus, les yeux ouverts mais regardant comme dans des distances infinies et elle fait de grands gestes mimiques.

Son visage trahit une participation active de l’intelligence, de la volonté et de la sensibilité, à ce qu’elle contemple en vision. Presque toutes les expressions mimiques sont en étroite relation avec le Christ et la foi, l’enthousiasme, la jubilation font resplendir ses traits lorsqu’elle reconnaît les sentiments correspondants dans le Christ ou dans d’autres personnes de la scène. Puis, de nouveau, se manifestent les sentiments de compassion, de crainte, d’anxiété, de dégoût, de colère quand elle les voit chez les personnages de la vision... (JVD. p. 790)

Les visions partielles de la Passion se succèdent au nombre d’une quarantaine, plus ou moins selon les cas et sont accompagnés de l’activité plus ou moins intense des plaies stigmatiques. Ces visions sont suivies, d’un état de recueillement ou d’absorption dans lequel Thérèse Neumann retombe comme abandonnée par la force qui la soutenait. Les yeux se ferment... Elle entend et peut parler. Elle est habituellement calme et tranquille, souvent immobile. Mais on s’aperçoit en lui parlant qu’elle est intérieurement prise et dominée par ce qu’elle vient de voir, quand il s’agit d’un événement saisissant. Son émotion se traduit par la façon dont elle parle, ce qu’elle fait d’ailleurs volontiers et sans retenue. Elle jouit alors de lumières supérieures pour discerner les objets ou personnes consacrées, et les dispositions des cœurs. Thérèse Neumann connaît un autre état mystique que l’on a appelé état de repos extatique. C’est le repos d’un sommeil dans lequel son âme est unie à Dieu par la plus haute contemplation et l’extase, et repose en lui. Ce sommeil fortifie et restaure physiquement Thérèse d’une manière mystérieuse. Il intervient chaque fois que ses souffrances physiques, soit de la Passion du vendredi, soit dans les substitutions mystiques, ont presque atteint la limite de ce qu’il est possible de supporter... Il se manifeste presque chaque fois qu’elle reçoit la sainte Eucharistie. Cet état dure de 12 à 20 minutes, parfois une heure... Pendant ces moments de repos s'opère en elle une prompte et merveilleuse rénovation de ses forces épuisées... Le rapide et profond changement qui s’est accompli en elle, est manifeste à tous les yeux... L’accomplissement sans défaillance de nombreuses prédictions a confirmé depuis plusieurs années la certitude des amis de Thérèse qu’elle jouit au moins par intervalle, dans l’état de repos extatique, des dons de prophétie, pénètre les secrets des cœurs. (JVD. p. 791) Depuis Noël 1926, Thérèse ne prend plus aucune nourriture, ni solide .

Le cas de Marthe Robin est semblable à Thérèse Neumann. Marthe aussi a reçu les stigmates et elle a passé 50 ans sans manger, ni boire, ni dormir. Marthe est née vers 17hrs le 13 mars 1902 à Châteauneuf-de-Galaure, dans la maison paternelle. Elle a toujours été une fille chétive. On ne possède pas de souvenirs précis sur l’élève Marthe à l’école mais ces absences forcées ont donné à Marthe le sens des malades. « J’aurais franchi monts et vaux, dira-t-elle plus tard, si on m’avait laissé faire, pour aller voir un malade, non pour le soigner, mais pour l’aimer » (Marthe Robin, la croix et la joie, p.34). Le 25 novembre 1918, c’est-à-dire peu après l’Armistice de la première guerre mondiale, alors que Marthe était en compagnie de sa mère, voici qu’elle tombe dans la cuisine et qu’elle est incapable de se relever toute seule. Quelle étrange maladie! Elle ne parle plus, elle ne mange plus, elle est comme paralysée des deux jambes et elle somnole à longueur de journée. On dit que cela dura jusqu’en 1921. L’aurore de la guérison date du 25 mars 1921 après avoir reçu le sacrement des malades. Marthe commence à se lever du fauteuil, et peu à peu marche avec des béquilles.

Un jour, elle monte au grenier (printemps 1922), elle découvre un vieux livre de piété. Ses yeux tombent sur cette phrase qui disait à peu près ceci: « Tu cherches la joie, le calme, la douceur: c’est à la souffrance qu’il faut te préparer ». Ce fut un éclair dans la vie de Marthe. Une autre phrase du livre attire son attention: « Il faut donner à Dieu tout ». A partir de ce moment, Marthe a pensé à se consacrer totalement à Dieu. Elle avait 20 ans. Le 30 octobre 1922, les douleurs aux genoux reprennent de plus belle. La paralysie refait son apparition. Au mois d’août 1925, elle a reçu en cadeau un billet pour se rendre à Lourdes en pèlerinage. Mais elle rencontra une malade qui désirait tant y aller; elle lui donna son billet. Après ce renoncement, la Sainte Vierge va combler de grâces Marthe.

En l’année 1925, pendant laquelle le pape Pie XI proclama sainte la carmélite de Lisieux que Marthe admirait beaucoup et le 15 octobre, en la fête de Thérèse d’Avila, s’est produit l’évènement-clef de la vie de Marthe; Marthe Robin, dans un acte d’abandon extraordinaire, a donné au Seigneur sa mémoire, son intelligence, sa volonté, son coeur, son corps, toutes ses facultés. Et le Seigneur l’a pris au mot. Un an après son acte d’abandon, le 3 octobre 1926, au jour de la première célébration de la fête de sainte Thérèse de Lisieux, Marthe tombe à nouveau très malade et dans un état comateux. Tout le monde croit que c’est la fin mais elle reçoit la visite de sainte Thérèse de Lisieux qui lui révèle qu’elle ne mourrait pas tout de suite car sa mission devra être prolonger dans le monde entier.

Le 25 mars ( jour de l’Annonciation) 1928, Marthe est complètement paralysée des jambes. Désormais elle est alitée pour la vie. Elle repose dans la chambre qui est à côté de la cuisine et qui donne sur la cour. Elle est toute recroquevillée. Elle y demeurera comme cela jusqu’à sa mort en 1981. C’est aussi à partir de cette date que Marthe a cessé de manger pour de bon, tout ce qu’elle était capable de prendre, c’était une hostie consacrée qu’elle happait. C’est à ce moment là aussi que débuta une série d’apparitions de la sainte Vierge. Le 2 novembre 1928, elle subit une attaque foudroyante du démon qui lui casse deux dents, suite à un violent coup de poing à la mâchoire.

Le 19 avril 1930, Marthe a un cri qui fait écho aux plaintes du Christ en Croix. « Tout chancelle (gémit-elle dans une prière ardente que sa secrétaire a relevée). Mon âme est toute désemparée... Laisserez-vous sombrer votre petite victime dans la tourmente? Envoyez-moi un faible rayon de votre lumière, laissez glisser sur ma petite âme une faible étincelle pour ranimer mon courage. Ne m’abandonnez pas, ô Jésus, car il fait nuit en moi. » ( p.77 du livre de Raymond Peyret) Puis Marthe se ressaisit et s’explique: « Je ne désire pas mourir pour être délivrée du combat de la souffrance. Non! Non! C’est l’éternité qui m’attire, c’est Jésus qui me tend les bras, c’est la patrie entrevue que je désire » ( p.77).

Et voici la stigmatisation chez Marthe: « Fin septembre 1930, Jésus apparaît à Marthe et lui dit: « Veux-tu être comme Moi? » Comment pouvait-elle refuser, elle qui avait fait acte d’abandon et d’offrande à l’amour de Dieu? « Voici votre servante », dit-elle (...) Dans les premiers jours d’octobre, Jésus crucifié réapparaît aux yeux de Marthe. Un instant, Il a pris ses deux bras paralysés, rigides depuis le 2 février 1929, et Il les a ouverts. A ce moment-là, un dard de feu a jailli du côté de Jésus et s’est divisé en deux, frappant les deux pieds et les deux mains; un troisième dard de feu a frappé Marthe en plein coeur. Alors, elle a saigné des mains, des pieds et du coeur. Par la suite, Jésus a enfoncé sa couronne d’épines sur la tête de Marthe. Meurtrie jusqu’au globe des yeux, elle saigne abondamment. Cette couronne lui a marqué le front d’une sorte de nervure violette, laquelle d’ailleurs, quelques mois après, à la demande de Marthe par souci d’humilité, a complètement disparu. Enfin dans une dernière intervention, Jésus a chargé Marthe du bois de la croix; Marthe se sentait disloquée. Cette imposition de la croix sur elle avec son poids énorme est en référence avec la plainte prophétique du psalmiste: « Ils ont disloqué tous mes os. ». Le vendredi qui a suivi cette stigmatisation, Marthe commença à vivre la Passion de Jésus » (p.80-81).

Marthe a vécu les stigmates jusqu’à la fin de sa vie, soit en 1981. Chaque jeudi soir, la passion débutait jusqu’au dimanche. Elle souffrait pour le monde.

Sainte Thérèse d’Avila a vécu aussi les stigmates. On appelle cela la grâce de réverbération. Voici ce que raconte Marcelle Auclair dans son livre concernant la vie de sainte Thérèse d’Avila : « Un soir, Ana Gutierrez, religieuse en ce couvent, descendit précipitamment les escaliers, attirée par des cris et des gémissements qui venaient de la celle de Dona Teresa. « Quelle peur vous m’avez fait » s’écria-t-elle en constatant que Teresa était en bonne santé ! Mais son visage irradiait de la flamme qui l’illuminait dans l’extase; elle reprit lentement conscience du monde extérieur. « Je t’ai fait peur, ma fille? Je t’en souhaite autant. Je vis un ange auprès de moi, à ma gauche, en forme corporelle, qui ne m’est donné qu’exceptionnellement. Il n’était pas grand, mais petit, très beau, le visage enflammé... Sans doute de ceux qu’on nomme chérubins, mais il ne se nomme pas; je vois au ciel une telle diversité d’anges que je ne saurais rien en dire. Il tenait en ses mains un dard en or, et je crus voir une flamme à l’extrémité du fer. Il semblait l’enfoncer à plusieurs reprises dans mon coeur, jusqu’aux entrailles, qu’il m’arrachait, me laissant tout embrasée d’un grand amour de Dieu. La douleur était si vive que je gémissais, et si excessive la suavité de cette vive douleur qu’on ne peut désirer qu’elle cesse, et que l’âme ne se contente plus qu’en Dieu. Douleur spirituelle, et non corporelle, bien que le corps ne manque pas d’y avoir part, un peu, et même beaucoup. C’est entre l’âme et Dieu un échange de galanterie si suave que je supplie Dieu de le faire goûter à quiconque pense que je mens.

Ainsi la force de l’extase la soulevait de terre et la maintenait suspendue au-dessus du sol. Les fidèles qui emplissaient la chapelle de l’Incarnation la virent un jour, après la communion, élevée à deux ou trois paumes au-dessus de la terre. Elle s’efforçait de s’y opposer avec grande fatigue, comme qui lutte avec un fort géant, s’accrochait des deux mains à la grille du communicatoire ou se couchait à terre. Mais rien n’y faisait. » (Marcelle Auclair). On comprend ici que sainte Thérèse avait la grâce de Lévitation.

Comment se produit la stigmatisation?

La plupart des maîtres spirituels affirment que Dieu utilise un ange comme instrument qui imprimerait les stigmates. Dieu demeure l'auteur principal et son action pourrait être appelée directe. C’est la même chose pour les visions ou les parfums mystiques que l’on peut recevoir au cours des fiançailles spirituelles. Le démon aurait le même pouvoir de produire le stigmate. Son action s’y exercerait soit par une action directe soit, par l’extériorisation de sentiments intenses et de fausses visions qu’il aurait créées lui-même. Voilà pourquoi il nous faut garder une grande prudence face aux stigmatisés. On reconnaît un arbre à ses fruits. Si nous nous fions au récit de saint François d’Assise, pendant son jeûne sur le mont Alverne, un séraphin lui apparaît crucifié et rempli son âme de joie et d’amour compatissant: « Après un entretien céleste et familier, la vision disparut, dit saint Bonaventure, lui laissant au coeur une ardeur ineffable et imprimant dans sa chair des traces merveilleuses du Crucifié... en effet apparurent dans ses mains et dans ses pieds les marques des clous, se montrant dans la partie intérieure des mains et sur la partie supérieure du pied, et les pointes sur le côté opposé. Son côté droit, comme transpercé par la lance, était ouvert par une cicatrice rouge où coulait souvent du sang qui se répandait sur ses vêtements. » (JVD p.793)

Saint François de Sales précise l’action directe du séraphin dans la production des stigmates. Il décrit le phénomène dans le Traité de l’amour de Dieu. Selon lui, les stigmates de saint François d’Assise seraient produits par une action directe de Dieu utilisant l’action instrumentale d’un ange, dont le séraphin. Cette opinion est soutenue vigoureusement par d’éminents neurologues. Le professeur Jean l’hermite, membre de l’Académie de médecine écrit: « Le processus de la stigmatisation nous apparaît comme absolument inintelligible, impoensable. En vérité, il n’existe aucun processus physiologique qui, de près ou de loin, se rapproche de la stigmatisation. Celle-ci, lorsqu’elle n’est pas absolument une supercherie, appartient en propre à une catégorie de sujets et répond à un mécanisme qui échappe complètement aux prises des savants. Et si l’on m’obligeait à suivre la terminologie employée plus loin par l’abbé Journet, nous affirmerions qu’il n’y a ni stigmatisation psychologique, ni stigmatisation dia-psychologique et extra-pohysiologique » (pro. J.L’hermitte, « le problème médical de la stigmatisation » dans Études carmélitaine, oct. 1936, p. 72-73)

Est-ce un processus psychophysiologique?

Tous reconnaissent que parmi les expériences faites jusqu’à présent dans les cliniques ou laboratoires, aucune ne prouve scientifiquement le processus psychophysiologique des stigmates. Ce processus est donc au point de vue scientifique une pure hypothèse.

b. Les fiançailles spirituelles

Nous voici maintenant rendu au milieu des sixièmes Demeures. On sort enfin de la nuit. Voici ce qu’en dit saint Jean de la Croix: « L’âme sort déguisée sous ce vêtement qui lui représente le plus au plus vif les affections de son esprit et la protège plus sûrement contre ses adversaires et ennemis qui sont le démon, le monde et la chair. La livrée qu’elle prend a trois couleurs principales: le blanc, le vert et le rouge. Ces couleurs signifient les trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité (... ) La foi est une tunique intérieure d’une blancheur tellement éclatante qu’elle éblouit la vue de tout entendement. Quand l’âme s’avance revêtue de la foi, le démon ne peut ni la voir, ni lui nuire; elle marche alors en toute sécurité; cette vertu la protège beaucoup plus que les autres contre le démon, qui est son ennemi le plus redoutable et le plus rusé. (...) Immédiatement au-dessus de cette blanche tunique de la foi, l’âme revêt un second vêtement qui est de la couleur verte. Celui-ci est le symbole de l’espérance par laquelle l’âme se délivre et se défend du monde, son second ennemi. Cette ferme espérance en Dieu confère à l’âme tant de force et tant de vigueur, et lui donne un tel essor vers les choses de la vie éternelle, que tout l’univers lui paraît, comme il l’est en réalité, vide, désert, mort et sans valeur en comparaison de ce qu’elle espère là-haut(...) L’espérance a ceci de particulier qu’elle recouvre tous les sens de la tête de l’âme, si bien qu’ils ne se mêlent d’aucune des choses de ce monde et sont protégés contre toutes les flèches du siècle. Il lui reste seulement une visière par où son regard peut se diriger en haut et non ailleurs...

Au-dessus de ces vêtements blancs et verts, l’âme en ajoute un autre à couleur rouge pour compléter et perfectionner ce déguisement et cette livrée; aussi revêt-elle une toge rouge de toute beauté qui est le symbole de la charité. (...) Non seulement cette couleur met en relief les deux autres, mais elle élève tellement l’âme qu’elle la place tout près de Dieu, si pleine de grâce et de beauté (...) La charité purifie la volonté de toutes ses affections et tendances à ce qui n’est pas Dieu pour ne les rapporter qu’à lui seul. Aussi dispose-t-elle cette puissance et l’unit-elle à Dieu par amour. « (p. 21 de la nuit obscure).

Ces fiançailles se produisent à la fin de la nuit de l’Esprit. C’est l’achèvement de la purification. On assiste alors à une bousculade de faveurs extraordinaires. Le Seigneur procède par des touches fréquentes (extases). On parle ensuite de paroles intérieures, paroles extérieures, vision imaginative, vision intellectuelle, parfum mystique, bilocation chez les apôtres. Bref, toutes les délicatesses qu’un fiancé va apporter à sa fiancée.

Ce qui se passe selon sainte Thérèse

« L'Époux ordonne la fermeture des portes des Demeures, et même celles du Château et de l’enceinte car lorsqu’il veut enlever cette âme, et la ravir, elle perd la respiration, et même si elle garde un peu plus longtemps l’usage des sens, il lui est totalement impossible de parler; mais parfois, aussi, tout s’interrompt soudain, les mains et le corps se refroidissent à tel point qu’elle croit être privée d’âme, et qu’il arrive même qu’on ne perçoive plus son souffle. C’est bref, car dès que ce grand ravissement se relâche, le corps semble se ressaisir un peu, il reprend haleine pour mourir à nouveau et donner à l'âme un supplément de vie (... ) Quand l’âme revient à elle, quelle confusion est la sienne, quel immense désir elle a de s’employer au service de Dieu, de quelque façon il veuille l’utiliser. Je voudrais avoir mille vies pour pouvoir les vouer au service de Dieu. Le désir de faire pénitence est immense: nous n'y avons guère de mérite: la force de l’amour est telle que l’âme ne se ressent guère de tout ce qu’elle fait, elle voit clairement que les tourments qu’enduraient les martyrs étaient peu de chose, car avec cette aide de Notre Seigneur, tout devient facile; ces âmes, donc, se plaignent à sa Majesté quand elles n’ont pas l’occasion de souffrir. » (JVD).

. Faveurs extraordinaires

- Paroles intérieures

Ces paroles sont des actes. Il suffit d’entendre comme « n’aie pas peur » pour s’apaiser.
L’âme se retrouve dans une grande quiétude, prête à louer Dieu en tout temps.
Ces paroles ne s’effacent pas de la mémoire avant fort longtemps. Elles nous insufflent si c’est pour le futur, une immense certitude que tout se réalisera. Des doutes peuvent parvenir par la suite mais ne demeurent pas. Malgré tous les revers qui devraient lui faire admettre que ces prédictions sont irréalisables, il lui reste je ne sais où une étincelle d’espérance si vive que même si tous les espoirs étaient morts, il lui serait impossible d’admettre que cette certitude n’est pas vivante.

Si ces paroles naissent de l’imagination, on ne remarque aucun de ces signes: paix, joie intérieure, certitude.

- Paroles extérieures

On a les mêmes critères que pour les paroles intérieures sauf que la personne entend ces paroles de l’extérieur par une voix inconnue. Un jour, une femme m’a raconté avoir reçu une parole extérieure. Elle était seule dans la forêt, aucune personne présente, elle s’entendit appeler par son nom par une voix de femme très douce. La voix redit le nom par trois fois. Après 25 ans, la jeune femme se souvient de cette parole comme si elle avait été dite la veille.

Je vous ai raconté aussi plus haut le récit d’une jeune étudiante que j’ai appelé pour la cause Madeleine. Elle répondait à tous ces critères.

On pourrait donner aussi l’exemple de St-Augustin qui entendit un jour cette parole: « Prends et lis ». Il prit la Parole de Dieu et sa vie fut aussitôt transformée.

- Visions intérieures

« L’âme est très éloignée, dit sainte Thérèse, de l’idée de voir quelque chose, cela ne lui vient pas à l’Esprit, et soudain la vision se présente tout entière... L’âme garde un certain temps la certitude que cette faveur vient de Dieu; plus on lui dirait le contraire, moins on pourrait la persuader de craindre d’avoir été trompée. » (JVD).

- Visions extérieures

Les yeux voient réellement quelque chose, cela se présente souvent comme un tableau. Les critères énumérés ci-haut sont les mêmes.

- Visions intellectuelles

Sainte Thérèse d’Avila raconte: « Il lui arrive de sentir près d’elle Jésus-Christ Notre-Seigneur, sans toutefois le voir ni des yeux ni du corps ni de ceux de l’âme. » On appelle cela une vision intellectuelle. Elle était si certaine que Jésus se montrait affectueusement à elle de cette façon qu’elle ne pouvait en douter. Au début, Thérèse était effrayée par cette vision ( qui s’est d’ailleurs prolongée pendant plusieurs jours contrairement à la vision imaginaire qui s’évanouit très vite). Elle sentait alors une voix qui lui disait: « N’aie pas peur, c’est moi » Elle était la puissance de ces paroles qu’aucun doute ne pouvait subsister. Voici ce qu’elle raconte elle-même: « Quand elle voulait s’adresser à Sa Majesté dans l’Oraison et même sans cela, Dieu lui semblait si proche qu’elle ne pouvait manquer de l’entendre; toutefois elle n’entendait pas de paroles quand elle le voulait mais inopinément, quand c’était nécessaire. Elle sentait la présence de Dieu à sa droite, pas à l’aide des sens qui nous font percevoir quelqu’un de côté de nous, mais par une voix plus subtile, que nous ne devons pas pouvoir définir, aussi certaine, et qui apporte même une bien plus grande certitude. »

- Le parfum mystique

C’est vraiment une délicatesse du Seigneur. Il n’est pas nécessaire d’être en sixième Demeure pour recevoir cette délicatesse. Aujourd’hui, c’est une faveur que plusieurs reçoivent. Il y a aussi plusieurs icônes qui dégagent ce parfum mystique, semblable à la rose mais le père Gignac disait que quelqu’un qui ressent ce parfum mystique ou qui vit une faveur extraordinaire sans être rendu en sixième Demeure, c’est comme un certificat de garantie qu’il se rendra au mariage spirituel. N’est-ce pas une belle consolation. Il suffit de faire notre possible.

J’ai connu un couple qui, à l’occasion de son dixième anniversaire de mariage, à minuit exactement, reçu de la Vierge Marie ce magnifique cadeau. La maison a été envahie par un parfum qui était tellement fort qu’il faisait pleurer. C’est la Vierge Marie qui venait souhaiter Bon anniversaire de mariage. Elle voulait dire aussi à ce couple: « Je suis heureuse que vous soyez ensemble, cela fait parti de mes projets ».

. Saint Jean de la Croix et les faveurs extraordinaires

Dans sa Montée au Carmel, saint Jean de la Croix nous décrit très bien ces faveurs dont est comblée la personne dans les fiançailles spirituelles. « Les personnes adonnées à la spiritualité peuvent avoir dans tous leurs sens et ont souvent des représentations qui leur viennent d’une manière surnaturelle. Ainsi la vue perçoit des figures et des personnages de l’autre vie, des saints, et des anges bons ou mauvais, certaines lumières ou splendeurs extraordinaires. L’ouïe perçoit des paroles extraordinaires prononcées par des personnages qu’on voit ou par d’autres qu’on ne voit pas. L’odorat perçoit parfois des parfums très suaves d’une façon ostensible, sans qu’on en connaissance la provenance. Le goût perçoit les saveurs les plus exquises, et le tact éprouve tant de jouissance en certaines circonstances que le bonheur semble pénétrer jusqu’à la moelle des os, rajeunir le corps et le plonger au milieu des délices. Cette faveur appelle l’onction de l’esprit, qui vient, en effet, de l’esprit et se répand dans tous les membres des âmes pures. Cette suavité des sens est très ordinaire chez les personnes adonnées à la spiritualité (...) Il faut plutôt les fuir complètement, sans même chercher à examiner s’ils procèdent du bon ou du mauvais principe. D’ailleurs, plus ils sont extérieurs et corporels, moins il est certain qu’ils viennent de Dieu. Il est plus naturel que Dieu se communique à l’esprit, et c’est ce qu’il fait ordinairement. Cette voie est plus sûre et plus avantageuse pour l’âme que celle des sens, où il y a ordinairement beaucoup de dangers et d’illusion.

Le démon a plus de prise sur la partie qui est plus extérieure et corporelle, et il lui est plus facile de tromper sur ce point que dans la partie plus intérieure (...) Quand l’âme se voit l’objet de telles manifestations extraordinaires, elle en conçoit très souvent une certaine satisfaction d’elle-même et s’imagine être quelque chose devant Dieu. Or cela est contre l’humilité. Le démon, en outre, sait très bien lui suggérer une secrète satisfaction d’elle-même, mais qui parfois est très manifeste: voilà pourquoi il produit parfois ces effets dans les sens; il montre à l'œil des figures de saints et des splendeurs merveilleuses; il fait entendre à l’ouïe des paroles très flatteuses; il fait sentir des parfums très suaves; il flatte le palais de douceurs exquises, et le tact de grands délices. Son but par là est de tromper les âmes et de les entraîner dans une foule de maux.

Si ce phénomène vient de Dieu, il produit, à l’instant où il se manifeste et se sent, son premier effet dans l’esprit; l’âme n’a même pas le temps de délibérer pour le vouloir ou le rejeter(...) si on jetait du feu sur quelqu’un dont le corps est nu, il ne lui servirait de rien de ne pas vouloir être brûlé; le feu aura forcément son effet. Ainsi en est-il des visions et des représentations qui viennent de Dieu: elles produisent leur effet premièrement et principalement dans l’âme avant de les produire dans le corps, alors même que l’âme ne les voudrait pas. Ainsi encore les représentations qui viennent du démon, sans que l’âme y consente, produisent en elle le trouble et la sécheresse, la présomption et la vanité spirituelle, mais elles n’ont pas autant d’efficacité pour le mal que celles de Dieu pour le bien.

Quant aux manifestations qui viennent de Dieu, elles inclinent la volonté à aimer, elles produisent leur effet, et voudrait-elle y résister, qu’elle ne le pourrait (... ) si elle s’y complaît, il en résulte six inconvénients:

1. La perfection de la foi qui doit régir l’âme est amoindrie. La foi est au-dessus de tous les sens.

2. Ces communications sont un obstacle pour l’esprit si on ne les rejette pas, car l’âme s’y arrête et l’esprit ne prend pas son essor vers l’invisible.

3. Elle ne marche pas dans la voie du renoncement et du dénuement spirituel.

4. Il s’attache à ce qu’elles ont de sensible, à ce qu’il y a de moins important.

5. Elle perd peu à peu les faveurs de Dieu, parce qu’elle y apporte l’esprit de propriété et n’en profite pas comme il faut. Tandis que Dieu ne les accorde pas pour qu’on les recherche; et jamais on ne doit croire qu’elles sont de Dieu.

6. Quand l’âme recherche ces communications, elle ouvre la porte au démon, qui la trompera dans des communications semblables qu’il sait très bien simuler et travestir et faire paraître comme venant de Dieu (... ) Il convient donc à l’âme de les repousser les yeux fermés, sans examiner d’où elles proviennent. » ( livre 2 du livre Montée au Carmel),

Dans ce même livre, saint Jean de la Croix nous précise les types divers de paroles provenant du Seigneur. On peut, selon lui, les diviser en trois catégories: paroles successives, formelles ou substantielles. « Les paroles successives sont certaines paroles ou certains raisonnements que l’esprit a coutume de former et de produire en lui-même lorsqu’il est recueilli. Les paroles formelles sont certaines paroles distinctes et précises que l’esprit ne produit pas par lui-même mais reçoit d’une tierce personne, qu’il soit recueilli ou non. Les paroles substantielles sont d’autres paroles qui se produisent d’une façon précise dans l’esprit, qu’il soit recueilli ou non, et qui produisent et causent dans la substance de l’âme cette substance et vertu qu’elles signifient. » ( livre 2, montée du Carmel)
. Les types de paroles selon saint Jean de la Croix.

- Les paroles successives

« Elles se produisent toujours lorsque l’esprit est recueilli et profondément plongé dans quelque considération (... ) il lui semble bien qu’il n’en point l’auteur, mais que ce soit une autre personne qui forme ces raisonnements dans son intérieur, qui répond ou qui enseigne. Il raisonne avec lui-même et se répond, comme s’il se trouvait avec une autre personne. L’Esprit Saint l’aide souvent à produire et à former ces pensées. (Chap.28). J’ai connu une personne qui formait ces paroles successives. Or, au milieu de quelques paroles très vraies et très substantielles qui regardaient le Très saint Sacrement de l’Eucharistie, il y en avait d’autres qui étaient une hérésie manifeste (...) Que ces âmes apprennent à ne faire aucun cas de ces paroles successives, mais à fixer la volonté dans un amour fort et humble, à agir et à souffrir comme le Fils de Dieu durant sa vie mortelle, à se mortifier en tout. C’est là le chemin qui conduit à tous les biens spirituels, et non la multiplicité des discours intérieurs. Les signes que ces paroles puissent venir de Dieu: lorsque l’âme qui reçoit ces paroles et ces pensées est portée en même temps à aimer Dieu et s’embrase pour lui d’un amour plein d’humilité et de respect, c’est un signe que l’Esprit de Dieu passe par-là.

- Les paroles formelles

Elles se produisent parfois dans l’esprit, recueilli ou non, et par voie surnaturelle sans le concours d’aucun sens. Je les appelle formelles parce qu’il semble formellement à l’esprit qu’elles lui sont adressées par une tierce personne, et qu’il n’y contribue en rien (... ) Quand elles ne sont que formelles, elles produisent peu d’effet dans l’âme. Elles lui confèrent la promptitude à accomplir ce qui lui est commandé et la clarté sur ce qui lui est enseigné (... ) Lorsque l’âme entend ces paroles formelles, elle ne doute pas si c’est elle qui les profère. Or l’âme ne doit faire aucun cas de ces paroles formelles et les traiter comme les paroles successives. Néanmoins, on doit les exposer à un confesseur expérimenté.

- Les paroles substantielles

Bien qu’elles soient formelles comme les précédentes puisqu’elles se gravent dans l’âme d’une manière très distincte, elles en diffèrent parce qu’elles produisent un effet vif et profond, ce qui n’existe pas pour les paroles qui ne sont pas formelles. S’il est vrai de dire que toute parole formelle soit substantielle, elle imprime substantiellement dans l’âme ce qu’elle signifie: « Aime-moi » aussitôt, elle posséda et sentit en elle-même la substance de l’amour. « Ne crains pas »: elle se sentit tout à coup pleine d’énergie et de paix. Elle produit substantiellement dans l’âme ce qu’elle signifie. « Marche en ma présence et sois parfait » (Gn.17, 1), dit Dieu à Abraham et aussitôt Abraham fut parfait, et ne cessa de se tenir plein de respect sous le regard de Dieu. Dieu ne disait qu’un mot et aussitôt il guérissait les malades et ressuscitait les morts. » (chap.29, livre 2, montée du Carmel).

. Le phénomène de la bilocation

L'Église a commencé à étudier ce phénomène (être présent à deux endroits en même temps) de façon sérieuse au cours de la vie de saint Alphonse de Liguori. Ce fondateur des rédemptoristes avait la bilocation. Ainsi le pape de l’époque sentant sa fin prochaine demanda au Seigneur la grâce de voir saint Alphonse pour lui demander un pardon. Le pape rencontra Alphonse sur son lit de mort. Les évêques et les cardinaux présents ont vu entrer Alphonse dans la chambre du pape sans qu’aucun cardinal n’ait convoqué. Pendant ce temps, Alphonse était dans son monastère. Les moines ne le voyant pas arriver pour le souper allèrent à sa chambre, ils virent Alphonse assis sur sa chaise, il ne bougeait plus. Il était comme mort. On essaya de le ranimer mais rien n’y fit. Soudainement, il revint à Lui et leur annonça que le pape venait de mourir. Or, quand le pape est mort, Alphonse était près de lui. De plus, le monastère était très loin de Rome.

Un autre cas avec saint Alphonse qui est rapporté: Alphonse prêchait dans l’église et en même temps des personnes le rencontrèrent au confessionnal. L’explication que l’on peut donner face à ce phénomène accordé à quelques apôtres, c’est qu’un ange vient prendre la place de l’autre pendant que Lui fait autre chose. L’apostolat se trouve alors doublé. Dans le cas d’Alphonse, celui qui prêchait devait être l’ange et celui qui confessait devait être Alphonse car un ange ne peut pas confesser, ni administrer aucun sacrement.


Padre Pio est un exemple contemporain assez frappant face à la bilocation et même la stigmatisation. On ne peut s’attarder sur Padre Pio car ce sont plusieurs volumes qu’il faudrait écrire. Il a été vu à plusieurs endroits en même temps par de nombreux témoins.

La bienheureuse Anne Catherine Emmerich, cette religieuse Augustine qui, par bilocation se rendait sur place dans le temps de Jésus. Elle décrit d’une manière extraordinaire tous les détails de la vie de Jésus. Pourtant elle n’a jamais quitté son monastère. Comment comprendre avec notre petite intelligence humaine tous ces phénomènes extraordinaires? Il faut accepter de ne pas comprendre.

8.2 Les septièmes Demeures

Nous voici maintenant parvenu à la fin de notre route. La personne toute purifiée est prête maintenant à s’unir profondément avec le Christ. Tout a été purifié. Le divin peut maintenant s’unir avec l’humain sans aucune perte d’équilibre. Sainte Thérèse d’Avila a vécu ce grand moment au cours d’une célébration eucharistique. En allant communier, elle vit le Seigneur intérieurement lui dire: « Ne crains pas, ma fille, que personne ne puisse jamais te séparer de moi. »Le Seigneur lui apparut, raconte-t-elle, et lui donna sa main gauche. Il dit: « Voici ce clou, c’est le signe qu’à partir de ce moment, tu seras mon Épouse; jusqu’à présent, tu ne l’avais pas mérité; à l’avenir, non seulement tu verras en moi ton Créateur, ton Roi et ton Dieu, mais tu auras soin de mon honneur, comme ma véritable épouse: mon honneur est le tien et ton honneur est le mien »
( possession du trésor, volume 5).

La personne rendue au mariage spirituel vit d’une paix intérieure presque continue. Elle est unie à Dieu corps et âme. Elle peut faire des miracles car c’est maintenant Dieu en elle qui agit constamment. Satan ne peut plus rien faire.

a. Découvertes importantes au mariage.

On découvre le brasier d’où découle l’amour. On s’aperçoit qu’on a un feu dans son coeur. On comprend alors la Parole Biblique: « Je suis venu apporter le feu sur la terre ». On comprend alors que c’est un feu d’amour.

On découvre dans son coeur les trois personnes divines: la brûlure qui a fait le brasier, c’est l’Esprit, la touche délicate du verbe ( c’est Lui qui a produit le feu) la douce maison du Père. C’est le Père qui est à la Source de tout.

Opération unique des trois personnes divines purifiant les âmes. Par l’expérience et non par les livres, on apprend cela.

Manifestation du Verbe Époux. Présence subtile du Verbe. Étreinte magnifique. le Saint-Esprit informe constamment l’âme.

b. Les effets du mariage

Un tel oubli d’elle-même que l’âme semble vraiment n’être plus.
Un grand désir de souffrir pour l’humanité (co-rédempteur)
Une grande joie intérieure dans la persécution et une paix croissante, sans aucune inimité envers ceux qui leur nuisent ou cherchent à le faire; elles s’éprennent plutôt pour eux d’un amour particulier et endureraient bien des choses pour les en libérer.
Ne désire plus mourir mais vivre de longues années, dans les plus grandes épreuves afin de sauver le plus d’âmes possible. Elle ne craint nullement la mort.

Il va de soi que ces âmes ne sont plus orientées vers le plaisir. L’étendard de St-Ignace est complètement renversé. Dieu est premier servi en tout.
L’âme cesse d’avoir des ravissements (j’entends en particulier la perte des sens par l’extase) si ce n’est de temps en temps (...) ils sont très rares et n’ont presque jamais lieu en public.

Sainte Thérèse ajoute ceci: « Notre Seigneur les abandonne parfois à leur naturel et on dirait alors que toutes les bêtes venimeuses des faubourgs et premières Demeures de ce château se conjurent pour se venger du temps où elles ne les ont pas eues à leur portée. Il est vrai que cet état dure très peu; souvent un jour dans l’année ou un peu plus (...) Notre Seigneur veut par là que l’âme ne perde pas le souvenir de ce qu’elle est, d’abord pour qu’elle soit toujours humble, ensuite pour qu’elle comprenne mieux ce qu’elle doit à Sa Majesté, la grandeur de la faveur qu’elle reçoit et qu’elle l’en loue » (possession d’un trésor, volume 5).

N’allez pas croire que ces âmes ont le vif désir et la si ferme détermination de ne faire pour rien au monde quoi que ce soit d’imparfait, elles ne succombent jamais et ne commettent aucun péché. Volontairement non mais elles peuvent commettre des péchés véniels de façon involontaire.

c. Mariage et apostolat

C’est là que l’apostolat est le plus fécond. En 6 ans, sainte Thérèse a fondé 18 couvents. Nous sommes associés aux œuvres de Dieu. C’est le meilleur fruit du mariage que saint Jean de la Croix appelle la grâce d’union transformante. En attendant l’union des septièmes Demeures, on a des missions d’apostolat. C’est ce qu’on appelle la vocation. L’apostolat est un devoir pour tous.

BIBLIOGRAPHIE

1. « Je veux voir Dieu », par le père Marie Eugène de l’Enfant Jésus, éditions du Carmel., 1949.

2. Oeuvres spirituelles de saint Jean de la Croix (œuvres complètes,) éditions du seuil, 1945

3.Thérèse d’Avila, œuvres complètes, éditions Desclée de Brouwer
4. Le Curé d’Ars. Pensées, édition foi vivante, 1995.

5. Petite vie de Marthe Robin par Raymond Peyret, éditions Peuple libre, Desclée de Brouwer. , 1996.

6. Marthe Robin, la croix et la joie par Raymond Peyret, éditions peuple libre, 1981

7. Jean -Paul II, catéchèse sur le credo II, Le Créateur du ciel et de la terre, édition du cerf, 1988.

8.Catéchisme de l’Eglise catholique, édition Mame Plon, 1992.
9. Un trésor caché par Oliva-Marie Gignac, cssr, volume 1, éditions sciences modernes 1985.

10. Recherche du trésor par Oliva-Marie Gignac, cssr et Louis-Nazaire Hudon, cssr, éditions sciences modernes, 1987, volume 2

11. Sur le site du trésor par Oliva-Marie Gignac, cssr. et Louis-Nazaire Hudon, éditions sciences modernes, 1988, volume 3

12. Découverte du trésor par Oliva-Marie Gignac, cssr. et Louis-Nazaire Hudon, éditions sciences modernes, 1989, volume 4

13. Possession du trésor par Oliva-Marie Gignac, cssr. et Louis-Nazaire Hudon, cssr, éditions sciences modernes, 1990, volume 5

14. Sainte Thérèse d’Avila par Marcelle Auclair, éditions du seuil, Paris.
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Le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire. Jean 1, 14 L'humain est un apprenti. L'histoire s'écrit avec Dieu.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 14:23    Sujet du message: Cours de vie intérieure Cheminement

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